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Défaite de Meloni sur son référendum sur la justice, une brèche contre l'offensive autoritaire

Wed, 25 Mar 2026 20:43:17 CET

Révolution Permanente

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Les 22 et 23 mars, les Italiens et les Italiennes ont massivement rejeté la réforme judiciaire du gouvernement Meloni. Avec une participation de près de 60% et 53,7% de non, il s'agit de la première défaite électorale de l'extrême droite au pouvoir. Mais maintenant que cette bataille a été gagnée, comment poursuivre la mobilisation pour aller encore plus loin ?

Les 22 et 23 mars, les Italiens et les Italiennes étaient appelés à voter lors d'un référendum sur une réforme de la justice voulue par le gouvernement de Meloni. Sous couvert de rendre la justice plus « équitable », ce projet visait surtout à subordonner toujours plus le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif, en renforçant les traits bonapartistes du régime italien. Avec une participation très élevée, les Italiens se sont opposés à 53,7% au projet. Alors que Meloni pouvait jusqu'ici se prévaloir d'une popularité relativement stable dans les sondages, avec ce vote l'extrême droite essuie son premier revers électoral. Mais maintenant que cette bataille a été gagnée, comment poursuivre la mobilisation pour aller encore plus loin ?

Le non à la réforme s'impose dans de larges couches de la population italienne

Les résultats parlent clairement : le non gagne nettement avec 53,7% des suffrages contre 46,3% pour le oui, soit près de deux millions de votes d'écart (14,46 millions de voix pour le non). La participation atteint 58,93%, ce qui en fait la deuxième plus haute affluence pour un référendum confirmatif depuis 1946, à l'occasion du référendum qui demandait aux Italiens et, pour la première fois, aux Italiennes de choisir entre la monarchie et la république. Le taux de participation dépasse même les européennes de 2024 où il n'avait pas atteint les 50%.

Le non triomphe dans toutes les régions sauf trois : la Lombardie, la Vénétie et le Frioul-Vénétie Julienne, des bastions de la droite. Dans le reste du pays, y compris dans des régions gouvernées par la coalition Meloni, le rejet est massif : 61% en Sicile, 60% en Sardaigne, 55% dans le Latium. Les grandes villes ont pris les devants, avec Naples, où le non atteint le record absolu de 75,49%, à Palerme 68,96%, à Bologne 68,4%, à Florence 67%, à Gênes 64%, à Turin 64,73%, ou encore à Rome 60,31%.

La fracture est aussi générationnelle, en effet les analystes d'Opinio expliquent que le non atteint 61,1% chez les moins de 34 ans, tandis que le oui ne l'emporte que de justesse (50%) chez les plus de 55 ans, et que la mobilisation des étudiants hors de leur ville d'inscription a été décisive. Les fractures traversent également la coalition gouvernementale, où, selon les sondages de Youtrend, 11% des électeurs de centre-droit ont voté non, dont 16% des électeurs de Forza Italia et 14% de ceux de la Ligue de Matteo Salvini.

Un projet de renforcement des traits bonapartistes de la République italienne

Pour mieux comprendre les résultats, il faut revenir sur le contenu que prévoyait la réforme constitutionnelle soumise à référendum. Elle portait sur deux axes principaux, la première étant la séparation complète des carrières entre magistrats du parquet (les procureurs, chargés des poursuites) et magistrats du siège (les juges). Dans les faits, cette séparation existait déjà depuis la réforme Cartabia de 2022, qui avait réduit à un seul les passages possibles entre les deux fonctions, limités aux dix premières années de carrière. Le résultat a été qu'entre 2020 et 2025, seulement 0,83% des procureurs sont devenus juges, et 0,21% ont fait le chemin inverse.

Le deuxième axe de la réforme était beaucoup plus lourd et concernait Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), l'organe d'auto-gouvernement des magistrats. La réforme prévoyait de le scinder en deux (un CSM pour les juges, un pour les procureurs), de remplacer l'élection de ses membres par un tirage au sort, et surtout de créer une Haute Cour disciplinaire chargée de sanctionner les magistrats, une instance davantage sous influence gouvernementale. L'objectif n'était pas de rendre la justice plus « rapide » ou plus « efficace » - éléments auxquels la réforme n'aurait pas touché - mais de subordonner davantage la magistrature au pouvoir exécutif. C'est justement le principal auteur de la réforme, le ministre de la justice Carlo Nordio, qui l'a admis en déclarant ne pas comprendre l'opposition des partis de centre-gauche, puisque cette réforme leur « serait aussi profitable une fois au gouvernement ».

Cette réforme s'inscrit dans la tendance autoritaire de fond du gouvernement Meloni, impliquant un renforcement toujours plus grand du pouvoir exécutif et de ses organes répressifs : le recours massif aux décrets d'urgence pour légiférer sans passer par le Parlement, les décrets sécuritaires qui criminalisent le mouvement social, l'extension de la loi anti-grève (loi 146) à la logistique, et le projet de loi contre « l'antisémitisme » actuellement en discussion.

Une première défaite de Meloni à un an des élections législatives

Ce référendum constitue la première vraie défaite électorale de Giorgia Meloni depuis son arrivée au pouvoir en 2022. Et elle est d'autant plus dure qu'elle vient s'ajouter à plusieurs échecs sur le terrain des réformes institutionnelles qui étaient au centre du programme de l'alliance Fratelli d'Italia-Lega-Forza Italia. La première, l'autonomie différenciée, projet de décentralisation qui aurait creusé les inégalités entre régions riches et pauvres, a été déclarée illégitime dans plusieurs parties décisives par la Cour constitutionnelle en décembre 2024, et a donc été vidée de son contenu. La deuxième, le premierato, réforme visant à renforcer les pouvoirs du chef du gouvernement, n'a jamais eu lieu et a été remplacée par un projet électoral plus modeste.

Pour Meloni, une victoire du oui aurait dû en effet ouvrir la voie à une réforme du mode du scrutin, prévoyant une prime majoritaire renforcée pour la coalition arrivée en tête, afin de lui garantir une majorité confortable aux élections de 2027. Mais après cette défaite, il est tout sauf certain que Meloni prendra le risque d'engager à nouveau sa légitimité politique en défendant ce projet, de peur de recevoir une sanction électorale l'année prochaine.

La Présidente du Conseil a essayé de polariser le vote en expliquant que si la réforme n'était pas adoptée, « les immigrés clandestins, les violeurs, les pédophiles et les trafiquants de drogue » seraient « libérés ». Elle a également déclaré qu'un vote pour le non serait un vote en faveur de ceux qui « saccagent les gares sans aucune conséquence judiciaire », faisant référence aux manifestations du mouvement Blocchiamo Tutto de septembre et octobre 2025. Mais cette stratégie s'est retournée contre elle, et tout cela amène Giorgia Meloni à un dur constat : la droite n'a plus de majorité solide dans le pays.

Construire une alternative au Parti Démocrate et au Mouvement 5 étoiles

L'opposition de centre-gauche se réjouit du résultat, le considérant comme un tournant dans les tendances électorales : le Parti Démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S) cherchent à capitaliser sur le mécontentement du gouvernement actuel lors des prochaines élections législatives de 2027. Lors de ces dernières semaines, l'opposition de centre-gauche a fait campagne pour le non, appelant à soutenir la Constitution italienne et la magistrature actuelle. Ils dénoncent hypocritement le « tournant autoritaire » du gouvernement Meloni, tout en défendant un appareil judiciaire qui persécute et réprime les secteurs des classes laborieuses, populaires et jeunes qui luttent.

En réalité, la situation politique de la péninsule apparaît comme un paradoxe. La réforme de Meloni est rejetée avec une mobilisation massive dans les urnes, pourtant, dans le cadre des élections régionales de novembre, c'était l'abstention qui primait, et les analyses s'accordaient sur un match nul entre la droite et la gauche. De plus, Fratelli d'Italia reste le parti le plus populaire dans les sondages autour de 30% des Italiens disent voter pour eux aux prochaines élections, contre 22% pour le Parti Démocrate et 12% pour le Mouvement 5 Étoiles.

Cette apparente contradiction s'explique en réalité par le rejet radical qu'une partie de la population a pour le gouvernement de droite, sans pour autant accorder une quelconque confiance dans la gauche institutionnelle. En effet, si Elly Schlein, secrétaire du PD, et Giuseppe Conte, ancien Premier Ministre et actuel chef de file du M5S, veulent aujourd'hui récolter les fruits électoraux de cette victoire, leur bilan les rattrape. Ces partis de centre-gauche qui s'opposent aujourd'hui à une réforme renforçant le bonapartisme du régime ont été les premiers à accompagner la montée de l'autoritarisme dans le pays. C'est en effet sous un gouvernement PD qu'a été adopté le décret Minniti-Orlando, qui a ouvert la voie aux mesures sécuritaires, et c'est sous Conte que le décret Salvini-Conte a posé les premiers jalons de la criminalisation des migrants et du mouvement social.

S'opposer à la réforme ne peut donc pas se faire au nom de la défense d'un régime et d'un pouvoir judiciaire que le centre-gauche lui-même a contribué a rendre plus autoritaire. Si les tribunaux et procureurs gardent encore à ce jour une certaine indépendance à l'égard du pouvoir exécutif, cela ne les as pas empêchés d'être le bras armé de la répression des opposants politiques dans le pays. Ce sont par exemple eux qui ont poursuivi, arrêté et condamné des dizaines de militants du mouvement pro-palestinien lors du grand cycle de mobilisations de septembre-octobre 2025. Derrière le masque de l'indépendance, il s'agit toujours d'une justice de classe qui protège et profite des intérêts des classes possédantes au détriment de la classe ouvrière et des secteurs populaires.

Il est donc essentiel de rejeter l'offensive autoritaire de Meloni à partir d'une autre perspective, qui porte un projet de rupture avec le status quo. L'automne 2025 nous a montré que cela était possible : les grèves générales de septembre et octobre et le mouvement Blocchiamo Tutto ont brisé plusieurs décennies de passivité politique en Italie, et ont forcé les directions syndicales et le centre-gauche à suivre ces mobilisations. C'est avec cette expérience qu'il faut maintenant renouer.

La manifestation NoKings du 28 mars à Rome, lancée par des collectifs, centres sociaux et organisations qui ont participé à l'automne 2025, est une première occasion. Mais il faudra y construire un pôle politique entièrement indépendant du centre-gauche du PD et M5S, pour tenter de reconstruire dans le pays une alternative politique à ces « oppositions » institutionnelles. Le référendum du 22 et 23 mars a montré que la majorité du pays, et en particulier sa jeunesse et les classes populaires, n'est pas prête à laisser que les libertés fondamentales soient remises en question. L'énergie existe, il est temps qu'elle s'organise en allant encore plus loin pour vaincre ce gouvernement et créer une véritable mobilisation de masse.

Crédits photo : Capture d'écran Youtube La Repubblica.

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