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Toulouse. « Ils cherchent à me faire tomber » : l'école Inkipit menace une syndicaliste de licenciement

Fri, 27 Mar 2026 20:53:44 CET

Révolution Permanente

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Mardi 17 mars, les étudiants et travailleurs de l'école de formation du travail social Inkipit se sont mobilisés en soutien à deux représentantes syndicales mises à pied par la direction, dont une est menacée de licenciement. Une répression scandaleuse qui vise à étouffer les voix qui s'opposent à la casse du secteur.

À Toulouse, dans l'école de formation du travail social Inkipit, qui appartient à l'Arseaa, une des plus grosses associations du secteur médico-social dans la région toulousaine, la direction s'acharne contre des élues syndicales combatives. Formatrice en droit et en politiques sociales depuis plus de quinze ans, engagée de longue date comme représentante du personnel puis déléguée syndicale, Fatna Belgacem est aujourd'hui mise à pied et menacée de licenciement pour faute grave, sans aucun avertissement préalable. Une de ses collègues, également élue syndicale, a aussi été brutalement mise à pied. Ces deux cas de répression syndicale démontrent une stratégie d'acharnement contre des militantes expérimentées.

Pour Fatna, tout s'accélère à son retour d'un congé sans solde : alors qu'elle devait réintégrer son poste, celui-ci est attribué à une autre salariée et une mutation lui est imposée. La justice lui donne pourtant raison en reconnaissant une dégradation de ses conditions de travail. Mais loin de s'arrêter là, la direction fait appel et intensifie les pressions : surveillance, accusations en CSE, tentative de la faire passer pour « toxique » ou « opposante systématique ». « Ils cherchent la moindre faute pour me faire tomber », explique-t-elle.

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« Un climat de peur »

Cette situation est loin d'être isolée. Pour construire son offensive, la direction s'appuie notamment sur un cabinet extérieur, Hyades, censé enquêter sur les risques psychosociaux. Dans les faits, les méthodes utilisées interrogent : mails privés sortis de leur contexte, reproches sur le ton ou la longueur des échanges, interprétations subjectives transformées en accusations de « faute grave ».

Pour dénoncer cette répression, les étudiants et les travailleurs d'Inkipit ont organisé un rassemblement, mardi 17 mars. A cette occasion, une salariée d'une autre association est venue témoigner d'une situation similaire, elle aussi sanctionnée à l'issue d'une enquête menée par ce même cabinet. « Ce sont exactement les mêmes méthodes », explique-t-elle. Cette généralisation des attaques fait écho à d'autres mobilisations récentes dans le secteur, comme à Montpellier, où des centaines de travailleurs sociaux ont dénoncé dans une tribune la répression et l'austérité qui frappent leurs métiers. Dans l'établissement, le climat social se dégrade fortement. « Il y a un climat de peur, les gens n'osent plus parler », résume Fatna. Autant d'éléments qui montrent que la répression vise à étouffer toute contestation.

Face à la casse du secteur social, les étudiants et travailleurs s'organisent

Cette offensive s'inscrit dans une transformation plus large du secteur social. Réformes des diplômes, réduction des enseignements théoriques, développement des cours en visioconférence, mutualisation des promotions : tout concourt à imposer une logique de rentabilité et de standardisation. « On nous demande de former des professionnels opérationnels, pas des travailleurs capables de réfléchir et de remettre en cause les pratiques », dénonce la déléguée syndicale. Les directions cherchent ainsi des profils exécutants, moins enclins à contester, tandis que les militants syndicaux deviennent des cibles. Là encore, la situation locale fait écho à une dynamique plus globale : la tribune des travailleurs sociaux de Montpellier pointait déjà un secteur « à bout de souffle », soumis à des logiques d'austérité, où la contestation est de plus en plus réprimée.

Face à cela, le rassemblement organisé devant Inkipit marque un tournant et donne des pistes concrètes pour riposter. Aux côtés des salariés mobilisés, les étudiants se sont massivement impliqués, non seulement en soutien aux syndicalistes visés, mais aussi pour exprimer leurs propres revendications. Beaucoup ont pris la parole pour dénoncer des conditions d'étude qui se dégradent rapidement : généralisation des cours en visioconférence, promotions surchargées, diminution du suivi pédagogique, perte de sens des formations. « On est formés à appliquer, pas à réfléchir », résume l'un d'eux, faisant directement écho aux critiques portées par les formateurs.

Cette prise de parole n'a rien d'anecdotique. Elle montre que les attaques contre les salariés et la dégradation des formations procèdent d'une même logique. Pour les étudiants, voir leurs formateurs sanctionnés pour leur engagement syndical est un signal clair : contester expose à des représailles. À l'inverse, leur présence au rassemblement contribue à briser cette logique de peur.

Surtout, cette convergence ouvre des perspectives. En liant la défense des conditions de travail des salariés à celle des conditions d'étude, elle pose les bases d'un rapport de force plus large. Dans un secteur où la répression vise précisément à empêcher toute organisation collective, ce type de mobilisation apparaît comme une réponse essentielle : élargir le combat, politiser les attaques, et construire des alliances capables de faire reculer les directions. À ce titre, le rassemblement de Toulouse constitue un exemple à suivre pour toutes celles et ceux qui cherchent à s'opposer à la répression et à défendre une autre vision du travail social.

Crédit photo : Révolution Permanente

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