Succès à l'Université de Strasbourg : 180 personnes pour discuter de l'actualité du féminisme marxiste
Thu, 26 Mar 2026 21:17:21 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ l'université de Strasbourg, 180 personnes étaient présentes à une conférence organisée par le collectif Du Pain et des Roses, pour discuter de féminisme marxiste. Un signal important de l'intérêt des étudiant·es et enseignant·es pour ces questions.

La semaine dernière à l'université de Strasbourg, Du Pain et Des Roses organisait une conférence sur le féminisme marxiste, consacrée au recueil Les Femmes, la révolution, le socialisme, dans le cadre du cycle de rencontres proposé par l'enseignante-chercheuse Rachida Brahim. Près de 180 personnes étaient présentes, ce qui témoigne de l'intérêt des étudiant·es et enseignant·es pour ces questions au sein de l'université. L'amphithéâtre étant bondé, une deuxième salle a même dû être ouverte.
À la tribune étaient présentes Alberta Nur, doctorante en philosophie politique à l'université de Toulouse, Lisa Yervin, militante à DPDR et au Poing Levé et Rachida Brahim, sociologue spécialisée sur les questions raciales. Elles ont introduit la discussion en proposant une présentation du recueil, de ses enjeux théoriques et de son actualité. L'objectif était de montrer en quoi il peut nourrir des réflexions contemporaines sur les oppressions et les stratégies d'émancipation.
La conférence s'est ensuite prolongée par un temps d'échange très riche avec la salle. Les débats ont par exemple porté sur les manières de lutter contre les violences sexistes et sexuelles, soulevant des désaccords et des réflexions autour de l'anti-punitivisme ou de la « cancel culture ».
Au-delà du contenu même de la conférence, c'est aussi sa réception qui mérite d'être soulignée. À la sortie, de nombreuses personnes ont exprimé leur enthousiasme, insistant sur l'intérêt des discussions et sur la nécessité de multiplier ce type d'initiatives. Les enseignant·es-chercheur·euses présent·es ont félicité l'initiative et les efforts d'agitation autour de la conférence. L'une d'entre elles a affirmé qu'elle n'avait « jamais vu un amphithéâtre aussi plein pour une conférence ! ». Plusieurs personnes ont également manifesté leur volonté de participer aux prochains événements organisés par Du Pain et Des Roses. Cette conférence illustre le fait qu'il existe aujourd'hui une demande pour des espaces de réflexion collective autour du féminisme marxiste.
Le marxisme au cœur des débats aujourd'hui
Cette conférence s'inscrit dans un contexte de crise du néolibéralisme, marqué par une intensification des offensives réactionnaires contre les droits reproductifs, les minorités de genre et, plus largement, des conquêtes féministes. Dans ce moment politique, il y a nécessité à disposer d'outils théoriques pour analyser ces dynamiques, et non déliés d'une pratique militante pour y faire face.
En proposant une analyse matérialiste et historique, les théories marxistes rappellent que les oppressions sont profondément enracinées dans l'organisation matérielle de la société. Elles mettent en lumière les liens entre production et reproduction sociale, et permettent ainsi d'analyser des institutions comme la famille, le travail domestique, la sexualité ou encore les rapports affectifs comme des réalités historiques, traversées par des rapports de classe.
Surtout, le marxisme se veut être un guide pour l'action. Il identifie la classe ouvrière – et les fractions les plus opprimées en son sein – comme la force politique ayant le plus intérêt à mener de front le combat contre l'exploitation et les oppressions. L'émancipation des femmes est ainsi une nécessité stratégique pour construire l'unité de notre classe, et demande de saper les bases matérielles de l'oppression au cours de tout processus révolutionnaire. De ce point de vue, le recueil Les Femmes, la révolution, le socialisme rend accessibles des textes de figures majeures du mouvement socialiste et féministe – un héritage théorique souvent invisibilisé.
Quel rôle pour les étudiant·es ?
Un des enjeux de cette conférence était aussi de poser la question du rôle des savoirs produits à l'université, et de l'actualité de l'héritage des théories marxistes dans le contexte de crise. L'offensive néolibérale a contribué à sortir le marxisme des universités, tout en reconfigurant la production même des savoirs. Si les sciences sociales en particulier sont riches de travaux critiques qui permettent d'analyser les rapports de domination et les mécanismes d'oppression, elles se sont dissociées de sujets capables de les dépasser, et s'en remettent souvent à l'État. Pourtant, ces savoirs restent souvent confinés à l'espace académique, sans toujours parvenir à nourrir des transformations sociales plus larges. L'enjeu n'est pas une meilleure diffusion des savoirs, mais bien leur réinscription dans une perspective de lutte de classe.
L'université est traversée par des logiques économiques et politiques. Elle participe, à différents niveaux, à la reproduction de l'idéologie bourgeoise dominante. Mais alors que les étudiant·es et travailleur·ses de l'université subissent la casse des services publics, la mise au service de leurs savoirs aux intérêts du patronat ou l'ingérence politique dans leur contenu, les savoirs produits ne peuvent être neutres.
En organisant ce type d'événements, il s'agit de rendre accessible des traditions théoriques parfois perçues comme éloignées ou complexes, mais aussi d'affirmer que l'université peut être un espace où ces savoirs doivent pouvoir être discutés librement, confrontés et reliés à des expériences militantes. Il s'agit de réhabiliter l'articulation entre théorie et pratique qu'a toujours défendu le marxisme et que l'offensive néolibérale a voulu enterrer.
Nous souhaitons poursuivre et élargir ce travail, en multipliant les occasions de discussion et de formation collective, pour défendre une perspective de classe et militer contre les oppressions sur nos lieux d'étude et de travail. Pour aller dans ce sens, nous vous invitons à notre cercle de lecture ce lundi 30 mars à 18h (contactez nous sur @revolutionpermanente_alsace pour avoir le lieu), dans lequel nous lirons, discuterons et débattrons de l'introduction du livre Du Pain et Des Roses !