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« Ils nous prennent pour des esclaves » : Menaces de l'administration et licenciements abusifs chez ATN

Fri, 27 Mar 2026 20:40:12 CET

Révolution Permanente

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À ATN (Action Technique Nettoyage) sur le site de l'hôpital Tenon, la mobilisation s'organise contre la répression patronale que subissent les salariés. Le recours à des menaces devient monnaie courante pour l'administration, tandis que les travailleurs du nettoyage subissent de premiers licenciements abusifs.

À l'hôpital Tenon, les agents de nettoyage de la société ATN (Action Technique Nettoyage) qui souhaitent bénéficier de deux jours de congés consécutifs subissent des menaces de la part de leur administration. Les représentants syndicaux dénoncent les manœuvres d'intimidation en cours : « La direction elle court derrière les dames qui ont dit vouloir les deux jours de repos. La direction leur dit : “ Si tu prends deux jours de repos, tu auras des conséquences ”. Ils menacent, pour faire peur. Là maintenant, tout le monde a peur de prendre ces deux jours de repos. ». Cela va même plus loin pour certains d'entre eux. La direction va jusqu'à licencier abusivement des salariés de la société de ménage souhaitant obtenir ces deux jours de repos, pourtant acquis à la suite d'une grève victorieuse datant d'il y a plus d'un an. Les salariés d'ATN s'étaient en effet mobilisés, en décembre 2024, pour exiger de meilleures conditions de travail et contre le harcèlement de leur hiérarchie. A la suite de la journée de grève du 9 décembre 2024, ils ont obtenu 2 jours de repos par semaine, un 13e mois, un chèque cadeau plus important ainsi que le paiement de leur jour de grève.

La CGT, FO et la CNT expliquent la situation étouffante à Tenon dans leur communiqué : « Suite à un protocole de sortie de grève, datant d'il y a plus d'un an, permettant enfin aux collègues de la société de ménage d'obtenir deux jours consécutifs de repos, les agents qui ont souhaité en bénéficier se sont vus harcelés par leur encadrement. ». Une salariée nous explique comment ils procèdent : « Quand il venait me voir, on ne s'y attendait pas. Tu te baisses pour nettoyer les toilettes, tu te lèves et il est là derrière toi, sans dire bonjour. Il dit alors “ Bonjour, je vous ai effrayée ? ”. Moi j'ai de la tension, ce n'est pas normal de faire comme ça. La moindre des choses c'est de toquer et de dire bonjour. ». Ces pratiques ne sont pas nouvelles, en effet, chez ATN les intimidations sont fréquentes, comme en témoigne la répression dénoncée par Camara, délégué syndical FO, et ses collègues en 2025.

Mi-février 2026, Lydie [prénom modifié pour préserver l'anonymat] a été convoquée par la direction d' ATN. Malgré 14 années de travail exemplaire : « Ça fait depuis 2012 que je travaille ici, ils ne m'ont jamais rien reproché », Lydie nous explique pourquoi elle était dans le viseur de son employeur. « Depuis la grève de décembre [2024], où j'ai parlé, tout le monde me disait que j'étais porte-parole. Depuis, la direction elle me persécute, elle me suit partout, dans les couloirs, là où on travaille. ». Lors de la réunion on l'accable, l'accusant d'avoir commis des « fautes dramatiques », alors que la salariée ose simplement demander deux jours de repos consécutifs. Elle nous explique d'ailleurs l'importance de cette victoire pour elle et ses collègues : « On ne peut pas travailler pendant 30 ans en ayant un seul jour de repos. Qu'est-ce que tu fais après ? Tu n'as plus de vie ! On est des mères de famille, nous. On a le foyer à gérer. Donc un jour de repos ça ne suffit pas, tu es fatiguée, tu peux seulement dormir. Quand on a deux jours de repos, un jour tu peux te reposer, et un jour on s'occupe de la maison. C'est ce que je veux. »

Par la suite, Lydie s'est fait licencier par téléphone pour des motifs abusifs et démesurés. Camara, délégué syndical FO, s'étonne : « Tu as vu ça où, qu'on pouvait licencier par téléphone ? ». Dans l'attente de recevoir le courrier réglementaire mentionnant son licenciement, Lydie s'est rendue sur son lieu de travail le jour suivant. « Tout le service, les médecins, les infirmières, les aides-soignantes, les cadres ne comprennent pas pourquoi je suis licenciée. », nous confie Lydie. Pourtant, sur place, sa responsable l'agresse verbalement, lui ordonnant de quitter les lieux devant l'ensemble de son service. Refusant d'abandonner son poste, Lydie poursuit son travail. Sa hiérarchie a alors appelé la police afin qu'elle intervienne au sein de l'établissement de santé. Encore sous le choc d'un tel niveau de violence, Lydie ajoute : « Ils ont appelé la police pour me faire sortir de là. La police est venue me chercher. Pourquoi ? Peut-être pour me menotter… Je n'ai pas volé, je n'ai pas tapé, je n'ai pas insulté quelqu'un. Depuis 14 ans ici, je n'ai rien fait de tout ça. »

Néanmoins, face à la violence d'une telle situation, on apprend dans un communiqué syndical que « les soignants du service d'urologie ont écrit un courrier témoignant de la situation inadmissible et du comportement irrespectueux de la cheffe d'équipe, envers la collègue licenciée, qui a grandement perturbé la tranquillité des patients et les conditions de travail des agents. ». C'est un point d'appui important sur lequel Lydie et l'ensemble des travailleurs d'ATN, malmenés et menacés de licenciement à leur tour, peuvent se servir pour dénoncer les pratiques de leur hiérarchie.

Cette situation s'ajoute à une longue liste de cas de répression et de menaces répétées de la part de l'administration. Avec émotion, ils nous racontent le décès d'une de leurs collègues : « Mami, une collègue qui bossait à la maternité, est décédée à cause de la pression du travail. Elle a pris deux ou trois jours de congés, elle est tombée malade et elle est décédée. Il y a pas eu un mot pour la famille de la part de l'entreprise, pourtant c'était une collègue qui travaillait depuis 22 ans. ». Ce qui est clair c'est qu' ATN à Tenon use des pires méthodes du patronat pour faire du travail et de la vie des travailleurs un vrai cauchemar. Sans surprise, on apprend que des pratiques similaires sont aussi utilisées ailleurs par la direction d'ATN. « Dans le 94, sur un chantier où ATN travaille, le chef d'équipe a un sifflet. Si tu n'entends pas le sifflet, tu es convoqué au bureau. C'est comme chez les militaires. Il y a 20 personnes qui travaillent là-bas. Avec le sifflet, ils sifflent le début et la fin de la pause. ». Plus grave encore, « Sur un autre site, à UPS dans le 94, un collègue a été licencié avec des faux rapports. Ils ont menti sur lui : tentative de vol. Alors qu'à UPS, il y a des caméras partout. La direction a préparé un document, qu'il a signé. Ils l'ont viré sans un centime. Ils ont menti sur lui, profitant qu'il ne connaisse pas ses droits, ne parle pas bien français, ne sache pas lire et écrire. On est en train de monter un dossier aux prud'hommes. ». Face à ça, les travailleurs du nettoyage s'organisent et nous montrent que dans un secteur hautement précarisé, il est possible de relever la tête face au patronat. « Depuis des années, on dénonce les pratiques. On a dénoncé auprès de la direction que le salaire ne montait pas, que personne ne nous remplace si on part en vacances, les intimidations de l'encadrement, etc. Il y a des gens qui ont le pouvoir, et d'autres qui ne peuvent rien dire. »

Alors que l'hôpital ne pourrait pas tourner sans les équipes de nettoyage, il est essentiel d'apporter toute notre solidarité aux salariés d'ATN du site de Tenon. « On ne veut plus que ce soit cet employeur à l'hôpital Tenon, ils nous prennent pour des esclaves, tu n'as pas de mot à dire, rien à dire. Si ça continue, un jour viendra, quelqu'un va mourir ici. La direction nous considère comme des criminels. ». Soyons donc nombreux pour lutter par en-bas contre ces cas de répression, en déployant le soutien des agents, des soignants et des usagers de Tenon !

Rejoignez-nous à l'AG organisée sur l'hôpital Tenon, LE JEUDI 02 AVRIL 2026, A 14H, DANS LA COUR D'HONNEUR DU BATIMENT MEVNIEL, afin de dénoncer ces situations inadmissibles !

Puis RDV le MARDI 07 AVRIL 2026, A 10H30, devant le siège d'ATN, au 8 BD MENILMONTANT, 75020, en soutien à une salariée convoquée, qui risque également le licenciement !

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