Paris 1. Des étudiant·es empêchent la tenue d'un examen pour dénoncer la dégradation des conditions d'études
Mon, 23 Mar 2026 13:44:06 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe samedi à Paris 1, les étudiant·es de deuxième année de licence d'économie se sont mobilisés contre des conditions d'examens injustes accentuant la pression scolaire et la sélection sociale.

Ce samedi 22 mars, une centaine d'étudiant·es de deuxième année de licence d'économie ont bloqué des examens de microéconomie qui devaient se dérouler au centre Tolbiac - Pierre Mendès France suite à un report imposé par l'administration. Au travers d'une mobilisation improvisée, c'est la dénonciation des conditions d'études dans une université dégradée qui s'exprime.
Dans un communiqué, les étudiant·es dénoncent une « charge [de travail] déjà conséquente » et un report » sans concertation [avec les étudiant·es] ». Loin d'être une décision anodine, le choix de reporter des examens un samedi après-midi sans aucun dispositif d'aide ne peut que peser sur des étudiant·es précaires et renforcer la sélection sociale quand une majorité d'étudiant·es sont obligé·es de travailler les week-ends pour manger.
La direction de la licence et celle de l'université ont répondu à la colère des étudiant·es par la répression : intimidations de plusieurs étudiant·es et tentatives de culpabilisation, des personnels ayant accusé les étudiant·es mobilisé·es d'être « complices de la dégradation des conditions d'études ». Une nouvelle fois, l'administration de Paris 1 fait non seulement le choix d'être le relai des politiques austéritaires et de tri social du gouvernement, dénoncées par les étudiant·es dans leur communiqué, mais elle tente aussi de faire taire toute voix qui contesterait ses politiques sur la fac.
Les directions administratives sont parfaitement conscientes que la dégradation des conditions d'études est le fruit de leurs politiques : cela fait plusieurs années que les licences d'économie bloquent certains examens, en 2023 et 2025 pour les mêmes raisons.
Ce blocage s'inscrit donc dans la continuité des mobilisations contre l'austérité qui ont traversé Paris 1 comme en mars dernier lorsque les étudiant·es avaient envahi le conseil d'administration pour protester contre les coupes budgétaires. De la même manière, la hausse des frais d'inscription pour les étudiant·es étranger·es (qui composent une partie importante des promotions d'économie) décidée par la présidence avait suscité une vive opposition des étudiant·es, enseignant·es et des personnel·les au premier semestre de cette année. Ces mobilisations témoignent de la colère contre les coupes budgétaires, mais aussi contre les politiques racistes de la présidence. Plus particulièrement, la mobilisation des étudiant·es en économie souligne le lien entre dégradation des conditions d'études, pression scolaire et sélection sociale.
Cette colère met en lumière la possibilité de construire un mouvement large, organisé par les étudiant·es elleux-même, qui est seul à même d'arracher non seulement l'amélioration des conditions d'étude et d'examen adaptées aux difficultés de chacun, mais aussi plus largement de lutter pour une université sans sélection et ouverte à toutes et tous. Alors qu'une grève des travailleur·euses de l'université est prévue le 2 avril pour protester contre les coupes budgétaires et la casse des conditions d'études et de travail dans l'université, la présence d'un mouvement étudiant fort pourrait être un élément déterminant pour construire un rapport de force favorable. Pour commencer à organiser cette riposte, rendez-vous à l'Assemblée Générale appelée par les étudiant·es ce mercredi 26 mars.
Nous reproduisons ici le communiqué des étudiant·es mobilisé·es :
Bonjour à toutes et à tous,
Le samedi 21 mars, des étudiants mobilisé.es de L2 Économie ont décidé de mettre en place un blocus au sein du centre PMF. Ce n'est ni un coup de tête, ni un caprice ; mais bien le résultat d'un ras-le-bol général qui dure depuis plusieurs semestres.
Initialement, deux contrôles étaient prévus ce jour-là. Une charge déjà conséquente pour des étudiant·es dont beaucoup sont salarié·es, habitent loin ou cumulent des contraintes personnelles.
Malgré cela, nous étions prêt·es à nous adapter. Cependant, le contrôle de macroéconomie s'est vu annulé, reporté et imposé lors de cette journée sans concertation, ni dialogue. Ce que nous trouvons inacceptable, tant sur le plan académique qu'humain.
Ce n'est malheureusement pas la première fois que nous faisons face à ce genre de situation. Il existe depuis bien trop longtemps un manque d'organisation, d'écoute, de dialogue, et surtout, de considération envers les étudiant·es. L'année dernière déjà, un blocage avait eu lieu pour des raisons similaires.
Mais cette situation s'inscrit surtout dans un contexte de détérioration globale des conditions d'étude, provoquée en grande partie par les coupes budgétaires subies par l'université. Moins de moyens, moins de personnel, plus de pression, et au final une organisation chaotique qui retombe sur les étudiant·es. Ces coupes de 13 millions d'euros à Paris 1 ne sont pas sans conséquences : elles engendrent une surcharge pour les enseignant·es et une désorganisation qui pèse directement sur notre quotidien.
Et pourtant, plutôt que de reconnaître ces difficultés, la directrice Madame Brochard ainsi que Madame Thevenot, ont préféré pointer du doigt les étudiant·es mobilisé·es.
La directrice de la licence a :
Pire encore, face à notre demande de dialogue pour envisager un report raisonnable des contrôles, des mesures de pression ont été mises en place : menaces de suppression de matière, tentatives de division en exigeant de rédiger un mail contre les bloqueurs et d'obtenir 300 signatures de soutiens contre le blocus.
Oui, nous comprenons que le contexte est difficile pour tout.es, y compris pour les enseignant.es mais à cause de toutes ces raisons, nos conditions d'études ont été lourdement impactées. Il n'est plus possible de constamment nier cette réalité et de remettre toute la faute sur le dos des étudiants qui se sont mobilisés par épuisement et incompréhension de la situation imposée.
Ce blocage n'est en aucun cas contre les enseignant·es. Il est l'expression d'un ras-le-bol collectif et d'une volonté de dénoncer la dégradation de l'université publique.
Nous appelons donc à une Assemblée Générale le mercredi 26/03 en amphi afin de discuter dans un cadre démocratique de nos revendications, de nos conditions d'études actuelles et futures ainsi que des modalités d'examens. Nous demandons ainsi par respect du cadre démocratique de l'AG que les professeurs et les chargé.es de TD lèvent l'assiduité pour permettre à tous les étudiant.es ainsi qu'au personnel de venir.
Nous vous tiendrons au courant du lieu et de l'heure dès que possible.
Nous espérons que ce message permettra une meilleure compréhension de notre démarche, que nous assumons dans un esprit de respect et de dialogue.
Cordialement,
Les étudiant·es mobilisé·es de L2 Économie.