« Un procès politique » : à Limoges, l'Etat utilise l'antiterrorisme pour réprimer deux militants écolos
Fri, 27 Mar 2026 15:52:18 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCes 19 et 20 mars se tenait à Limoges le procès de deux militant.es écolos, accusés d'avoir participé à des actions de sabotage. Plus de 150 personnes s'étaient déplacées en soutien devant le tribunal.

Faisant suite à des faits datant de 2021, ce procès arrive au terme d'une longue procédure marquée par une enquête XXL, symbole du saut répressif exercé sur le mouvement écolo. Les prévenu.es risquent aujourd'hui jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et plusieurs centaines de milliers d'euros d'amende pour « destruction par moyen dangereux » et « association de malfaiteurs ».
Depuis une opération de perquisitions et d'arrestations le 15 juin 2021, trois personnes sont mises en examen pour « atteintes aux intérêts de la nation. » Ce chef d'inculpation permet de saisir la Sous-direction Anti-Terroriste et les moyens qui vont avec. Comme le révèle le média autonome Contre-Attaque, avant cette opération, « pendant des mois, la SDAT va installer des micros dans les voitures et les habitats, faire des écoutes massives, des filatures, des saisies ADN sur des portes de voiture, installer des keyloggers sur des ordinateurs, survoler des habitations en hélicoptère ». Une opération répressive scandaleuse, qui illustre la généralisation du recours aux moyens anti-terroristes pour viser le mouvement écolo.
Le chef d'accusation d'« atteintes aux intérêts de la nation » (finalement abandonné au profit de « destruction par moyen dangereux » et « association de malfaiteurs ») ainsi que la débauche de moyens répressifs illustrent la nature politique de ce procès. À l'extérieur du tribunal, plus de 150 personnes affichent leur soutien aux militant.es, et revendiquent la transformation de ce procès en un réquisitoire contre les dommages occasionnés par le développement capitaliste du numérique.
À l'intérieur du tribunal, des témoins de la défense mènent la charge : Célia Izoard, journaliste indépendante, autrice d'un ouvrage sur les chaînes d'approvisionnement du numérique, explique : « Le sujet qui est traité, c'est un énorme enjeu de société. C'est la question des choix technologiques : la population peut-elle se saisir des choix technologiques ? » Pour maître Henri Braun, avocat d'un prévenu, : « le procès de Limoges a porté sa nécessité d'avoir un débat démocratique sur l'utilisation des technologies du numérique. Il faut que ce débat ait lieu. Oui, c'est un procès politique. »
Les moyens déployés pour réprimer les militant.e.s illustrent que le contrôle collectif sur les choix technologiques ne pourra s'imposer que par un large rapport de force face aux entreprises et à l'Etat. Un rapport de force qui implique de penser l'alliance avec le monde du travail, et surtout les travailleurs des secteurs de la tech et de l'énergie, pour porter la question du contrôle ouvrier sur la production et l'innovation. Un travail d'unification que ne permet pas la méthode du « sabotage », qui constitue une impasse stratégique. Quoi qu'il en soit, il est fondamental de dénoncer haut et fort les campagnes répressives menées par l'Etat et les entreprises, l'instrumentalisation de l'antiterrorisme à l'encontre des militants écolo, et de se solidariser avec les réprimés pour d'exiger leur relaxe ainsi que l'abandon de toutes les charges à leur encontre.