Neuhauser : quand défendre un collègue devient un motif de licenciement
Fri, 27 Mar 2026 20:25:33 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe licenciement d'une travailleuse respectée a mis le feu aux poudres dans l'usine Neuhauser. Entre accidents à la chaîne, pressions hiérarchiques et répression antisyndicale, les salariés dénoncent une direction qui préfère punir plutôt que protéger. Leur mobilisation s'organise pour arracher sa réintégration.

« On te casse au travail, puis on vire ceux qui défendent leurs collègues »
Ce lundi 23 mars, une travailleuse de Neuhauser, cheffe d'atelier et ancienne élue syndicale CGT, a été licenciée par la direction de Neuhauser. Elle avait déjà été mise à pied début mars par la direction. Cette sanction fait suite à un accident du travail, survenu en janvier, lors duquel l'un de ses collègues s'est grièvement blessé à la main. Elle avait eu le malheur de défendre ce dernier. Dès l'annonce de sa mise à pied, un mouvement de grève spontané a gagné l'usine, à partir de la nuit du 3 mars.
C'est alors une grève de deux semaines qui commence. Débutant plusieurs débrayages dans les différentes équipes, les salariés ont rapidement cherché à alimenter leur caisse de grève, qui leur avait permis de tenir plusieurs mois de grève en 2024 lorsqu'ils s'étaient battus contre le licenciement illégal de Christian Porta, leur délégué syndical. À ce titre, des délégations de travailleurs se sont rendues dans la manifestation du 8 mars pour les droits des femmes à Metz, et sont intervenues lors du meeting du 7 mars à Saint-Avold de la liste “Ouvrière et Solidaire” se présentant aux élections municipales, derrière leur collègue et camarade Christian Porta. Au total, ce sont plus de 1100 € de dons qui auront été récoltés en deux jours d'action.
Dans la lancée de cette mobilisation, la CGT de l'usine a convoqué un rassemblement le 11 mars devant l'usine, date de passage en entretien disciplinaire de leur collègue, auquel ont répondu présents une soixantaine de travailleurs en grève. Dans leur communiqué signé le même jour, la CGT Neuhauser affirme : « S'ils avaient eu quelque chose de sérieux contre notre collègue, ils l'auraient présenté. Mais ils sont arrivés avec du vent, des accusations sans fondement et une seule obsession : tenter de lui faire payer l'accident du travail, alors même qu'elle n'était pas présente au moment des faits. » Sur le piquet, de nombreux travailleurs expriment leur colère et surtout leur volonté de « repartir au combat » pour ne pas laisser la direction imposer sa terreur sur les lignes de production.
À l'origine de la colère : les accidents du travail et le mépris de la direction
La travailleuse en question est très respectée et appréciée dans l'usine. Elle est connue par de nombreux travailleurs pour les avoir aidés, notamment lorsqu'elle était élue CGT. C'est le moteur premier de la colère qui a secoué l'usine, choquée par sa mise à pied. Mais cette sanction a aussi touché à un point très sensible qui affecte tous les ouvriers : la grave dégradation des conditions de travail à l'usine. En effet, la CGT rapporte un nombre d'accidents du travail record et une pénibilité du travail grandissante.
Dans son compte rendu du CSE du 24 février 2026, la CGT Neuhauser dénonce 4 accidents qui ont eu lieu sur leur lieu de travail en janvier. Au moment de la mobilisation, ce chiffre a doublé. C'est 70 % de la moyenne des accidents annuels qui ont eu lieu en deux mois à peine sur l'année 2026. La direction, elle, pointe simplement « le comportement des salariés ». C'est ce refus actif de la direction à rendre des comptes qui a poussé à la démission de 50 % de l'effectif sécurité, toujours selon le même compte rendu.
Et si la direction n'a pas embauché de nouveaux employés formés à la sécurité, c'est parce qu'elle n'emploie tout simplement pas. Elle se dit dans l'incapacité de proposer des contrats, si ce n'est ceux des intérimaires, qui, eux, sont toujours plus nombreux, condamnés à la précarité des contrats qui sont parfois à la semaine ou à la journée. C'est donc une usine où les employés subissent une cadence infernale qui ne convient jamais aux cadres, où ils doivent former toujours plus d'intérimaires, en moins de temps. Cette situation ne peut que mener à toujours plus d'incidents, dénonce le syndicat CGT Neuhauser.
La direction de son côté utilise chaque accident pour faire reposer la faute sur les salariés. À un autre de leurs collègues qui s'était blessé à l'œil, la direction s'est permise de l'accuser de « ne pas regarder où il va », rapporte Christian Porta. Le comble : non contents du licenciement de cette salariée, la direction a été jusqu'à attaquer l'ouvrier blessé à la main, qui est convoqué en entretien disciplinaire. Le message est clair : on te casse au travail, et si tu as le malheur de relever la tête pour te défendre ou défendre tes collègues, on te menace puis on te vire.
Et maintenant ?
Malgré ce déploiement important pour soutenir la grève, les travailleurs·es de Neuhauser sont sur le qui-vive face à toute attaque de la direction et vivent plus durement encore l'acharnement patronal. Après la répression subie par Christian Porta il y a deux ans, qui aura fait perdre plus de 2 millions au groupe Invivo, on ne peut que constater l'effort démesuré de la direction de Neuhauser pour faire taire chaque voix ouvrière, briser chaque main tendue à un collègue, fracturer, par l'exploitation ou la répression, la solidarité entre ces travailleurs·es.
La répression de cette salariée, en tant qu'ancienne élue syndicale, s'inscrit dans une offensive plus large qui vise à se débarrasser de la présence de la CGT, syndicat très majoritaire à Neuhauser, maintenant connu pour ses victoires retentissantes. Encore quelques mois auparavant, en novembre dernier, ces mêmes ouvriers s'étaient rassemblés au tribunal de Metz pour faire bloc avec Christian Porta, représenté par Elsa Marcel, face à son patron et ses avocats.
Loin d'avoir baissé les bras, les ouvrier·e·s se préparent à relever la tête face à ces nouveaux coups bas de la direction. « Il faut maintenant discuter d'une stratégie à la hauteur pour réintégrer la camarade. » nous confie Christian Porta. « On fait face à une direction toujours plus radicale qui a toujours cherché à faire des exemples en licenciant des collègues. Il faut continuer à montrer notre solidarité et s'organiser d'autant plus face à cette nouvelle offensive. »