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Répression du soutien à Gaza : le gouvernement veut faire de Paris 8 un exemple

Mon, 30 Mar 2026 19:41:37 CEST

Révolution Permanente

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Depuis octobre, Paris 8 est au coeur d'une offensive répressive inédite contre les soutiens au peuple palestinien et le mouvement étudiant. Prenant prétexte de propos tenus lors d'un événement militant sur l'impérialisme pour instrumentaliser la lutte contre l'antisémitisme, le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a annoncé un durcissement des procédures disciplinaires.

En novembre dernier, la publication d'une vidéo du média Léon sur « un meeting anti-impérialiste » organisé à l'université Paris 8 avait suscité une campagne médiatique et politique ultra-réactionnaire de la part de la droite et de l'extrême-droite. Quatre mois plus tard, Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche s'est rendu à Paris 8 pour annoncer un ensemble de mesures visant à s'attaquer aux libertés d'organisation et d'expression sur l'université.

Vendredi dernier, sur le campus, il a fait part d'un rapport sur les procédures disciplinaires à suivre par la direction de l'université. Il donne pour consigne d'organiser « un encadrement renforcé des événements identifiés comme sensibles, avec une présence institutionnelle systématique », visant à « sanctionner sans faiblesse les dérives quand elles sont constatées ». Il a réaffirmé que « l'État continuera de faire preuve de la plus grande fermeté sur cet enjeu essentiel ».

Cette déclaration du ministre durcit les mesures mises en place depuis novembre à l'université. Les mesures prises doivent être « vérifiables », c'est-à-dire que l'université sera surveillée de près par le ministère de l'ESR. Réciproquement, la commission de l'université chargée d'appliquer le rapport de l'ESR « pourra pour cela mobiliser les services de l'État chaque fois qu'elle le jugera nécessaire et rendra compte directement au ministre de l'évolution de la situation ». Philippe Baptiste a également annoncé hypocritement le lancement « d'une convention sur les libertés académiques » avec des personnalités encore inconnues, mais alliées du gouvernement qui devront proposer de nouvelles mesures répressives d'ici 2027.

Ces décisions font directement suite à l'offensive réactionnaire lancée par la droite et l'extrême droite, suite à l'organisation d'un « meeting anti-impérialiste ». L'université, ses étudiants et ses enseignants avaient été la cible d'accusations d'antisémitisme et d'apologie du terrorisme. La tribune de Christine Angot traitait notamment les étudiants de « nouveaux salauds » qui « [libérent] la parole antisémite ». Du côté de l'extrême-droite, Marion Maréchal avait appelé à la fermeture de Paris 8.

Si le gouvernement tente de justifier cette offensive en pointant les propos qui auraient été tenus lors du « meeting anti-impérialiste », en réalité l'objectif est de durcir encore davantage la criminalisation des opinions, en premier lieu du soutien à la Palestine. Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche avait ordonné l'ouverture d'une enquête judiciaire et administrative, débouchant sur une répression inédite contre les étudiants mobilisés de l'université et les soutiens de la Palestine. Une militante de la FSE avait même été convoquée par le Ministère de l'Enseignement supérieur, tandis que deux autres étudiants ont été convoqués par les services de police après l'ouverture par le parquet d'une enquête pour apologie du terrorisme.

À l'université, sous pression du ministère, la présidence s'était empressée de se faire le relais de ces attaques et avait lancé une offensive répressive contre les étudiants et leurs organisations, en ouvrant une enquête disciplinaire interne et en menant une offensive répressive plus large, interdisant notamment la venue de public extérieur pour une conférence du média Blast ainsi que la tenue d'une conférence du Poing Levé en hommage à Zyed et Bouna et instaurant le contrôle des cartes étudiantes à l'entrée de l'université.

Cette répression s'inscrit dans la séquence d'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme pour criminaliser le soutien à la Palestine qui dure depuis plus de deux ans. Alors que la loi Yadan, qui vise à associer les critiques de l'État d'Israël à de l'antisémitisme, sera soumise au vote de l'Assemblée nationale le 16 avril, le gouvernement cherche à aller jusqu'au bout de l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme pour poursuivre son offensive répressive contre le mouvement étudiant et les soutiens de la Palestine. Jeudi 26 mars, la veille de la visite de Philippe Baptiste à Paris 8, la présidente d'Europalestine Olivia Zemor était ainsi condamnée à 24 mois de prison avec sursis. Un verdict d'une violence inouïe qui marque un nouveau saut dans la criminalisation du soutien à la Palestine, et de tous ceux qui s'opposent au projet des classes dominantes.

Mais cette offensive s'inscrit également dans la continuité d'une répression qui touche spécifiquement les universités. En effet, encore en novembre dernier, un colloque sur la Palestine organisé au Collège de France était censuré par l'État. Une interdiction qui suivait déjà de nombreuses autres depuis 2023. Sans oublier non plus les interventions policières à répétition pour réprimer les actions étudiantes, comme à Sciences Po en avril 2024, mais aussi les sanctions disciplinaires et même les poursuites judiciaires à l'encontre d'enseignants comme François Burgat.

Il est impératif de faire front face à la criminalisation des soutiens à la Palestine mais aussi face à la répression dans nos universités. Alors que le gouvernement cherche à faire de Paris 8 un exemple, nous dénonçons fermement le durcissement des mesures répressives prises contre les organisations politiques à l'université et plus largement contre ses enseignants et ses étudiants. Face à ces attaques sans précédent contre nos libertés démocratiques, toutes les organisations étudiantes et de personnels doivent se mobiliser pour la fin du contrôle des cartes à l'entrée de l'université, la libre tenue des réunions politiques et associatives sur le campus et l'abandon de toutes les poursuites administratives et pénales à l'encontre d'étudiants mobilisés. Alors que le génocide et la colonisation se poursuivent en Palestine, et que les États-Unis et Israël viennent de lancer une nouvelle offensive impérialiste contre l'Iran, il faut revendiquer le retrait des lois instrumentalisant la lutte contre l'antisémitisme à des fins répressives et la fin de tous les partenariats universitaires avec Israël.

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