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Saint-Avold : le RN l'emporte mais devra faire face à une opposition ouvrière et populaire

Tue, 24 Mar 2026 21:02:24 CET

Révolution Permanente

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À Saint-Avold, le Rassemblement national s'impose au second tour des municipales dans un contexte de crise profonde de la droite clientéliste. Mais face à cette offensive, une nouvelle opposition ouvrière et solidaire a émergé et entend déjà organiser la riposte.

Avec 43,29 % des suffrages, la liste menée par Hervé Simon remporte la mairie de Saint-Avold. Le Rassemblement national franchit ainsi un nouveau cap dans son implantation en Moselle, après d'autres conquêtes locales. Derrière lui, Tristan Atmania (35,12 %) et le maire sortant René Steiner (21,59 %) paient au prix fort les divisions d'un bloc de droite locale usé et incapable de s'unir.

Une victoire du RN nourrie par la crise des droites locales

Si la victoire du RN était attendue, elle ne peut se comprendre sans revenir sur l'état de décomposition du paysage politique local. Depuis des années, la ville est dirigée par différentes composantes d'un même bloc bourgeois clientéliste. Après s'être divisées en quatre listes concurrentes au premier tour, celles-ci sont restées divisées au second tour.

Au-delà de leur fragmentation, elles ne constituaient en rien une alternative politique ou idéologique à l'extrême droite, et avaient au contraire joué la surenchère sécuritaire pendant les élections. Tristan Atmania, arrivé deuxième au premier tour avait même réussi l'exploit d'appeler à faire "barrage" au RN, sans même expliquer quelles auraient été ses divergences avec le parti à la flamme… Peu étonnant après qu'il ait lui même établi dans son programme de faire de Saint-Avold la ville ayant le plus grand nombre de caméras relativement au nombre d'habitants en France.

Le désistement d'André Wojciechowski, présenté comme un geste de « front républicain », n'a pas empêché une partie de son électorat de se reporter vers le RN. Là encore, on ne peut pas parler de surprise compte tenu de la proximité de ce dernier avec le parti d'extrême droite ces dernières années. Alexandre Loubet ne s'est d'ailleurs pas privé de révéler dans une vidéo, qu'il l'avait "supplié" d'être candidat aux côtés du RN, aux sénatoriales et aux législatives. Dans le même temps, l'incapacité de René Steiner et de Tristan Atmania à s'accorder sur une alliance a confirmé l'impasse politique de ce camp. Au lendemain du scrutin, plusieurs figures locales ont d'ailleurs rapidement normalisé la victoire du RN, à l'image de Umit Yildirim, colistier de Amandine Guérin, qui a présenté ses "félicitations" à Hervé Simon dès le lendemain de sa victoire.

Dans ce contexte, le RN a pu apparaître comme une alternative « dégagiste » face à une équipe en place depuis des décennies, tout en bénéficiant d'un rejet profond des pratiques clientélistes locales. Entre le premier et le second tour, il est même passé de 2 082 voix à 2908, alors que la participation a légèrement augmenté.

Une avancée du RN dans un territoire ouvrier marqué par la désindustrialisation et la désertion de la gauche

Cette victoire s'inscrit dans une dynamique de long terme. À Saint-Avold, comme dans d'autres villes marquées par la désindustrialisation, la perte d'emplois, le recul des services publics, les trahisons et le recul de la gauche institutionnelle, le RN progresse depuis plusieurs décennies. À Saint-Avold et de nombreuses villes voisines, les grandes formations politiques de gauche ne se présentent même plus, abandonnant l'électorat ouvrier et populaire à l'extrême droite.

Mais ce vote de la part ne se réduit pas à une adhésion idéologique, comme en témoigne la progression de près de 50% du résultat du RN entre le premier et le second tour. Le RN bénéficie d'une volonté de "dégager" le clan en place, et d'une abstention qui lui permet de remporter la ville avec le vote de seulement 18,59% des électeurs inscrits au premier tour, et 25,96% au second tour. Cette abstention exprime une profonde défiance politique, et le sentiment que « voter ne change rien ». Le RN s'impose ainsi autant par sa progression que par l'effondrement de ses adversaires.

L'expérience des municipalités dirigées par le RN ailleurs en France donne un aperçu concret de ce que signifie leur arrivée au pouvoir pour les classes populaires. À Hayange, la mairie RN s'est illustrée par des attaques contre les syndicats et les associations, notamment en s'en prenant directement à la CGT et au tissu solidaire local. Dans plusieurs villes, les politiques dites « sociales » se traduisent en réalité par du clientélisme ciblé et des discriminations, tandis que les services publics continuent de se dégrader. À l'échelle nationale, le RN s'oppose régulièrement aux hausses de salaires, défend les intérêts patronaux sur des questions clés et instrumentalise les divisions racistes pour détourner la colère sociale. Autrement dit, derrière son vernis « populaire », l'extrême droite mène une politique fondamentalement anti-ouvrière, qui vise à affaiblir toute capacité d'organisation et de résistance des travailleurs.

Une nouvelle polarité ouvrière fait irruption

Dans ce paysage, un élément nouveau est apparu lors de cette élection : la présence de la liste Saint-Avold ouvrière et solidaire, menée par le syndicaliste Christian Porta.

Avec 408 voix et 6,33 %, cette première candidature a fait émerger une expression politique indépendante des travailleurs et des classes populaires. Surtout, elle a réalisé ses meilleurs scores dans certains quartiers populaires, où elle atteint jusqu'à plus de 10 %, et où elle a même fait reculer le RN par rapport aux précédentes élections municipales. La liste avait joué un rôle pour démasquer le caractère anti-ouvrier et raciste du parti à la flamme, avec de nombreuses vidéos et dans le débat de Moselle TV où Christian Porta a ridiculisé Hervé Simon. Mais aussi, elle s'était jointe au rassemblement appelé par la CGT et Solidaires contre la venue de Marine Le Pen dans la ville, qui l'avait contrainte à renoncer à tout événement public dans la ville.

Au-delà du résultat électoral, la campagne a marqué les esprits : meeting de 250 personnes, présence militante dans les quartiers et sur les lieux de travail, grand écho auprès de la jeunesse, visibilité importante dans une ville où la gauche avait quasiment disparu. Pour la première fois depuis longtemps, une voix ouvrière, anticapitaliste et internationaliste s'est fait entendre.

Saint-Avold : le terrain d'un affrontement à venir entre extrême droite et opposition ouvrière, populaire et de la jeunesse

La victoire du RN ne clôt pas la situation politique locale : elle ouvre une nouvelle phase. D'un côté, un bloc bourgeois en crise, dont une partie bascule vers l'extrême droite ; de l'autre, un RN qui accède au pouvoir municipal mais devra désormais mettre en oeuvre sa politique réactionnaire avec le soutien de seulement un quart des électeurs.

Avec le soutien du député RN Alexandre Loubet, le nouveau maire entend faire de Saint-Avold une vitrine de la gestion municipale d'extrême droite, dans un territoire stratégique pour son implantation.

Mais face à ce projet, une autre dynamique est en train de naître. La campagne de Saint-Avold ouvrière et solidaire a déjà commencé à structurer une résistance ouvrière, populaire et de la jeunesse, qui ne compte pas s'arrêter au soir du scrutin.

Comme elle l'a montré lors de son meeting, en rassemblant travailleurs, jeunes et habitants autour d'un programme de lutte, cette force entend faire de la ville non pas une vitrine du RN, mais un laboratoire de la riposte contre les municipalités d'extrême droite.

Une riposte qui ne se jouera pas seulement dans les urnes, mais dans les entreprises, les quartiers et la rue. Ce combat dépasse le cadre de Saint-Avold, et peut redonner une perspective à celles et ceux qui refusent de laisser l'extrême droite se renforcer dans les territoires ouvriers sans opposition.

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