« No Kings, No ICE, No war » : 8 millions de manifestants pour une mobilisation historique contre Trump
Mon, 30 Mar 2026 22:58:24 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSamedi 28 mars, plus de 8 millions de personnes ont manifesté lors du troisième acte de « No Kings ». Une démonstration de force contre l'ICE et Trump qui constitue un point d'appui pour construire un grand mouvement international contre la guerre impérialiste en Iran.

Samedi 28 mars, plus de 8 millions de personnes sont descendues dans la rue aux États-Unis pour la troisième journée nationale de mobilisation du mouvement « No Kings ». Une démonstration de force importante, après la résistance héroïque des habitants de Minneapolis, qui s'est traduite par près de 3 300 mobilisations recensées, dans les grandes métropoles comme dans des villes petites et moyennes, aux quatre coins du pays.
À New York, ils étaient plus de 600 000. 400 000 à Washington, 300 000 à Los Angeles, 200 000 à Minneapolis et Saint Paul, 100 000 à Boston, 75 000 à Chicago, 40 000 à Philadelphie, dans des villes emblématiques du mouvement. Mais surtout, des millions de personnes ont participé à des rassemblements locaux, partageant photos et vidéos sur les réseaux sociaux, donnant à voir un mouvement large, présent dans tout le pays.
No ICE.
No war.
No Kings. #nokings
— Indivisible ❌👑 (@indivisible.org) March 28, 2026 at 10:20 PM
Le mouvement a aussi dépassé les frontières : des rassemblements ont eu lieu en Europe, en Équateur, au Mexique, au Costa Rica. Aux États-Unis, elles ont également mobilisé les peuples natifs en Alaska, à Anchorage contre les coupes budgétaires visant les programmes tribaux, mais aussi à Hawaï, à Porto Rico.
Partout, la colère est la même. Partout, les manifestants dénoncent la politique anti-immigrés ultra-violente de Trump. Dans de nombreuses villes, les cortèges ont convergé vers les bâtiments de l'ICE. À Washington, les manifestant·es ont marché jusqu'à la base militaire où réside Stephen Miller, conseiller de Trump et architecte des expulsions de masse. À Portland, des manifestant·es ont même tenté de pénétrer dans un centre de l'ICE, neutralisant notamment des caméras de surveillance. Deux personnes ont été arrêtées. À Los Angeles, la police a violemment réprimé la mobilisation, en utilisant des gaz lacrymogènes et en déployant police à cheval. 74 manifestants ont été arrêtés à proximité d'un centre de détention de l'ICE.
À Minneapolis et Saint Paul, épicentre de la lutte contre l'ICE avec des mobilisations records et des appels à la grève générale suite aux meurtres de Renée Nicole Good et Alex Pretti en janvier, la mobilisation a été très forte. Après avoir infligé une première défaite à Trump sur le terrain de la lutte des classes, la ville s'est à nouveau mobilisée : « Nous refusons de vivre dans la peur » déclarait une habitante.
La radicalisation politique du mouvement : faire de la rue un point d'appui pour stopper la guerre
Cette troisième mobilisation marque un tournant. En octobre 2025, la deuxième édition de « No Kings » avait déjà rassemblé 7 millions de personnes lors de 2 700 rassemblements. Le 28 mars, ce record est battu, à la fois en nombre de participant·es et en nombre de mobilisations.
Mais au-delà des chiffres, les mobilisations ont également fait un saut de qualité alors que l'opposition à la guerre en Iran a pris une place non négligeable lors des mobilisations, aux côtés de pancartes qui dénoncent le blocus de Cuba et l'agression du Venezuela. Bien qu'il puisse s'accompagner d'illusions sur la nature de l'État étasunien, le rejet d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient s'est imposé avec force jusque dans la devise des mobilisations : « No Kings, no ICE, no war. »
Les manifestant·es dénoncent la guerre en Iran, la mort de soldats américains au front, les bombardements sur les infrastructures civiles et énergétiques. À New York, une manifestante, qui a fait une heure de route pour participer à la mobilisation déclare ainsi au New York Times : « Tout le parti républicain a du sang sur les mains. Bombarder des bateaux au Venezuela et des écoles en Iran, c'est du meurtre. »
Cette radicalisation est indissociable du contexte politique : Trump apparaît plus faible que jamais, fragilisé par l'enlisement militaire au Moyen-Orient, les divisions qui fracturent la base MAGA et une opposition de plus en plus massive face à la violence de l'ICE, au scandale de l'affaire Epstein, aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient ou de la guerre commerciale et aux attaques anti-démocratiques à répétition. Sa popularité est en chute libre, aujourd'hui à 36 %, contre 40 % la semaine précédente. Une dynamique qui s'est accélérée avec la guerre en Iran comme le note une militante de 22 ans : « Notre génération a grandi avec les images des guerres sans fin au Moyen-Orient. Et l'idée de se retrouver plongé dans une nouvelle guerre suscite légitimement une vraie colère chez les gens. »
Les Démocrates tentent d'investir un mouvement qui pourrait aller beaucoup plus loin
À l'approche des élections de mi-mandat, les Démocrates y voient une opportunité et tentent de canaliser la radicalité du mouvement vers le terrain électoral. Samedi, à Minneapolis, ils avaient organisé un grand rassemblement, avec Bernie Sanders et Tim Walz, gouverneur démocrate du Minnesota, en figures de proue. Surfant sur l'élection récente de Mamdani et l'opposition de plus en plus massive à Trump, les Démocrates ont également investi les mobilisations dans les autres villes, comme à Boston.
Alors que les figures du parti, jusqu'à Mamdani, n'ont pas hésité à déployer la police pour réprimer les mobilisations anti-ICE en janvier, et que l'establishment du Parti démocrate a apporté pendant la présidence Biden un soutien militaire, financier et moral permanent au génocide à Gaza perpétré par Israël, il est clair que les Démocrates aspirent à profiter de la situation, en déviant les mobilisations sur un terrain purement électoral, pour préparer leur retour au pouvoir tout en préservant, une nouvelle fois, les intérêts des classes dominantes étasuniennes.
Un signe du potentiel du mouvement qui, à échapper à la récupération et à se doter d'une indépendance politique totale avec le Parti démocrate, pourrait aller beaucoup plus loin. D'ores et déjà, l'ONG Indivisible appelle à une journée de grève générale le 1ᵉʳ mai. Une date lointaine mais qui montre cependant la voie à suivre pour que le mouvement parvienne à pérenniser cette démonstration en construisant un véritable rapport de force face à Trump, en s'appuyant sur la force stratégique des travailleurs.
Alors que l'impérialisme étasunien est dans une position difficile au Moyen-Orient, où l'agression impérialiste de l'Iran est très loin de se dérouler comme prévu pour Trump, et que le président étasunien est très affaibli, les mobilisations No Kings de ce week-end constituent un point d'appui important pour construire un grand mouvement de lutte à l'échelle internationale contre cette nouvelle guerre impérialiste au Moyen-Orient. À Londres, 50 000 personnes ont manifesté le 7 mars contre la guerre au Moyen-Orient tandis que 100 000 personnes ont pris les rues du pays ce week-end contre l'extrême droite, en synchronisant leur mobilisation avec No Kings. En Allemagne, des milliers de lycéen·nes descendent dans la rue contre le retour du service militaire obligatoire.
Les mobilisations No Kings pourraient ainsi jouer un rôle très important pour mettre fin à la guerre, en portant un coup très dur à Trump, ouvrant une brèche importante dans laquelle les exploités et les opprimés aux États-Unis pourraient s'engouffrer, avec la conscience que les guerres sanglantes de l'impérialisme étasunien à l'extérieur de ses frontières et les offensives bonapartistes et racistes du trumpisme sur la scène intérieure ne sont que les deux faces d'une même pièce.
Crédits photo : Luigi Morris (@Luigiwmorris).