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Mirail. Plus de 200 personnes en AG, la mobilisation contre l'austérité se construit

Fri, 27 Mar 2026 20:48:27 CET

Révolution Permanente

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Au Mirail, l'austérité continue de s'abattre : coupes budgétaires massives, « cours sans profs » et sélection accrue. Face à ces attaques, étudiants et personnels s'organisent en AG et amorcent une mobilisation qu'il est fondamental de chercher à élargir.

Depuis de nombreux mois, la présidence de l'université du Mirail multiplie les offensives austéritaires, sous prétexte d'un « retour à l'équilibre » du budget exigé par la rectrice académique. À la rentrée de septembre, cette politique s'était notamment traduite par le non-renouvellement d'un prof sur deux. La mobilisation du mois de novembre, qui avait réuni 500 personnels et étudiants en AG, avait fait reculer la Présidence à -30%, permis le remboursement partiel des étudiants en reprise d'étude du Master MISS et fait annuler la suppression d'un Master d'interprétation de LSF.

Or, il y a quelques semaines, un noyau de doctorants a lancé l'alerte sur une nouvelle salve d'offensives, qui correspond à l'application concrète sur les formations de ces budgets brutaux. >https://www.revolutionpermanente.fr/Face-a-l-austerite-XXL-a-l-universite-du-Mirail-la-mobilisation-s-organise] : -50% de budget en philosophie, -30% en psychologie, -60% en sociologie, -80% de dotations en anthropologie, la fin des abonnements aux revues scientifiques et le non-renouvellement des achats de livres à la bibliothèque universitaire centrale (BUC) et dans les centres de ressources. Les enveloppes qui financent le paiement des professeurs dans chaque formation ont baissé en moyenne de 15% : des milliers d'heures de TD vont être supprimées, et des « cours en autonomie » sont proposés... C'est-à-dire des cours sans profs, pour combler les maquettes de formation percées.

Le dernier Groupe de Travail de la Présidence supposé réfléchir à la « sécurisation financière » de l'UT2J parle de « maîtrise des effectifs étudiants » : il faut s'attendre à ce que des nouvelles méthodes de sélection interviennent, puisque tous les étudiant-es ne rentreront pas dans les effectifs réduits de TD. Ainsi en anthropologie, une étudiante a alerté que les places en L1 passaient l'an prochain de 250 à 60 places : une attaque brutale, causée par les baisses énormes de budget que connaît le département. Bon nombre d'étudiants étrangers s'inquiètent, visés par la menace constante de la réforme « Bienvenue en France » qui discrimine les étudiants étrangers à l'entrée des filières avec des frais d'inscription de 2 770 € par an en Licence (contre 175 € pour les Européens). Si cette réforme n'est pour l'heure pas appliquée à l'université du Mirail, il n'en reste pas moins une option pour la présidente pour remplir les caisses, sur le dos des plus précaires.

Pour réfléchir collectivement aux moyens pour s'y affronter, une première assemblée générale (AG) ayant rassemblé 200 personnes avait lieu mardi 17 mars. Décision y avait alors été prise d'organiser un grand rassemblement devant et à l'intérieur de la BUC jeudi 19 mars, à l'occasion duquel la doctorante et porte-parole du Poing Levé Alberta Commaret avait rappelé que « l'austérité est un choix politique. Ils saignent l'université pendant qu'ils construisent un nouveau porte-avions pour mener des guerres impérialistes au Moyen-Orient ! »

Ce rassemblement avait débouché sur une proposition de s'organiser en groupes d'UFR pour élargir la mobilisation. Des AG d'UFR se sont ainsi tenues mardi 24 mars, et représentent l'aspect très progressiste de cette mobilisation : au Gai Savoir, en SES, en Langues et en Psychologie, elles ont réuni respectivement 100, 80, et une vingtaine d'étudiants. Ces embryons d'auto-activité au sein des différentes filières, organisés en canaux de communication, ont permis d'organiser un important travail de communication et de sensibilisation aux conséquences des coupes budgétaires. En Psycho, les étudiants ont réfléchi au moyen de mobiliser leurs camarades, notamment autour de la santé mentale de ceux-ci, du fait de l'importante sélection qui existe dans cette discipline : une campagne de recueil de témoignages a commencé. Le Poing Levé a dénoncé en AG la baisse de notes de 4 à 8 points d'étudiant-es sur leur dernier partiel QCM en ligne, non-justifiées, sinon comme un « bug informatique ». Ce jeudi, avant l'AG centrale, un noyau mobilisé d'une quarantaine de personnes en SES et en Lettres et arts, ont organisé des tours de cours, ont investi les bâtiments avec des pancartes, des banderoles et des affiches humoristiques. Ils ont également diffusé une lettre aux professeurs titulaires pour les interpeller sur la situation et inciter à ne pas faire remonter les maquettes de cours le 6 mai, et en musique les étudiant.es ont même écrit une chanson de lutte. Dans l'UFR de Lettres, une dizaine d'étudiant-es a passé la matinée à couvrir leur lieu d'étude d'affiches de dénonciation : FAC DIY. FAITES VOS COURS VOUS-MEMES, 15% DE COURS EN AUTONOMIE, RENDEZ NOS PROFS !, ou encore : STOP OPACITE ! MONTREZ LES MAQUETTES, MONTREZ L'AUSTERITE !, SAUVEZ LES BU, SAUVONS NOS MONITEUR-ICES. Leurs mots d'ordre étaient clairs, et très politiques : EMMANUEL-LE DEMISSION, INVESTISSEMENT DANS LES SERVICES PUBLICS, PAS DANS L'ARMÉE !

La militarisation de l'économie et du budget de l'Etat était sur toutes les lèvres des étudiant-es qui ont appelé toute la matinée à une AG générale le jeudi midi.

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Finalement, l'AG inter-UFR a réuni 200 étudiant-es a permis de mettre en commun les activités qui s'étaient tenues, et de mettre en valeur que les luttes payaient : les étudiant-es du master MISS ont rappelé que les « cours en autonomie » sont déjà expérimentés dans leur parcours, alors même que les étudiants en reprise d'étude de la promo ont du payer des frais d'inscription de milliers d'euros. Ils ont ainsi argué que c'est grâce non pas à de sages négociations avec la présidence mais bel et bien grâce à une mobilisation en début d'année scolaire qu'ils sont parvenus à arracher l'exonération - pour l'instant partielle - de ces frais d'inscription exorbitants. En soutien à elles et eux, l'AG a voté d'exiger le remboursement total de leurs frais d'inscription.

Les étudiant-es et les quelques profs contractuels ont voté la nécessité de ne pas faire remonter les maquettes de cours que les directions de composantes pédagogiques sont en train de bricoler. Ce mouvement auto-organisé prometteur, et qui a déjà tissé des liens forts entre des étudiant-es, a déjà commencé à mettre sur la défensive les directions des UFR : les affiches qui recouvraient les bâtiments des UFR et les tours de TD, milités par les étudiant-es auto-organisés, ont interpellé les professeurs et ont permis des moments de discussions riches de contestation des coupes de budgets entre étudiants et professeurs. La direction de l'UFR HAA et SES a donc annoncé tenir une réunion publique lundi à 13h pour informer les personnels et étudiant-es de « l'état d'avancement des futures maquettes » et proposer « un temps d'échange ». Dans l'UFR du Gai savoir, une réunion sera également organisée par la direction.

Si ces réunions pourraient permettre aux directions d'UFR de lever l'opacité sur les décisions budgétaires en cours, les personnels et étudiants mobilisés doivent garder en tête les leçons de l'automne dernier. En effet, pendant la mobilisation, les directions d'UFR s'étaient retournées contre les étudiants et personnels mobilisés, Alors qu'ils avaient voté des motions contre l'austérité, contre la campagne d'emploi de la présidence et contre les arbitrages entre les UFR, ils ont fini par aller négocier dans les bureaux de Emmanuel Garnier. En agitant comme un chantage le danger de la mise sous tutelle par le rectorat, pour éteindre la mobilisation, ils ont défendu l'idée que la présidence de l'Université fait « ce qu'elle peut » et que nous serions « tous dans le même bateau. Une rhétorique honteuse, lorsqu'on sait que des membres du cabinet de la présidence touchent des primes pouvant aller jusqu'à 30K par an. De plus, cette rhétorique vise à culpabiliser les étudiants et personnels mobilisés, comme si c'était la mobilisation qui causait les foudres du rectorat. En réalité, l'austérité n'est pas une fatalité, mais bien le fruit de choix politiques, orchestrés par le gouvernement et les présidences d'université. En ce sens les étudiants et personnels n'ont pas à accepter les arbitrages, les « cours en autonomie » et ont bien raison de se mobiliser contre l'austérité.

Pour ce faire, la mobilisation en cours à Bordeaux est inspirante : ce mardi, c'est en effet plus de 600 étudiants et personnels qui se sont rassemblés en AG à l'université Bordeaux Montaigne, dans le cadre d'une lutte contre une situation très similaire à celle que rencontre le Mirail.

Enfin, l'AG de jeudi a rappelé que l'austérité dont souffrait l'Université brutalisait partout les travailleurs et la jeunesse. Des étudiant-es d'UT1 sont venus alerter sur les conséquences de la mutation des universités en « Grand Etablissement », et ont transmis que ce jeudi 2 avril, des travailleur-euses du CROUS à l'Université du Capitole tiendraient un piquet de grève pour dénoncer leurs conditions de travail toujours plus difficiles. La mise en place du repas à 1€ promet en effet plus d'affluence, et les personnels en nombre réduit sont déjà surchargés. La pauvre mesure revendiquée par le Parti socialiste pour faire passer le budget austéritaire de la Macronie se fait ainsi sur le dos des travailleurs et travailleuses du CROUS, mais aussi sur celui des étudiant-es qui ne pourront pas être accueillis dans de bonnes conditions. L'AG a voté le soutien des grévistes ce jeudi, mais aussi celui des professeurs du primaire et du secondaire en grève ce mardi contre l'austérité dans l'Education nationale. Il est prévu qu'après les AG d'UFR, les étudiant-es rejoignent le cortège de l'Education nationale à Toulouse, afin de sortir des murs du Mirail et s'unir dans leur combat contre l'austérité.

Au Mirail, nous avons la responsabilité de continuer la mobilisation et d'envoyer un message clair au reste des universités du pays traversées par les mêmes coupes de budgets : l'austérité est un choix politique, pas une fatalité ! Il faut rejoindre la mobilisation initiée à Toulouse et Bordeaux pour stopper les projets de transformer nos facs en universités bourgeoises et élitistes ! Les faire reculer pour obtenir bien plus qu'un retour à la normale : une université ouverte et gratuite pour tous et l'embauche massive de personnels titulaires grâce à un prélèvement massif sur les impôts du patronat et les budgets militaires.

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