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Opération Bellatrix : l'armée lance un exercice de propagande militaire avec la complicité des universités

Sat, 21 Mar 2026 16:41:32 CET

Révolution Permanente

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Ce 23 mars doit débuter l'opération Bellatrix, un exercice de propagande dédié à la jeunesse, qui vise à utiliser les compétences des étudiants pour une opération militaire fictive. Un pas de plus dans l'utilisation des universités au service du militarisme.

En février dernier, l'armée a lancé l'opération Orion 2026, qui doit continuer jusqu'en avril et consiste à simuler des interventions militaires sur tout le territoire. Ce 23 mars, le volet dédié à la jeunesse débute avec l'opération Bellatrix, qui doit être un grand moment de propagande militariste, pour convaincre les jeunes de s'engager dans l'armée.

Couvrant 15 départements, la mission « Orion » mobilise 12 500 militaires et prend la forme d'une mise en scène dans laquelle la France simule une réponse à une agression. Le 8 février, l'armée a ainsi lancé le processus avec des survols de Rafale, des exercices amphibies à Saint-Nazaire et le débarquement de troupes depuis le porte-hélicoptères Tonnerre. Ces démonstrations de force et le déploiement de ces milliers de soldats visent à habituer la société à l'idée d'un conflit de « haute intensité » et imposer la présence de l'armée dans l'espace public.

La nouveauté est qu'Orion possède désormais un volet visant spécifiquement la jeunesse à travers une phase de la campagne qui s'adresse aux jeunes de 18 à 25 ans. Pour séduire cette génération, l'état-major tente de faire passer des conflits guerriers en un simple jeu à travers l'opération Bellatrix, un challenge national de cybersécurité en ligne de type « capture the flag » (prise de drapeau). L'opération s'étend sur 4 jours au cours desquels les participants sont invités à effectuer plusieurs tâches en ligne, comme par exemple jouer les censeurs en traquant de « fausses informations » circulant sur les réseaux sociaux pour rétablir le récit officiel de l'armée. L'opération se finit sur une note patriotique félicitant les participants d'avoir « sauvegardé les intérêts de la France ».

Le but de l'armée est d'entraîner la jeunesse à des pratiques guerrières et mettre à profit les compétences des étudiants à des fins militaristes. Signe de cet objectif, à Lyon, le gouverneur militaire a pris rendez-vous avec tous les présidents d'universités de la région et le recteur de l'enseignement supérieur et de la recherche pour les inciter à collaborer avec l'armée pour l'opération Bellatrix. Concrètement, cette collaboration a pris la forme de programmes spécifiques aux différentes filières. Par exemple, les étudiants en psychologie de Lyon 2 sont invités à participer à un exercice de prise en charge d'urgence face à un traumatisme psychologique, les étudiants en santé à Lyon 1 sont mobilisés, tout comme ceux du master de « relations internationales » de Lyon 3, à qui on propose « simulation de crise nucléaire en contexte militaire ».

Ce partenariat s'inscrit dans la volonté de l'armée et du gouvernement de renforcer le lien entre l'armée et les universités. Ainsi, l'université de Rennes organise une journée des réserves étudiantes dans le cadre de l'opération Bellatrix, visant à ce que des jeunes réservistes viennent discuter avec les étudiants de la fac pour les convaincre de s'engager. Cette journée s'inscrit à la suite d'un partenariat noué par l'université avec le commandement de la cyberdéfense au sein du quel se trouve le programme des « cadettes de la cyber ». On le voit aussi à Marseille avec la mise en place du « Bonus Défense » qui offre un bonus de point sur la moyenne en échange d'une participation à seize heures de cours magistraux dirigé par un lieutenant-colonel.

La mise en place du service national volontaire vise à accélérer ce processus de rapprochement entre l'armée et les universités. Ce dernier prévoit par exemple que les participants au service soient valorisés dans les jurys de concours, l'obtention de 15 crédits ECTS, et des aménagements pour que les étudiants « qualifiés » obtiennent un grade d'officier à l'issue de leurs études. Des dispositions ultra-cyniques, qui cherchent à profiter de la précarité et du manque de places à l'université pour convaincre les étudiants de s'engager aux côtés de l'armée.

Ce renforcement de la présence de l'armée dans nos universités s'inscrit dans un processus plus large de marche à la guerre qui vise en priorité la jeunesse. Une politique militariste qui ne se limite pas à l'enseignement supérieur mais s'étend également aux lycées et même en amont à travers des guides à destination des collèges et lycées visant à accentuer la présence de l'armée dans les établissements pour développer une « culture de la Défense ». Dans le même sens, la Journée de défense et citoyenneté a été renforcée pour en faire un moment d'initiation militaire.

Alors que Macron veut doubler la réserve militaire et la porter à 100 000 personnes cette stratégie vise à familiariser les jeunes générations avec les enjeux militaires, mais aussi à les pousser vers les métiers de l'armée, comme le montre très directement la mise en place de journées du réserviste visant à recruter directement les étudiants sur leurs campus. Dans le même temps, l'objectif du matraquage idéologique en faveur de l'armée, avec des formations dédiées à l'université et dans les établissements scolaires est de faire oublier les crimes de l'impérialisme français, convaincre de l'urgence de se mobiliser contre les ennemis de l'armée française, et préparer la répression des jeunes qui s'opposent à cette escalade militariste.

Face à l'aggravation des tensions internationales, la multiplication des conflits et des crimes impérialistes en Palestine, au Venezuela ou en Iran, la présence de l'armée dans la société et notamment dans les universités et les lycées pour embrigader la jeunesse est une nouveauté alarmante qu'il faut dénoncer. Dans ce contexte, il est plus que jamais nécessaire de porter un discours clairement anti-militariste, qui refuse la banalisation de la guerre et la normalisation de l'encadrement militaire dans les espaces éducatifs. De la même façon que le font les dizaines de milliers de lycéens en Allemagne qui refusent la mise en place du service militaire et les lycéens du Mans qui se sont mobilisés en soutien, nous devons lutter contre ces logiques guerrières et l'armée qui cherche mettre à profit nos compétences au service de la guerre et veut se servir de la jeunesse comme de la chair à canon.

Capture d'écran de France 3, images de l'opération Orion en février dernier.

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