Augmenter la cadence des raffineries : le leurre du gouvernement face à la hausse des prix du carburant
Tue, 24 Mar 2026 22:05:29 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le début de l'agression impérialiste de l'Iran, les cours du pétrole se sont envolés. Pour répondre à cette flambée des prix, le gouvernement souhaite que les raffineries accélèrent le rythme de production. De quoi faire les affaires des grands groupes pétroliers, et faire peser la hausse des prix sur les classes populaires et les travailleurs.

Suite aux annonces de Trump concernant le report de son ultimatum contre l'Iran sur la réouverture du Détroit d'Ormuz, le prix du Brent (référence du prix du pétrole) avait chuté de 10% ce lundi. Les bombardements dans la nuit du 23 au 24 mars et les négations de l'Iran au sujet des potentielles discussions annoncées par Trump ont provoqué un rebond, faisant remonter le prix du baril au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars. D'après l'IFP Energies Nouvelles (IFPEN), le prix du baril de pétrole pourrait même monter jusqu'à 130 dollars d'ici le mois de mai si la guerre se poursuit, ce qui impacterait considérablement le pouvoir d'achat des travailleurs, notamment en France où le prix à la pompe frôlent déjà les 2 euros par litre depuis plusieurs jours. D'après un travailleur de la Raffinerie de Normandie interrogé par Révolution Permanente, l'encadrement de Total s'attend à une séquence inédite, avec des tensions d'approvisionnement et sur les prix « jamais vues depuis la Guerre du Golfe ».
Si les évolutions erratiques du cours du pétrole sont pour le moment principalement dus à la spéculation du marché, avec des stocks physiques actuels qui datent d'avant la crise et des distributeurs et raffineurs qui répercutent par anticipation les coûts d'approvisionnement futurs, le gouvernement tente de rassurer pour calmer à la fois les marchés et la colère sociale face aux hausses du prix de l'essence. Ce mardi, le gouvernement a ainsi envoyé un courrier aux raffineries, les incitant « à augmenter rapidement et temporairement la production en produits raffinés ». Dans ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé sur son compte X : « En parallèle, nous renforçons notre capacité à produire en France : le gouvernement a demandé et permis à la raffinerie de Gravenchon d'augmenter rapidement ses capacités ». La raffinerie de Gravenchon, près du Havre, est la deuxième plus grande de France et représente 21% de la capacité de raffinage du pays. Le pouvoir cherche ainsi à rassurer la population et éviter coûte que coûte que la hausse des prix à la pompe ne vienne raviver et agraver les crises économiques et politiques des derniers mois. Plusieurs aides à destination des agriculteurs ont été annoncées le même jour, pour essayer de calmer la colère qui avaient mis des milliers d'exploitants dans les rues il y a deux mois à peine.
Une hausse de production en forme de coup de com' : le patronat paye sa politique de délocalisation et de casse de l'outils de travail
Ces annonces d'augmentation de la production des carburants restent pour le moment surtout un « coup de com' », et cachent une réalité plus complexe où leur mise en place est loin d'être assurée. En effet, plusieurs pétroliers établis en France expliquent qu'il n'est pas possible d'augmenter drastiquement la production. North Atlantic, le propriétaire de la raffinerie de Gravenchon, a expliqué à l'AFP : « Avec l'outil technique que l'on a actuellement, (...) on peut aller au maximum jusqu'à 10% d'augmentation de la capacité ». De son côté, TotalEnergies a même expliqué que sa production est déjà au maximum et ne pourra pas augmenter malgré les annonces du gouvernement.
En effet, comme nous le raconte un travailleur de la Raffinerie de Normandie : « à Total Normandie, comme sur les autres sites, on a un outil de travail qui est malade. Ici, le débit maximal de traitement de brut c'est 39 000 tonnes par jour de pétrole brut, mais pour des raisons techniques on ne peut pas monter au delà de 32 000 tonnes par jour ». En plus d'un approvisionnement mis à mal par la fermeture du Détroit d'Ormuz mais aussi de l'ensemble du commerce international transitant par les ports des pays du Golfe, il explique que la production est avant tout contrainte par « des raisons techniques ». En effet, « toutes les machines critiques sont doublées, pour qu'en cas de défaillance, on puisse permuter de machine sans soucis. Sauf que la maintenance est tellement mal faite que pour une partie, les machines de secours n'assurent pas le même débit que la première machine ». En somme, en cas de défaillance, les travailleurs ne peuvent pas assurer les débits actuels, et l'annonce du gouvernement apparaît en ce sens pour ce qu'elle est : un coup de com' visant à rassurer. Surtout, comme le résume le raffineur « Total paye sa gestion ultra-capitaliste et court termiste de la boîte » : « depuis 2008, la bourgeoisie française a mené une politique de délocalisation des capacités de raffinage avec la fermeture de 6 raffineries et l'abandon progressif de l'outil de travail ».
Alors que le gouvernement est contraint par sa politique austéritaire et ne peut rien lâcher de plus que des promesses qui n'engagent à rien, la bourgeoisie française fait face aux contradictions de décennies de désindustrialisation, de casse de l'outil de travail et de délocalisation. Ces tentatives d'effet d'annonce pour calmer la hausse des prix mettent surtout en relief le caractère profondément spéculatif de l'envolée des prix du pétrole.
En réalité, les géants de l'industrie pétrolière, libres de fixer les prix, jouent un rôle clé dans la crise inflationniste et profitent de la guerre en cours pour augmenter leurs bénéfices et marges. Alors que les médias bourgeois encensent des mesures minimales, comme la réduction de TVA mise en place par l'État espagnol qui est présentée comme un « bouclier social et économique ambitieux » dans les pages de Libération, nous devons dénoncer ces mesures cosmétiques qui visent avant tout à préserver les marges des grands groupes de l'énergie. Face à l'augmentation orchestrée des prix des carburants, il faut supprimer la taxation des hydrocarbures mais surtout l'accompagner d'une baisse et d'un blocage des prix, afin de s'assurer que les baisses de taxation n'aillent pas directement grossir les profits du patronat comme c'est le cas aujourd'hui. Mais face aux mécanismes de spéculation et d'enrichissement d'une minorité grâce à cette rente spéculative, il est nécessaire de porter comme programme l'expropriation des grands pétroliers comme Total, qui tirent profit de la guerre et de l'inflation.
Crédit photo : Raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon, Wikimedia Commons