Retour

8,5 milliards pour des munitions : Lecornu accélère le réarmement en pleine guerre impérialiste en Iran

Thu, 26 Mar 2026 20:40:24 CET

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Mercredi 25 mars devant l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a annoncé 8,5 milliards d'euros supplémentaires pour l'achat de munitions, dans le cadre de l'actualisation de la loi de programmation militaire. En pleine guerre au Moyen-Orient, le gouvernement avance dans la course à la militarisation.

Mercredi 25 mars devant les députés, le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris un ton grave pour entamer son discours sur la situation au Moyen-Orient : « Le rôle du gouvernement n'est pas de commenter le chaos du monde, mais d'agir pour protéger les Français et défendre les intérêts de la nation » a-t-il déclaré. Alors que la guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l'Iran, le Liban et les pays voisins se poursuit, le gouvernement profite de l'occasion pour augmenter ses budgets militaires et renforcer son arsenal de défense.

Le Premier ministre a en effet annoncé l'accélération du projet d'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), présenté par Macron en janvier. Initialement prévu « avant juillet », le projet d'augmenter la LPM de 36 milliards d'euros sera présenté en conseil des ministres début avril, puis examiné par l'Assemblée nationale début mai.

En plus de ce changement d'agenda, les budgets prévus vont augmenter, sur fond de guerre au Moyen-Orient. « L'urgence, ce sont évidemment les munitions. Nous prévoyons d'investir 8,5 milliards d'euros supplémentaires de commandes entre 2026 et 2030, qui s'ajoutent aux 16 milliards de la LPM votée en 2023 », a expliqué Sébastien Lecornu, présentant ce changement comme « indispensable » et « colossal ». Il revendique fièrement que la France a consacré « un effort financier quatre fois plus important que la précédente » loi de programmation militaire concernant les munitions.

Il a également annoncé la création d'une plateforme « France Munitions », qui sera un « grossiste de munitions ». Jean-Louis Thiérot, député de la droite républicaine et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, explique sur Twitter l'objectif de cette plateforme, dont il était à l'initiative : « Il s'agit de permettre à un grossiste (…) financé par des fonds privés d'acquérir des stocks de munitions pour constituer des stocks de guerre, faciliter la création de chaînes de production, favoriser l'exportation où la rapidité de livraison est essentielle ». Un projet qui vise à accélérer la militarisation en cours et à engrosser des entreprises privées. Le Premier ministre prévoit également 300 millions d'euros supplémentaires à destination des entreprises duales, c'est-à-dire qui sont à la fois dans le domaine civil et militaire.

Ces nouvelles augmentations du budget de la défense font partie de l'ajout de 36 milliards d'euros à l'enveloppe initiale de la LPM 2024-2030. Bien que le gouvernement n'ait pas précisé si les surmarges de 3,5 milliards pour 2025 et de 3 milliards pour 2026 étaient comptées dans cette enveloppe, il s'agit, à suivre cette hypothèse basse, d'une hausse colossale du budget de l'armée qui devrait atteindre autour de 90 milliards par an en 2030.

Enfin, l'actualisation de la loi de programmation militaire prévoit également des mesures bonapartistes, comme un nouveau « régime d'état d'alerte de sécurité nationale ». Comme l'explique le journaliste Philippe Chapleau : « [Ce] nouveau régime de défense viendra compléter les régimes d'application exceptionnelle du code de la défense (guerre, état de siège, état d'urgence, mobilisation et mise en garde, réquisitions, etc.) ». Plus précisément et selon Matignon, « il sera activable sur tout ou partie du territoire national par décret en conseil des ministres. Ce nouveau régime facilitera, lorsque nécessaire, le déploiement opérationnel à bref délai, sur le territoire national, des forces armées, françaises ou alliées, dans une logique de montée en puissance ». Sous couvert de « sécurité nationale », cette mesure aux contours encore flous prépare une offensive répressive sur le terrain des droits démocratiques.

Dans le même temps, le général Mandon, qui avait demandé en novembre dernier à ce que la population soit prête à perdre ses enfants au front, a annoncé mercredi qu'une réunion se tiendrait dans les prochains jours avec le Royaume-Uni et une trentaine de pays autour de la « sécurisation du détroit d'Ormuz ».

Tout en soutenant l'offensive impérialiste de Trump, la France cherche à rester à bonne distance du front, pour ne pas se lancer dans une guerre ingagnable. Elle se réarme de manière accélérée, dans une situation où l'instabilité géopolitique au Proche et au Moyen-Orient, en même temps que le déclin de son influence sur la situation internationale, menacent ses intérêts réactionnaires. À l'image des collégiens et lycéens allemands qui se sont mobilisés par milliers contre le service militaire volontaire en Allemagne, les travailleurs et la jeunesse ont un rôle central à jouer pour s'opposer aux futures catastrophes que préparent les classes dominantes.

/ / / / / / / / /