Éducation : le 31 mars doit être un point d'appui pour nationaliser la lutte contre l'austérité
Sat, 28 Mar 2026 10:39:59 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis quelques semaines, les grèves se poursuivent dans l'éducation et les lycéens organisent des blocus pour dénoncer les suppressions de postes et l'austérité. Face à la colère qui s'accumule, la date de grève nationale annoncée le 31 mars doit être un point d'appui pour coordonner les différentes luttes et nationaliser la mobilisation.

Après le passage en force en janvier d'un budget austéritaire actant 3256 suppressions de postes dans l'éducation, celles-ci se concrétisent depuis le mois de février dans chaque académie, avec la redescente des Dotations Horaires Globales (DHG), les documents établissant les moyens de chaque établissement du secondaire, et récemment avec les cartes scolaires qui prévoient de nombreuses fermetures de classes dans le premier degré. L'offensive, inédite dans son ampleur depuis les 16 000 suppressions de postes d'enseignants par Sarkozy en 2011, provoque la colère de nombreux enseignants, parents et élèves qui vont voir les classes fermées et les effectifs par classe augmenter à la rentrée prochaine.
Des dizaines d'établissement en grève localement, une forte mobilisation à Marseille
Face à cela, des journées de grèves se sont multipliées, dans les dizaines d'établissements touchés par les suppressions d'heures et de postes. De premières journées de grève ont eu lieu dans le Nord, les pays de la Loire et en Île-de-France en février. À Angers, 800 élèves et 50 professeurs ont manifesté ensemble dès le 6 février, au lendemain de l'annonce de leur dotation horaire globale, et le rectorat a été envahi par des enseignants et des parents d'élèves à Paris le 10 février. Des lycées de plusieurs académies se sont ensuite mobilisés début mars, comme dans l'académie de Nantes, d'Orléans Tours, de Lille et d'Amiens, avec parfois des grèves reconduites sur plusieurs jours, comme au très combatif lycée Joachim-du-Bellay à Angers.
La journée du 10 mars a quant à elle prit une dimension plus nationale, avec des lycées mobilisés dans les Hauts de France, à Pau, en Gironde, en Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, Normandie, et surtout à Marseille où la mobilisation a été très suivie. Le 17 mars, la mobilisation s'est étendue à la région du Rhône, avec une grève très suivie les 16 et 17 mars des établissements rassemblés dans le collectif des lycées en éducation prioritaire (CLEP). Enfin, le 19 mars, de nouvelles mobilisations ont eu lieu sur la base cette fois de revendications sur l'école inclusive, le manque de personnels de santé et la situation de précarité des AESH, avec des appels régionaux dans le Rhône (où 50 écoles étaient fermées), les Bouches du Rhône, en Bretagne, à Dijon... L'extension géographique témoigne de l'ampleur de la colère qui s'exprime à la base, mais c'est en même temps une dispersion des dates qui prévaut jusqu'alors.
Dans ces coordonnées, Marseille apparaît comme la pointe avancée du mouvement. Dès le 5 mars, le lycée Nelson-Mandela était en grève contre la baisse de moyen et le lycée Saint-Charles était bloqué par les élèves pour la journée européenne contre la guerre et la militarisation impulsée par la jeunesse allemande. Une journée de grève très suivie a ensuite été appelée par l'intersyndicale le 10 mars, puis les lycéens sont entrés massivement dans la lutte le 17 mars en étant plusieurs milliers à bloquer leurs établissements et à manifester dans la ville avec leurs enseignants, une jonction particulièrement importante.
Cette mobilisation de la jeunesse a été durement réprimée, avec l'interpellation de plusieurs lycéens et des gardes à vue de plusieurs jours, qui montrent à quel point l'État se sent menacé par la radicalité politique de la jeunesse. Surtout, des assemblées générales ont eu lieu afin de coordonner les établissements pour tenter d'organiser la mobilisation dans la durée. L'intersyndicale éducation des Bouches-du-Rhône a de son côté appelé à une journée de mobilisation le 26 mars, et cherche à nationaliser la grève.
En l'absence de plan de bataille, une tendance à la dispersion
Sous pression de la multiplication des grèves dans les établissements et notamment de l'ampleur prise par la mobilisation marseillaise, les directions syndicales nationales ont été poussées à appeler finalement à une première journée de grève nationale, le 31 mars, sur la question du budget et des suppressions d'heures et de postes, alors qu'elles s'y étaient jusque-là refusées. Un point d'appui important pour nationaliser la mobilisation face aux tendances à la dispersion, mais qui apparaît sans perspectives et en ce sens loin de répondre à l'ampleur de l'offensive austéritaire.
De fait, les mobilisations sur la DHG, qui visent à obtenir des moyens supplémentaires, tendent à s'organiser établissement par établissement, dans l'objectif de négocier avec les rectorats pour les contraindre à racler leurs fonds de tiroir et accorder des heures ou des postes. Déjà limitée en temps normal, cette stratégie s'avère d'autant plus susceptible d'échouer que face à l'ampleur de l'offensive sur l'éducation, les miettes se font elles-mêmes de plus en plus rares – voire inexistantes. Une situation face à laquelle il est d'autant plus nécessaire de construire une mobilisation d'ampleur qui, au lieu de se contenter de tenter de négocier la misère, exige le retrait du budget 2026 dans son ensemble, et les moyens dont les personnels, élèves et familles ont réellement besoin.
Construire un mouvement national contre l'austérité dans l'Education
La date du 31 mars, première date appelée nationalement par les directions syndicales, peut en cela devenir un point d'appui, alors que de premières assemblées générales se sont organisées ces dernières semaines, réunissant les personnels d'établissements mobilisés, comme à Paris avant les vacances de février ou à Marseille depuis le début du mois. Pour construire les suites de la mobilisation et faire contre-pression au risque que celle-ci reste cantonnée à des journées saute-mouton, il est essentiel que ces assemblées générales s'étendent, et permettent aux différents secteurs de l'éducation, que ce soit personnels, enseignants, élèves et parents, de discuter des suites de la mobilisation et de ses mots d'ordres, afin que celle-ci ne reste pas sans suites.
Le succès de la journée de mobilisation du 20 mars en Catalogne, où plus de 90% des travailleurs de l'éducation étaient en grève et plus de 100 000 personnes en manifestation, est un exemple du rôle que peuvent jouer les assemblées générales et la coordination entre les établissements dans la construction de la lutte. Elle montre aussi l'importance des liens avec les familles, les élèves et l'ensemble des travailleurs de l'éducation mais aussi des autres secteurs.
Pour lutter contre l'austérité, lutter aussi contre la militarisation
A l'occasion de la grève du 17 mars, l'intersyndicale éducation de l'académie d'Aix-Marseille soulignait : « Ne pas donner à l'éducation nationale et à ses personnels les moyens d'assurer leurs missions est […] un choix politique […]. De l'argent public, le gouvernement sait en trouver pour augmenter en urgence le budget de la Défense et financer à coups de milliards les industries de l'armement. »
De fait, dans un contexte d'accélération des politiques militaristes à l'échelle mondiale, lutter contre l'austérité implique non seulement de massifier et radicaliser le mouvement, mais aussi de dénoncer les budgets militaires, qui explosent tandis que fondent ceux des services publics. C'est ce que dénoncent les lycéens qui se sont mobilisés le 5 mars au Mans et au lycée Saint-Charles de Marseille contre le service militaire, volontaire ou non, répondant à l'appel lancé par la jeunesse allemande, mais aussi les lycéens qui ont rejoint leurs enseignants dans la rue à Angers ou à Marseille pour dénoncer l'austérité à l'école.
Alors qu'il s'agirait une fois de plus d'accepter de se serrer la ceinture pour défendre des objectifs militaristes qui ne servent que les intérêts des industriels de l'armement et des États impérialistes, les journées de grève et de mobilisation contre l'austérité sont l'occasion de dénoncer la militarisation, qui est aujourd'hui le motif de nouvelles coupes brutales dans les budgets, en exigeant des moyens pour l'école, pour l'hôpital et les services publics, pas pour l'armée et la répression. De même, nous devons refuser, en tant qu'enseignants, d'être les relais de la propagande militariste à l'école, et afficher notre soutien à la jeunesse et aux lycéens qui dénoncent le service militaire volontaire et un budget qui ne promet qu'un avenir de guerre et de misère.
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