Retour

Grève à l'EHPAD Bérengère au Mans : quand les travailleuses du soin relèvent la tête

Wed, 25 Mar 2026 20:43:26 CET

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Depuis le 7 janvier, la colère a éclaté à l'EHPAD Bérengère, au Mans. Environ vingt salariées sur la soixantaine que compte l'établissement se sont mises en grève pour dénoncer des salaires trop bas et des conditions de travail devenues intenables. Depuis, des débrayages sont organisés chaque semaine. Cet établissement appartient au groupe privé Emera, qui gère une quarantaine d'EHPAD et de résidences seniors à travers le pays.

Alors que les salariées de l'EHPAD Bérengère sont en grève depuis le 7 janvier dernier, les propositions de la direction ont été vécues comme une provocation : une augmentation de 7 euros bruts pour les agents de service hospitalier (ASH) et de 36 euros bruts pour les aides-soignantes. Une aumône, alors même que nombre de salariées sont payées au SMIC, pour un travail physiquement éprouvant et socialement indispensable.

Derrière ces revendications salariales, les grévistes portent aussi une exigence fondamentale : « à travail égal, salaire égal ». Mais au-delà encore, c'est une question de dignité et de reconnaissance qui est posée. « On n'est pas assez valorisées », résument-elles. À seulement 40 ans, certaines subissent déjà les conséquences physiques de leur travail : douleurs chroniques, problèmes de dos…

Une grève des travailleuses du soin : un enjeu féministe

Cette mobilisation n'est pas une grève comme les autres. Elle s'inscrit dans un secteur, celui du soin à la personne, massivement féminisé et historiquement dévalorisé. Les métiers du « care », parce qu'ils prolongent socialement les rôles assignés aux femmes dans la sphère domestique, sont parmi les plus mal payés et les moins reconnus.

Leur lutte pose une question centrale : pourquoi les métiers essentiels au fonctionnement de la société, parce qu'ils sont exercés majoritairement par des femmes, sont-ils si peu valorisés ?

Cette dévalorisation n'a rien de naturel. Elle est le produit d'une organisation sociale qui invisibilise le travail reproductif, comme s'occuper des enfants, du foyer ou des proches, et d'un système économique qui tire profit de cette invisibilisation.

Les grévistes de l'EHPAD Bérengère montrent qu'il est possible de relever la tête dans un contexte d'attaques inédites et peuvent ainsi inspirer de nombreuses travailleuses qui subissent des conditions similaires. En effet, les coupes budgétaires touchent particulièrement des secteurs fortement féminisés, dans le privé comme dans le public : la santé, le social, l'éducation, la culture. Depuis ces secteurs, les femmes travailleuses peuvent relever la tête ensemble et faire front face aux offensives austéritaires.

Tenir la grève : une bataille collective

L'espoir du groupe Emera ? Que les grévistes s'essoufflent. Beaucoup de ces salariées sont mères de famille, parfois isolées, avec des revenus insuffisants pour vivre confortablement. Certaines doivent subvenir aux besoins d'enfants en études supérieures avec des salaires en dessous du SMIC.

Faire grève, c'était aussi la crainte de ne plus pouvoir boucler les fins de mois. C'est sur cette crainte que compte le groupe pour essouffler le mouvement. Mais c'était sans compter sur la solidarité qui s'est développée autour des grévistes. Une caisse de grève a été mise en place et a déjà récolté plus de 1500 euros.

La lutte des travailleuses de l'EHPAD Bérengère concerne l'ensemble du monde du travail. Il ne s'agit pas seulement d'obtenir de meilleurs salaires pour celles et ceux qui s'occupent de nos aînés, mais aussi de combattre les inégalités salariales et de s'opposer à l'ensemble des attaques contre le secteur du soin.

Leur combat peut devenir un point d'appui pour d'autres mobilisations : dans les EHPAD, à l'hôpital, ou encore dans des établissements de soins privés comme le Pôle Santé Sud. Si elles relèvent la tête, pourquoi pas les autres ?

Faire de cette grève un point d'appui

La grève des salariées de l'EHPAD Bérengère dépasse donc largement le cadre de leur établissement. Elle pose des questions fondamentales : quelle reconnaissance pour les métiers du soin ? Comment lutter contre la division genrée du travail qui justifie des bas salaires et met en concurrence les travailleur·euses ? Et surtout, qui décide de l'organisation de notre système de santé et dans quel but ?

Face aux logiques de profit des groupes privés comme Emera, c'est une autre perspective qu'il faut dessiner : celle de services de santé placés sous le contrôle des travailleuses, des travailleurs et des usager·ères.

Face à l'austérité qui frappe en premier lieu les plus précaires, les femmes et les minorités de genre, les salariées d'Emera montrent la voie en relevant la tête, par la grève. Le reste du mouvement féministe et du mouvement social plus largement doit s'en inspirer, soutenir leur mouvement et l'amplifier partout où nous subissons des conditions de travail dégradées au nom de l'enrichissement de quelques-uns.

Les grévistes de l'EHPAD Bérengère lors de la manifestation du 8 mars dernier. Crédits photo : compte Instagram @saitastudio.

/ / / / / / /