Agression israélienne du Liban : une guerre qui n'a jamais vraiment cessé
Tue, 24 Mar 2026 22:02:02 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa guerre que mène Israël au Liban depuis le 5 mars a déjà fait 1039 morts et 1 200 000 déplacés. Comme par le passé, l'agression militaire israélienne menace de faire exploser la société libanaise.

Depuis la réouverture des fronts de guerre au Liban le 5 mars, les bombardements israéliens s'étendent au-delà du Sud du pays et de la banlieue de sa capitale. Ces bombardements massifs ont fait, jusqu'à aujourd'hui, plus de 1039 morts et près d'un million et deux cent milles déplacés. Après avoir visé des tentes de déplacés à Beyrouth et bombardé l'université publique il y a deux semaines, Israël a annoncé la semaine dernière avoir mobilisé 450 000 réservistes afin de préparer une invasion terrestre de la zone située au sud du fleuve du Litani et a commencé depuis dimanche à mener une série de bombardements contre les ponts qui relient le sud au reste du pays.
Dans le même temps, alors que les fractures internes au sein de la population libanaise s'accentuent autour de la position du pays vis-à-vis de la guerre, le gouvernement libanais joue un rôle réactionnaire d'alignement sur l'agenda américain, et place l'armée libanaise en confrontation directe avec le Hezbollah pour imposer son désarmement alors qu'Israël poursuit ses incursions terrestres. Cette situation fait écho à celle qu'a connue le Liban avant l'invasion israélienne du Liban de 1982, et qui s'était finalement soldée par le retrait total de l'armée israélienne le 25 mai 2000, qui est connu aujourd'hui comme la fête de la libération.
L'agression israélienne décompose la société libanaise
La reprise de la guerre au Liban le 5 mars 2026 n'a pas surpris la population chiite du pays. Depuis le cessez-le-feu signé en novembre 2024 — qui n'a jamais été qu'un accord fragile et largement unilatéral — la population libanaise, et en particulier les communautés chiites du pays, se préparait à une nouvelle escalade.
Entre novembre 2024 et le 5 mars 2026, le Liban a vécu près de dix-huit mois de violations quasi continues du cessez-le-feu, plus de 12 000 violations aérienne et terrestres, bombardements réguliers dans le sud du pays, assassinats ciblés, incursions permanentes dans l'espace aérien et terrestre et maintien de l'occupation illégale de cinq positions militaires le long de la frontière avec le nord d'Israël.
Parallèlement à cette pression militaire, Beyrouth a subi une pression politique constante de la part d'Israël et des États-Unis, relayée par leurs médiateurs, afin d'imposer le désarmement du Hezbollah depuis la fin de la dernière guerre. Cette exigence s'est poursuivie alors même que l'armée libanaise avait annoncé en janvier 2026 avoir achevé le première phase du désarmement de Hezbollah entre la frontière israélienne et le fleuve du Litani, voire à une trentaine de kilomètres plus au nord transformant cette zone en espace démilitarisé entièrement sous contrôle de l'armée.
Ces déclarations n'ont pourtant pas mis fin aux frappes israéliennes. À plusieurs reprises, les bombardements ont même dépassé la ligne du Litani, frappant des zones situées plus profondément à l'intérieur du territoire libanais. À l'intérieur du pays, les divisions politiques constituent également un levier exploité par Israël pour fragiliser toute possibilité d'unité nationale face aux attaques. Une partie de la classe politique libanaise — notamment les forces issues du courant phalangiste, les Forces libanaises et la droite sunnite— reste historiquement alignée sur les orientations occidentales et israéliennes, comme lors de l'invasion israélienne du Liban en 1982.
Aujourd'hui encore, certains discours de responsables politiques libanais, des journalistes et des influenceurs qui instrumentalisent les opérations menées par le Hezbollah pour lui faire porter les conséquences, ravivent les fractures internes au sein de la population au moment où le déplacement forcé à déjà touché un million de Libanais, qui sont forcés de dormir dans des tentes pour éviter de se réfugier dans des endroits hostiles aux Chiites. Le maire de Beyrouth, qui a protesté contre la présence de personnes déplacées sur les trottoirs dans le quartier de Raouché, célèbre front de mer de Beyrouth, affirme, d'après les habitants :« Nous avons acheté des appartements pour des millions de dollars afin de donner sur la mer, pas sur les tentes de réfugiés.
Le gouvernement libanais : un pouvoir fragile au service des États-Unis et des impérialistes
Toutes ces opérations se déroulent dans un contexte marqué par le silence assourdissant du gouvernement libanais qui, malgré les incursions répétées d'Israël, maintient comme priorité politique le désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise, mettant ainsi les Libanais dans une confrontation directe, dans des camps militaires opposés. Cette politique préfère fragiliser et s'attaquer profondément à tout élément de résistance à Israël plutôt que préparer la défense militaire du pays, menacé d'occupation sur tout le sud de son territoire national et sur sa capitale. Le gouvernement libanais se comporte en ce sens comme un agent des impérialistes dans le pays, sans proposer la moindre perspective de lutte contre l'invasion en cours.
Depuis la guerre de septembre 2024, tandis qu'Israël intensifiait son escalade militaire, l'émissaire américain Tom Barrack s'est imposé comme un acteur central de la recomposition politique libanaise. Dans un contexte où les États-Unis cherchaient à consolider l'autorité de l'État libanais tout en poussant un projet de désarmement du Hezbollah, Washington a activement soutenu la mise en place d'un nouveau cadre politique à Beyrouth. Notamment avec la nomination de Nawaf Salam au poste de Premier ministre le 13 janvier 2025, quelques mois après le cessez le feu et avant la formation officielle de son gouvernement le 8 février 2025.
Ancien juge à la Cour internationale de Justice, Nawaf Salam est souvent présenté comme une figure technocratique et indépendante. Dans les faits, sa nomination s'inscrit toutefois dans une reconfiguration politique encouragée par Washington. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, l'exécutif libanais adopte une posture marquée par un alignement clair et flagrant sur les intérêts et discours étatsuniens, alors même que les violations du territoire libanais et les opérations militaires se poursuivent au sud du pays.
Le deux poids deux mesures adopté par le gouvernement libanais apparaît aujourd'hui de plus en plus flagrant. Alors qu'il a placé au cœur de son agenda politique — aux côtés d'Israël et de Washington — la question du désarmement complet du Hezbollah, il est resté remarquablement silencieux face aux violations répétées du cessez-le-feu commises par Israël tout au long de l'année. Bombardements, assassinats ciblés, incursions aériennes et avancées terrestres ont été accueillis par un mutisme officiel, tandis que la pression politique du Conseil des ministres et du commandement de l'armée libanaise n'a cessé de s'exercer contre le Hezbollah.
Après la réouverture du front de guerre le 5 mars, cette posture a atteint son paroxysme. Le gouvernement s'est appuyé sur les tirs de roquette lancés par le Hezbollah le 4 mars — en réaction à la mort de Ali Khamenei — pour construire une véritable cabale politico-médiatique visant à faire porter à la résistance l'entière responsabilité de l'escalade. Dans ce récit officiel, l'exécutif invoque la nécessité de « neutraliser » le Liban face à une guerre impliquant l'Iran, tentant d'imposer une séparation artificielle entre les différents fronts du conflit régional.
Mais cette ligne politique ne s'est pas limitée au discours. Dans les faits, le gouvernement libanais a ordonné le retrait de l'armée libanaise de certains secteurs de la frontière sud avec Israël dès les premiers jours des affrontements récents. Parallèlement, les points de contrôle se sont multipliés sur l'autoroute reliant la ville de Saïda au sud du pays. Ces opérations visent avant tout à surveiller et à restreindre les déplacements des habitants cherchant à regagner leurs villages, tout en entravant les activités du Hezbollah.
L'offensive sécuritaire ne s'arrête pas là. La semaine dernière, un rappeur communiste libanais a été arrêté par les services de renseignement de l'armée libanaise après avoir publié un poème sur les réseaux sociaux dénonçant l'alignement du gouvernement sur les positions israéliennes et américaines, un autre mandat d'arrêt a été émis contre le journaliste d'Al-Manar Ali Berro, poursuivi pour ses critiques virulentes contre les autorités libanaises après la décision gouvernementale visant les armes du Hezbollah
Malgré les profondes divisions internes dans le pays sur la question de la guerre avec Israël, le gouvernement libanais semble chercher à exploiter cette fracture. En s'appuyant sur une partie de la population hostile au Hezbollah, il tente de consolider sa propre légitimité politique tout en avançant ce qui apparaît de plus en plus comme l'objectif central de Washington, le désarmement du Hezbollah et la destruction de son infrastructure au sud du Litani. Un objectif qui vise à consolider la semicolonisation du Liban par les Etats-Unis et à en faire un Etat fantoche à la solde des intérêts des impérialistes et d'Israël, poussé par la partie de sa bourgeoisie la plus alignée sur les intérêts de Washington.
Cette logique n'est pas nouvelle. Elle ravive les souvenirs de 1982, lorsque l'armée israélienne a lancé l'opération Paix en Galilée et a envahi le Liban jusqu'à Beyrouth, sous prétexte d'expulser l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). L'offensive a été accompagnée d'un blocus de la capitale et d'un profond bouleversement politique au Liban, dans lequel les milices maronites des Phalanges libanaises ont joué un rôle central. Quelques mois plus tard, en septembre 1982, les camps palestiniens de Sabra et Chatila ont été le théâtre d'un massacre de civils perpétré par ces milices, sous le regard de l'armée israélienne et la complicité de la France et de l'Italie.
L'alignement du gouvernement libanais de l'époque sur les intérêts israéliens ne s'est pas arrêtée là. Après l'invasion, Israël maintient une occupation militaire du sud du Liban qui a duré près de deux décennies. Cette présence, soutenue par l'Armée du Liban Sud (Armée libanaise sioniste), s'est prolongée jusqu'en 2000. Pendant ces dix-huit années, la population du sud du Liban a mené une résistance continue — armée et non armée — qui finit par contraindre Israël à se retirer en mai 2000. Alors qu'Israël utilise aujourd'hui le Hezbollah comme prétexte pour justifier son intervention militaire, comme elle avait mobilisé la présence de (OLP) pour légitimer l'invasion du Liban en 1982, le véritable enjeu n'est ni l'OLP ni le Hezbollah, mais le démantèlement de toute force susceptible de s'opposer à la colonisation, quelle que soit la forme que prend la résistance.
Une menace d'invasion sans horizon
Ces derniers jours, l'armée israélienne a multiplié les incursions terrestres limitées dans le sud du Liban, notamment dans la région de Khiam et Marjayoun, où des combats intenses ont opposé les forces israéliennes aux combattants du Hezbollah. L'objectif d' Israël est d'élargir une zone tampon le long de la frontière et détruire l'infrastructure militaire du Hezbollah, mais ces avancées restent limitées et se heurtent à une résistance militaire importante, donnant lieu à des affrontements de plus en plus durs. Dans le même temps, Israël a tenté d'étendre ses opérations à l'intérieur du territoire libanais, notamment avec un raid héliporté de forces spéciales à Nabi Chit, dans la Békaa. Cette opération, qui visait officiellement à recueillir des informations sur le pilote israélien Ron Arad disparu en 1986, a déclenché des combats avec des combattants du Hezbollah et des habitants du village, et s'est finalement soldée par un retrait des forces israéliennes sous couverture de frappes aériennes, sans atteindre ses objectifs.
Aujourd'hui, avec l'appel à la mobilisation de 450 000 réservistes par Israël et les menaces récurrentes d'une nouvelle recolonisation, la menace d'une invasion terrestre se concrétise. Pourtant, elle ne constitue pas un calcul aussi simple pour l'armée israélienne. Une offensive terrestre vers le sud du fleuve Litani – 30 km en profondeur _ signifierait l'ouverture d'un nouveau front de guerre terrestre prolongé au moment même où Israël fait face à plusieurs théâtres de guerre simultanés. Les médias israéliens rapportent ce qui semble être une contradiction entre les déclarations publiques concernant la nature de l'opération et les intentions réelles qui la sous-tendent. En effet, Israël justifie son intervention par la nécessité de créer une « zone tampon » afin de sécuriser le nord du pays. Pourtant, les tirs du Hezbollah se concentrent jusqu'à présent au nord du fleuve Litani, ce qui interroge la pertinence immédiate d'une telle justification. Des éléments rapportés dans la presse indiquent aussi que les capacités d'interception israéliennes pourraient être mises en tension dans la durée d'autant plus qu'Israël est engagé contractuellement à en fournir à l'Allemagne.
En parallèle, le pari d'Israël de s'appuyer sur un alignement du gouvernement libanais ne semble pas produire les effets escomptés. Le tournant sécuritaire interne adopté par l'exécutif libanais en révèle au contraire les limites : en se positionnant comme un relais des priorités américaines, le gouvernement peine à s'imposer comme un médiateur crédible dans la crise.
Dans ce contexte, une véritable invasion — ou un remake du scénario de 1982 — ouvrirait la voie à une guerre longue et incertaine. La décomposition de la société libanaise pourrait s'accélérer et donner lieu à des confrontations plus directes entre les secteurs qui veulent se ranger derrière les plans de Washington et Tel-Aviv et le Hezbollah. Ce scénario est d'autant plus complexe qu'il ne peut être dissocié des coordonnés de l'agression impérialiste contre l'Iran. Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer la capacité d'Israël et des États-Unis à soutenir durablement une guerre régionale d'une telle ampleur, tout en menant une intervention terrestre de grande envergure dans le sud du Liban. L'expérience de la guerre à Gaza est à cet égard révélatrice. Après des années de bombardements massifs sur un territoire dont la superficie représente environ la moitié de celle de la région située au sud du Litani, Israël n'a pas atteint ses objectifs stratégiques principaux : ni la colonisation totale du territoire, ni le démantèlement du Hamas et des autres organisations palestiniennes.
Dans le même temps, l'évolution de la guerre impliquant l'Iran reste particulièrement difficile à prévoir. Il apparaît de plus en plus clairement que l'administration de Donald Trump s'est engagée dans un conflit sans stratégie de sortie clairement définie. Malgré la supériorité militaire des états unis et Israël, et les victoires tactiques qu'elle a pu enregistrer sur certains fronts, celles-ci n'ont pas suffi à provoquer la capitulation ni l'effondrement du régime iranien. Dans ces conditions, rien ne permet aujourd'hui de garantir une issue rapide ou stable à la guerre.
L'agression impérialiste de l'Iran et la guerre d'Israël au Liban font partie du même plan que le génocide à Gaza. L'opposition à ces agressions implique en ce sens de se ranger inconditionnellement pour la défaite militaire des États-Unis et d'Israël et le retrait total de l'armée israélienne au sud-Liban, en indépendance du gouvernement Iranien tout comme des organisations dites de « l'axe de la résistance ». Au sein des pays impérialistes, nous devons continuer à dénoncer les crimes des impérialistes et d'Israël !