50 ans du coup d'État en Argentine : manifestations massives contre le révisionnisme et le gouvernement Milei
Wed, 25 Mar 2026 20:42:38 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA l'occasion des 50 ans du coup d'État militaire en Argentine, de nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le pays. L'occasion pour le PTS, organisation sœur de RP, de dénoncer la complicité active de grandes entreprises et de certains secteurs du péronisme avec la répression sanglante de la dictature, mais aussi avec les offensives anti-travailleurs menées actuellement par le gouvernement Milei.

Nous republions un article initialement paru sur La Izquierda Diario, journal du PTS, organisation sœur de Révolution Permanente en Argentine.
Une foule massive a occupé les rues dans tout le pays contre le négationnisme et le gouvernement de Milei. Les 50 ans du coup d'État ont donné lieu à une prise de position forte, témoignant de la montée de l'opposition sociale et politique au pouvoir en place. Cela s'est traduit par une mobilisation massive sur la Plaza de Mayo, à Buenos Aires mais aussi dans les principales villes du pays, avec d'énormes manifestations à Córdoba, Rosario, Mar del Plata, Neuquén et Mendoza, entre autres.
Des manifestations massives pour réclamer justice et vérité pour les milliers de disparus sous la dictature
Dans la ville de Buenos Aires, les organisations historiques ont ouvert la marche. Comme chaque année, les Mères et les Grands-mères de la Plaza de Mayo étaient en tête. On a également vu des organisations sociales, politiques et étudiantes, ainsi que des dizaines de milliers de personnes venues individuellement des quartiers de la capitale et du Grand Buenos Aires. Des figures du péronisme étaient aussi présentes, comme Sergio Massa, absent des mouvements de résistance à l'austérité depuis près de deux ans. Malgré cela, l'ancien ministre de l'Économie, instigateur d'une austérité sévère dictée par le FMI lors de son mandat, a utilisé la manifestation pour tenter d'incarner une opposition qu'il n'exerce pas dans les faits.
À 16 heures, ce rassemblement a lu un premier texte, avec un mot d'ordre central : « Qu'ils disent où ils sont » [NdT : slogan historique du mouvement pour la mémoire des dizaines de milliers de disparus sous la dictature militaire]. Depuis la tribune, la complicité des grandes entreprises et de l'impérialisme avec les massacres commis pendant la dictature a été dénoncée. Il a également été fait mention du contexte répressif préalable au coup d'État de 1976, dont « le gouvernement d'Isabel Perón, avec López Rega et la Triple A [NdT : Alliance anticommuniste argentine, organisation parapolicière d'extrême droite] » a été le principal acteur. Toutefois, cette mention a omis le rôle de la bureaucratie syndicale de la CGT à l'époque. Celle-ci a joué un rôle actif au sein des groupes parapoliciers qui ont assassiné plus de 1 500 militants entre novembre 1973 et mars 1976, et qui ont ensuite intégré les escadrons de la dictature.
Les participants n'ont pas manqué de dresser les parallèles avec la situation actuelle en Argentine. « Milei promeut le même programme que celui imposé par les grandes entreprises durant la dictature civilo-militaire », soulignent-ils, ainsi que la même subordination à l'impérialisme.
Cependant, la responsabilité des directions syndicales et d'une partie des péronistes dans le fait que ce « programme » ait pu être appliqué ces deux dernières années a été mise sous le tapis. Pourtant, sans cette complicité, l'approbation de la réforme du travail — qualifiée d'« esclavagiste » par ses opposants — ou de la « Loi Bases » n'aurait pas été possible. Autrement dit, la direction de la CGT joue un rôle essentiel dans l'offensive austéritaire. Dénoncer le plan économique de Milei sans dénoncer ceux qui permettent son avancée revient à invisibiliser la moitié des responsables.
Un rassemblement initié par le PTS pour pointer le rôle délétère de la gauche péroniste et des directions syndicales, de la dictature à aujourd'hui
Ces divergences expliquent que, lors de cette journée de mobilisation massive, deux textes distincts aient été lus, reflétant des positions différentes. Il y a plusieurs semaines déjà, le PTS avait débattu de cette question au sein du FITU (Front de gauche), où le MST et Izquierda Socialista [NdT : autres organisations révolutionnaires, également membres du FITU] avaient défendu une mobilisation « unitaire » qui empêchait l'expression de ces divergences. Autrement dit, cette « unité » revenait à ne pas dénoncer ouvertement la responsabilité de ceux qui permettent à Milei de poursuivre ses attaques.
Un second texte a donc été porté par les organisations de l'Encuentro Memoria, Verdad y Justicia (Collectif Mémoire, Vérité et Justice), dans lequel le PTS et d'autres organisations ont formulé une critique très sévère des complices de la politique d'austérité de Milei. Ce rassemblement s'est tenu à partir de 18h30, avec la présence d'enfants de disparus, de familles, d'organisations de défense des droits humains, d'anciens militants des années 1970 et de figures du FITU.
Le texte a dénoncé le négationnisme officiel et les tentatives d'instaurer l'impunité pour les responsables des crimes de la dictature. La responsabilité des entreprises dans les massacres de masse a également été soulignée, un domaine où une impunité persiste largement encore aujourd'hui.
Concernant la situation actuelle, le texte a dénoncé la politique d'austérité brutale mise en œuvre par Milei, ainsi que ses complices — notamment des secteurs du péronisme et la CGT, accusés d'avoir trahi la lutte contre la réforme du travail.
Le texte a également évoqué la défaite des États-Unis et d'Israël face à l'Iran. Il a en outre dénoncé le blocus impérialiste contre Cuba et le génocide à Gaza. Il convient de rappeler que la quasi-totalité du péronisme a maintenu un long silence sur le massacre de la population palestinienne. Certains dirigeants — comme Guillermo Moreno [NdT : Ancien membre du Parti justicialiste, ayant créé son propre parti péroniste] — sont même allés jusqu'à soutenir publiquement Benjamin Netanyahu.
Lors de la mobilisation, Myriam Bregman, députée nationale du PTS-FITU, a mené le cortège du Centre des professionnels pour les droits humains [NdT : Organisme fondé en 1997 contre l'impunité, la répression et en défense des militants populaires], aux côtés de Nicolás del Caño, Christian Castillo, Andrea D'Atri, Alejandrina Barry, Raúl Godoy et d'autres figures du parti.
À Buenos Aires comme dans le reste du pays, le PTS a organisé des cortèges très importants, rassemblant des milliers de travailleurs, d'étudiants, de militantes féministes, d'acteurs du mouvement écologiste et d'autres secteurs. Il a été, sans aucun doute, la force politique de gauche la plus mobilisatrice dans les différentes villes.
Cette capacité de mobilisation accompagne une forte progression de ce courant en termes de reconnaissance politique. Une récente enquête du cabinet Tendencias indique que Myriam Bregman est la dirigeante politique bénéficiant de la plus grande sympathie, devant Javier Milei et Axel Kicillof. Une sympathie qui s'est traduite dans les assemblées et réunions organisées par le parti, auxquelles de nombreuses personnes ont participé.
À la fin de la manifestation, lors d'une brève prise de parole, Myriam Bregman, députée du PTS, a déclaré : « Pour conclure cette journée, je pense que nous devons repartir avec une réflexion profonde. Il nous manque quelque chose : retrouver, de la génération des années 1970, le droit de nous rebeller contre l'oppression. Ce que nous faisons est un droit légitime à la résistance ». Elle a ajouté : « Nous devons reprendre ce drapeau et réfléchir à la stratégie nécessaire pour passer enfin à l'offensive. Car nous avons le droit de lutter pour en finir avec ce système capitaliste, qui engendre guerres, agressions impérialistes et exploitation, et pour construire le socialisme ».