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Allocation de solidarité unifiée : derrière la « simplification », une nouvelle offensive anti-ouvrière

Thu, 26 Mar 2026 19:58:16 CET

Révolution Permanente

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Sous couvert de « simplification », le gouvernement prépare une offensive majeure contre les allocations sociales des plus précaires. Avec l'allocation de solidarité unifiée, la logique est claire : réduire les aides, renforcer le contrôle et pousser coûte que coûte vers les emplois les plus précaires.

Début mars, un avant-projet de loi instaurant une allocation de solidarité unifiée (ASU) a été transmis au Conseil d'État et aux partenaires sociaux. Le calendrier est déjà bouclé : passage en Conseil des ministres en avril, adoption avant l'été. Une marche forcée qui montre clairement la volonté du gouvernement d'imposer rapidement cette réforme coûte que coûte.

Sur le papier, l'ASU vise à fusionner plusieurs prestations sociales dont le RSA, la prime d'activité, ou les APL, au nom d'une « simplification ». Le gouvernement déplore un système « illisible » et prétend le rendre plus accessible via un compte social unique et un « revenu social de référence » à horizon 2030. Mais derrière cette rhétorique technocratique se dessine un projet clair : refondre en profondeur les mécanismes de solidarité pour mieux les contrôler, les conditionner et en réduire le coût.

Sous couvert de simplification, l'ASU s'annonce comme une attaque frontale contre les plus précaires. Les propres chiffres du gouvernement sont accablants : 3,9 millions de bénéficiaires seraient perdants. Mais ces chiffres sont contestés par l'OFCE qui juge que les prévisions du gouvernement ne prenne pas en compte l'hétérogénéité des différentes déciles, si bien que plus de personnes pourraient être impactées tandis que le nombre avancé de « bénéficiaires » (3,7 millions) est probablement surestimé. Parmi les plus pauvres, un ménage sur cinq verrait ses aides diminuer. En moyenne, les pertes pourraient atteindre 100 euros par mois — une somme considérable pour celles et ceux qui vivent déjà sous le seuil de pauvreté.

L'esprit du projet est limpide : le gouvernement veut contraindre les personnes au RSA à accepter n'importe quel emploi en faisant baisser les allocations. Autrement dit, pour rendre le travail plus « attractif », il faut que les aides soient moins importantes. Le texte insiste en effet sur la nécessité d'augmenter l'écart entre revenus du travail et revenus de la solidarité, un écart qui pourra être ajusté facilement par la suite. Concrètement, cela peut passer par une diminution du cumul entre salaire et prestations, ou par des règles de calcul moins favorables aux allocataires.

Tout est en place pour organiser une baisse progressive des allocations. En effet, en unifiant les dispositifs, le gouvernement se donne les moyens de modifier plus facilement leur niveau global et de baisser les droits sociaux en une seule réforme plutôt que de les attaquer un à un. Le résultat de cette politique ne sera autre que d'aggraver chaque fois davantage la précarité de personnes qui vivent souvent déjà sous le seuil de pauvreté et ont besoin de ces revenus pour survivre.

L'exemple britannique est éclairant. Avec l'« universal credit », fusion similaire des aides sociales, le Royaume-Uni a connu une baisse généralisée des prestations et une explosion de la précarité. Selon une étude publiée en 2020 par le Lancet, cette réforme a même entraîné une hausse de la détresse psychologique chez les chômeurs de 6,6 % en 5 ans.

Cette nouvelle offensive n'a rien de nouveau elle s'inscrit dans une longue continuité de politiques visant à réduire la protection sociale. Dès 2016, sous François Hollande, le rapport Sirugue proposait déjà de fusionner plusieurs minima sociaux. Depuis, chaque gouvernement d'Emmanuel Macron a ressorti le projet sous différents noms : allocation social unique sous Michel Barnier, ou bien la proposition de François Bayrou d'une allocation sociale unifiée en juillet dernier et aujourd'hui l'allocation de solidarité unifiée.

À chaque fois, la logique est la même : faire des économies sur le dos des plus pauvres tout en renforçant les mécanismes de contrôle. Cette mesure est dans la continuité de la stratégie de durcissement généralisé des dispositifs sociaux depuis plusieurs années : conditionnement du RSA à des heures d'activité, multiplication des contrôles, sanctions accrues. L'ASU s'inscrit pleinement dans cet arsenal. Elle permettra de centraliser les informations, de surveiller davantage les allocataires, et d'imposer plus facilement des obligations.

Ces attaques sont encore plus brutales dans un contexte de crise et d'augmentation continue de la pauvreté, y compris chez des travailleurs. En France, près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, et dont un million de travailleurs. Cette réforme ne vise pas qu'à faire des économies sur la Sécurité sociale : elle a aussi pour objectif de pousser coûte que coûte les classes populaires vers des emplois précaires, dans un objectif clair de fournir une main d'œuvre bon marché au patronat. L'ASU va pousser les plus pauvres vers les emplois les plus pénibles et les moins stables, alors même que le taux d'emplois précaires (intérim, temps partiel, CDD) ne cesse de croître, atteignant 16% en 2023.

Dans le même temps, les milliards pleuvent pour le patronat et les budgets militaires explosent. L'ASU n'est pas une simple réforme technique, c'est une offensive politique majeure contre les droits sociaux. Il n'y a rien à attendre des « concertations » en cours. Une chose est claire : si cette réforme revient sans cesse, sous des noms et des prétextes différents, c'est bien parce que le gouvernement et le patronat sont déterminés à la faire passer, tôt ou tard, pour imposer la baisse des allocations.

À rebours des illusions dans le « dialogue social » avec un gouvernement qui a démontré toute sa détermination à attaquer notre camp social, il est temps de lui opposer une résistance à la hauteur. Si cette attaque semble cibler prioritairement les bénéficiaires des allocations sociales, elle s'attaque bien à l'ensemble des travailleurs en offrant aux patrons une main d'œuvre précarisée et en fragilisant ses capacités d'organisation et de résistance. De ce fait, c'est l'ensemble du mouvement ouvrier qui doit dès à présent s'y opposer, par la grève et dans la rue.

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