Surveillance de masse : Disclose révèle l'ampleur de l'utilisation policière de la reconnaissance faciale
Mon, 23 Mar 2026 18:35:29 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalUne enquête de Disclose révèle que la police utilise illégalement un logiciel de reconnaissance faciale sur ses téléphones, relié au TAJ. Ce fichage de masse permet de surveiller, traquer et contrôler la population, avec le soutien tacite du ministère de l'Intérieur, dans un contexte de surenchère sécuritaire.

Le 16 mars 2026, le site web d'investigation Disclose publiait une enquête sur l'utilisation illégale d'outils de reconnaissance faciale à grande échelle par la police lors de contrôles d'identité. Selon l'enquête, tout policier disposerait sur son téléphone d'un logiciel de reconnaissance faciale directement relié au Traitement d'antécédents judiciaires (TAJ).
Le TAJ est un véritable outil de fichage de masse et de surveillance généralisée. Il recense plus de 17 millions de fiches, ainsi que les informations personnelles de plus de 48 millions de victimes. Son utilisation permet de connaître en un instant l'identité, les informations personnelles, les croyances religieuses, les antécédents judiciaires et même le positionnement politique des individus enregistrés sur le fichier. Des personnes interrogées par le média rapportent ainsi qu'alors qu'ils n'avaient pas leurs papiers d'identité, des policiers ont pu obtenir leur nom, prénom, adresse et des informations sur d'anciennes gardes à vue rien qu'avec une photo prise sur l'instant.
De son côté, un policier interrogé par la journaliste de Disclose l'affirme : « Ils [ses collègues, ndlr] contrôlent 10 à 15 gars à la journée, toujours les mêmes têtes. Certains collègues abusent en se disant qu'ils vont pouvoir verbaliser pour du stup, par exemple, sur le thème : “tiens t'es connu, et bien je t'en remets une” ». Une utilisation d'ores et déjà raciste et ultra répressive donc, qui pourrait permettre, selon une juriste interrogée par le média, d' « aller chercher les gens chez eux » avec un « tout petit changement de curseur ». Elle dresse à ce propos un parallèle historique saisissant : « Quand il a été mis en place à la fin du 19ème siècle, le fichage devait permettre de retrouver les personnes récidivistes. Mais assez vite, il a été utilisé pour ficher les étrangers et les gens du voyage. En 1940, très peu de changements ont été nécessaires pour qu'il puisse cibler les Juifs, les communistes et toutes les personnes tuées par le régime de Vichy ».
Bien que l'utilisation de la reconnaissance faciale nécessité en théorie une habilitation, le ministère de l'intérieur accepte dans les faits la mobilisation massive de ces outils par les policiers pour des contrôles d'identité, pour l'expulsion de squats, ou pour la répression de manifestants.
Ainsi, les débordements du cadre officiel, loin de constituer un problème isolé dans la police, sont au contraire systémiques et bénéficient de la bienveillance active du gouvernement : en 2019, le TAJ n'était consulté « que » 1 000 fois par jour en moyenne, alors qu'en 2024, c'est 2 500 consultations quotidiennes. Selon Disclose : « Le détournement est connu et signalé depuis au moins trois ans et l'administration en est parfaitement consciente. »
Le gouvernement et ses forces de répression n'hésitent pas à utiliser massivement tout l'éventail des technologies de surveillance de masse pour traquer, ficher et réprimer les individus racisés, les travailleurs ou les militants engagés politiquement à gauche. La reconnaissance faciale est ainsi régulièrement utilisée par les forces de l'ordre lors des contrôles au faciès racistes pour traquer les sans-papiers, vérifier leur identité et leurs antécédents comme le dénonce Disclose.
Cette surenchère sécuritaire s'inscrit dans le contexte plus large de course à la militarisation menée par Macron et sa clique, qui se traduit aussi par une surveillance généralisée et l'imposition d'une discipline sociale d'ensemble. Il faut dénoncer largement ces offensives sécuritaires et bonapartistes, les profits juteux qu'elles rapportent aux grands groupes du secteur et la course à la militarisation qu'elles alimentent.