Désarmement de la police municipale, « infiltration islamiste » : l'offensive contre LFI et Bally Bagayoko se durcit
Thu, 26 Mar 2026 21:06:36 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis la victoire de La France insoumise à Saint-Denis et la décision du maire d'enlever les LBD à la police municipale, la droite et l'extrême droite ont intensifié leur offensive contre le mouvement en mobilisant la rhétorique complotiste de l'entrisme islamique ou du grand remplacement et les discours ultra-sécuritaires des syndicats de police.

Dès son élection à la mairie de Saint-Denis – Pierrefitte le 15 mars dernier, Bally Bagayoko a été la cible d'insultes et de calomnies issues de l'extrême droite, et relayées par la sphère médiatique. Si le mensonge raciste de la « Ville des noirs » a été débunké en quelques jours, l'offensive se poursuit, après plusieurs semaines de criminalisation de la France insoumise, alors que la droite et l'extrême droite s'acharnent contre Saint-Denis, première grande ville à être dirigée par un maire insoumis.
« Processus de désarmement » de la police municipale, panique sur les plateaux d'extrême droite
Ce mardi sur France 2, Bally Bagayoko a réaffirmé son intention de retirer les LBD de l'arsenal de la police municipale, tout en ouvrant timidement la voie à un « processus de désarmement » plus large, conditionné à la « définition d'une doctrine. » Cette mesure, inscrite dans son programme, a suscité un véritable tollé réactionnaire.
En effet, l'annonce a immédiatement suscité la panique au sein des organisations policières. Le Syndicat de Défenses des Policiers Municipaux exhorte les agents à « fuir les communes LFI » le plus rapidement possible. Même son de cloche chez Alliance. Sur Cnews, derrière le bandeau décrivant « l'inquiétude des policiers municipaux », le délégué national Stanislas Gaudon déplore « le très mauvais message envoyé aux policiers municipaux et aux citoyens » et fait l'état « de demandes de mutation, pas encore quantifiées mais importantes », pour quitter la police municipale de Saint-Denis. Eric Ciotti, le nouveau maire de Nice, et Jordan Bardella se sont empressés d'annoncer que les communes dirigées par le Rassemblement national pourraient accueillir tous les agents : « Nos mairies seront des terres d'asile pour tout policier municipal qui souhaite oeuvrer à la sécurité en étant soutenu et respecté ! »
Christine Kelly, journaliste d'extrême droite, invitait ce mercredi sur Europe 1 Bruno Pomart, ancien membre du RAID, pour s'exprimer sur la mesure : « C'est l'idéologie insoumise. On n'aime pas la police, on n'aime pas l'armement ». Il déplore la décision de Bally Bagoyoko tout en encensant la politique de son prédécesseur socialiste, Mathieu Hanotin, avant d'ouvrir une discussion qui reprend tous les poncifs sécuritaires : risque pour la vie des policiers face à des jeunes « qui ne respectent plus la police », invocation du « risque terroriste » et de la « délinquance extrême » qui existerait dans la ville. Un discours qui ne vise qu'à justifier la surenchère sécuritaire contre les habitants des quartiers populaires.
Comme l'a souligné Elsa Marcel, conseillère municipale de Saint-Denis, sur le plateau de BFM mardi soir, les médias mettent systématiquement sous le tapis le bilan désastreux de la police municipale de Saint-Denis. Pourtant, de nombreuses enquêtes (Streetpress, L'Humanité, Blast...) ont pointé du doigt la brutalité des policiers municipaux dans la ville : agressions physiques et sexuelles, harcèlement quotidien, humiliation à répétition, abus de pouvoir, contrôles abusifs … Face à la gravité de ces violences, l'élue de Révolution Permanente soutient qu'il faudrait « aller même encore plus loin et défendre un désarmement total et immédiat de la police municipale. Il faut leur ôter la capacité de nuire et produire des violences qui peuvent conduire à la mort ».
Je suis élue municipale à Saint-Denis, et je pense que c'est très bien de retirer le LBD aux policiers municipaux à Saint-Denis.
Mais Il faut aller plus loin : un désarmement total et immédiat de cette police armée par Mathieu Hanotin qui harcèle nos quartiers et les vendeurs à… pic.twitter.com/Bb6rtM7Mgp
— Elsa Marcel (@Elsa_Marcel) March 25, 2026
« Nouvelle France » et islamisme : la droite et l'extrême droite lancent une offensive islamophobe et complotiste
Mais le retrait du LBD n'est qu'un des éléments de l'offensive contre le nouveau maire et Saint-Denis. L'édile est également attaqué en tant que un homme politique issu de l'immigration, devenu, pour l'extrême droite, le symbole de la « Nouvelle France », un concept forgé par le mouvement insoumis pour rendre compte des évolutions de la société française. Jean Messiha, éditorialiste d'extrême droite et membre de Reconquête, écrivait hier sur X : « Bally Bagayoko […] annonce lancer un “processus de désarmement” de la police municipale. N'étant pas suicidaires pour travailler dans une ville intégralement remplacée, minée par l'insécurité et le communautarisme, un très grand nombre de policiers municipaux demandent leur mutation ». Il conclut : « Une fois au pouvoir, les nouveaux peuples désarment la France pour terminer sa disparition ». Des propos ouvertement racistes qui s'inscrivent dans la continuité de la théorie complotiste du « grand remplacement ». Dans le même esprit, Éric Zemmour écrit sur X : « La “nouvelle France” veut de “nouveaux règlements”. Ce n'est pas à la République de s'adapter à l'islam, mais aux musulmans d'adapter leur pratique à la France ».
Le Figaro Magazine place lui aussi, en une de l'édition du jour, un article intitulé : « Saint-Denis, dangereux laboratoire de la “nouvelle France” de Mélenchon ». L'autrice évoque en premier lieu une « enquête » réalisée il y a dix ans et intitulée « Molenbeek-sur-Seine », véritable torchon islamophobe qui dressait un parallèle entre Saint-Denis et la ville dont étaient originaires plusieurs terroristes du 13 novembre 2015 et qui alertait sur le « salafisme », « l'islamisme » ou encore « l'intégrisme » qui gangréneraient la ville.
Si « l'enquête » avait été largement décriée à sa sortie, plusieurs contre-enquêtes faisant état de manipulation des témoignages ou de biais journalistiques flagrants, l'autrice est catégorique : l'élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis serait la preuve que la ville a finalement cédé aux « logiques communautaires ». « Les islamistes font preuve d'une capacité à s'adapter et utilisent ces idiots d'extrême gauche pour infiltrer nos institutions » déplorerait l'une des « sources » de Nadjet Cherigui. Une rhétorique complotiste et islamophobe qui s'inscrit dans la continuité des thèses fumeuses avancées par le gouvernement l'été dernier sur « l'entrisme islamiste » et la « menace » posée par les « Frères musulmans ».
Sur France Inter, Gabriel Attal s'en prend également à la notion de « nouvelle France » comme « négation de la France, dissolution de la République », critiquant une « ethnicisation du débat public » qui « alimenterait l'idée de “grand remplacement” que brandit le RN ». Un comble pour celui qui a été au cœur des politiques islamophobes menées par les gouvernements successifs et qui ont fait le lit de l'avancée des idées racistes de l'extrême droite.
Saint-Denis, nouvelle cible privilégiée de la campagne de diabolisation contre LFI
La cabale dirigée contre Bally Bagayoko a un objectif clair : poursuivre la diabolisation du mouvement insoumis et sa marginalisation hors du champ « républicain ». Cela avait même commencé dès la campagne électorale, lorsque Mathieu Hanotin, maire socialiste déchu, avait soutenu que les « dealers » soutenaient la campagne de LFI, une rhétorique largement reprise par l'extrême droite depuis l'élection de Bally Bagayoko. Une offensive qui s'inscrit dans la continuité de la vague de criminalisation du mouvement, visé par des accusations d'antisémitisme pour son opposition au génocide à Gaza et, plus récemment, par l'offensive médiatique suite à la mort du militant néofasciste Quentin Deranque.
Plus grande ville à être dirigée par les insoumis nationalement, Saint-Denis est devenue une cible de choix pour les offensives de l'extrême droite et du gouvernement. L'espoir réel suscité par sa campagne, qui témoigne d'une volonté de rupture avec les politiques de Mathieu Hanotin, semble inacceptable aux yeux du bloc gouvernemental comme de l'extrême droite. On peut alors s'attendre à ce que chaque décision du nouveau maire qui détonne avec les politiques austéritaires, ultrasécuritaires ou racistes du gouvernement soit l'objet de vives campagnes de diabolisation, si ce n'est d'ingérences directes de l'État dans la politique de la ville. Sans rien occulter des désaccords stratégiques que nous avons avec La France insoumise, il est fondamental de dénoncer les attaques brutales dont Bally Bagayoko est la cible.
Si Saint-Denis est au cœur des offensives de l'extrême droite et du gouvernement, c'est aussi pour ce qu'elle représente : une ville ouvrière, dont une part importante de ses habitants sont immigrés ou issus de l'immigration, forte d'une riche histoire de luttes sociales. Les 7% des suffrages obtenus par Elsa Marcel et la liste de Révolution Permanente dans la ville sont un premier pas dans la construction d'une force politique révolutionnaire à Saint-Denis – Pierrefitte, prête à lutter frontalement contre les projets du gouvernement et la cabale raciste de l'extrême droite. L'émergence d'une telle force serait non seulement un pied de nez aux discours réactionnaires des derniers jours, mais surtout l'opportunité pour les habitants d'arracher bien plus que les revendications portées par le nouveau maire. Avant toute chose, désarmement total de la police municipale et dissolution des corps spéciaux pour faire face aux violences policières, mais au-delà, arracher des mesures à la hauteur de l'urgence sociale qui frappe la ville sur la question du logement ou encore des services publics.