Maires hués : le gouvernement et l'extrême droite veulent réprimer la joie et la colère populaire
Thu, 26 Mar 2026 21:15:41 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le second tour des municipales, les médias tentent de faire oublier les vraies raisons de la liesse populaire : la défaite de maires aux politiques anti-sociales que la classe politique tente aujourd'hui de présenter en victimes en criminalisant la joie des quartiers populaires.

Dès l'annonce des résultats des municipales à Saint-Denis, après qu'une foule réunie dans l'hôtel de ville a célébré le départ du maire Mathieu Hanotin, la fachosphère s'est empressée de dénoncer la joie populaire et les slogans en soutien à la Palestine. Les médias ont suivi le pas : sur RMC, Bally Bagayoko a été sommé de s'expliquer au sujet du chant « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! » entonné au soir de son élection. Après une semaine d'offensives racistes à l'encontre du nouveau maire LFI, le parti a remporté plusieurs autres villes au second tour : Roubaix, Vaulx-en-Velin, La Courneuve, Creil… Et les éditorialistes bourgeois ont trouvé un nouvel angle d'attaque : se lamenter des huées contre les pauvres maires sortants.
Encore une fois, tout a commencé à Saint-Denis. Au lendemain du premier conseil municipal, Le Figaro n'a pas centré son article sur les discours des participants mais sur la façon dont « le socialiste Mathieu Hanotin, maire sortant battu, et ses colistiers, ont été copieusement hués et sifflés. » Juste récompense d'un mandat marqué par la gentrification, la chasse aux classes populaires et la surenchère répressive ?
D'après le JDD, journal d'extrême droite, il s'agissait en fait de « scènes d'animosité intense », répétées à Vaux-en-Velin – contre Hélène Geoffroy, qui a armé la police municipale dès 2015 et multiplié ses effectifs par sept – ou à Creil – contre Jean-Claude Villemain. Les « insultes » violentes qui auraient « humilié » l'ancien maire socialiste ? « Au revoir Jean-Claude. Au revoir. Rappelez-vous tout le mal que vous avez fait.
Il n'en fallait pas plus pour déclencher les cris d'orfraie de la classe politique et médiatique. Du côté de la macronie, Laurent Nuñez a dénoncé une situation « totalement inacceptable » ; Yaël Braun-Pivet, « un pur scandale » ; Aurore Bergé, des « images insupportables » qui devraient « indigner tous les républicains sincères ». Chez Les Républicains justement, Bruno Retailleau a affirmé, comme à son habitude, que « l'extrême gauche impose un climat de violence et de haine terrifiant ». Enfin, dans le même ordre idée, Olivier Faure s'est exprimé au nom du PS « contre toute forme de hooliganisation de la vie politique ».
Pourtant, comme le souligne Mediapart, aucun de ces garants de l'ordre n'a trouvé quelque chose à redire lorsque le sénateur LR Thierry Meignen, lui aussi « victime » de huées après sa défaite au Blanc-Mesnil, a menacé la journaliste Nassira El Moaddem : « Je vais la faire condamner pour diffamation. Je vais la fouetter. J'irai au bout, elle va mourir, je la tue. » Ni quand le maire LR d'Arcachon a menacé son adversaire écologiste de lui donner un « coup de boule » et de le « coincer derrière les poubelles ». Rien à voir avec la vraie et seule violence que dénonce L'Opinion : « les images choquantes du soir du second tour des municipales [...] montrent que les méthodes outrancières de Jean-Luc Mélenchon ruissellent désormais jusqu'à ses électeurs ».
La thèse de la « brutalisation de la vie politique » n'est pas nouvelle : elle est ici à nouveau mobilisée pour criminaliser l'expression de joie des habitants des quartiers populaires après le départ de maires impopulaires aux politiques anti-sociales. Et de la « brutalisation » à « l'ensauvagement », le racisme n'est jamais loin lorsque les éditorialistes et la classe politique prennent pour cibles les classes populaires et les quartiers : « Le grand remplacement des élus est en marche. [...] Autour d'eux, [...] des femmes voilées entonnent des youyous guerriers ; des jeunes garçons arborent des drapeaux algériens [...]. C'est le gwer, le blanc, qui, quelle que soit son étiquette partisane, est renvoyé avec une jubilation ostentatoire » résume Éric Zemmour qui mobilise l'islamophobie la plus crasse pour faire passer les maires adeptes des politiques antisociales pour des victimes.
Comme le notait Elsa Marcel, conseillère municipale à Saint-Denis, sur BFM TV : « Pleurer pour des huées, c'est une indignation à deux vitesses qui est insupportable, alors qu'on critique six ans de politique austéritaire. Ce qui compte pour nous, c'est le respect des travailleurs et de la jeunesse ! » Anasse Kazib a lui aussi dénoncé ce « deux poids, deux mesures » : « Qu'est-ce que 3 minutes à se faire huer, à côté d'années entières à vivre avec les cafards et les punaises de lit ? Qu'est-ce que 3 minutes à se faire huer, à côté de la mort de Yanis et du malheur que vit sa famille ? Qu'est-ce que 3 minutes à se faire huer, à côté de la vie de ces familles à la rue avec des enfants ? »
En réalité, les classes dirigeantes ne supportent pas la joie des classes populaires. Lors de la victoire du PSG en Ligue des Champions, l'été 2025, la police avait ainsi procédé à des centaines d'arrestations et de gardes à vue. De la même manière, la colère des jeunes révoltés contre les violences policières après le meurtre de Nahel en 2023, ou contre l'État colonial en Kanaky en 2024, a été traitée comme une crise d'adolescence. Et la même chose est vraie de la liesse des municipales. Mais face aux politiques anti-sociales et néolibérales et à la répression brutale qui sévit dans les quartiers, ces jeunes savent pourquoi ils se battent et pourquoi ils célèbrent. Et il est de la première importance de le rappeler.