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Alliances LFI-PS : La France insoumise s'allie à la gauche bourgeoise pour diriger les villes

Fri, 20 Mar 2026 16:27:07 CET

Révolution Permanente

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Après ses bons résultats au premier tour, LFI s'allie un peu partout avec le PS et EELV pour le second tour. Une expression de la dépendance structurelle de LFI vis-à-vis de la gauche bourgeoise, qui découle de sa stratégie institutionnelle.

Lors de ces élections municipales, la France insoumise a réalisé une percée au premier tour dans plusieurs villes du pays, avec quelques victoires majeures comme à Saint-Denis/Pierrefitte ou encore un score important à Roubaix. Une position qui rend la France Insoumise incontournable dans plusieurs élections, et face à laquelle le mouvement choisit de tendre à nouveau la main à la gauche bourgeoise du PS et des Écologistes.

Toulouse, Limoges… LFI multiplie les alliances avec le PS et EELV

Depuis le début des élections municipales, LFI prépare le terrain pour « fusionner » avec le PS au second tour dans de nombreuses villes. En dépit des « plus jamais PS » et de la dénonciation du « changement d'alliance » du parti lors du vote des budgets austéritaires de Bayrou et Lecornu, de nombreuses alliances se sont donc concrétisées au soir du premier tour. En continuité avec la position officielle du mouvement pour ces élections, Manuel Bompard a ainsi appelé, le soir des résultats ce dimanche 15 mars, à la constitution d'un « front antifasciste » en proposant des fusions de liste avec le PS et EELV.

À Toulouse, un accord a été négocié dès la nuit du dimanche entre François Piquemal, candidat LFI, et le socialiste François Briançon. Alors que La France insoumise a réussi à passer devant le PS au premier tour en obtenant 27,6 % des suffrages, Piquemal s'est empressé d'utiliser ce rapport de force favorable pour bâtir un accord entre les deux listes pour le second tour. Piquemal et Briançon ont prévu de se partager les postes en cas de victoire, la mairie de Toulouse ira au premier, quand le second obtiendra la présidence de la Métropole. LFI a donc choisi de confier des pans entiers de la politique municipale, comme l'organisation des transports publics et l'aménagement urbain au PS et s'apprête en cas de succès à partager le pouvoir avec lui.

Mais il ne s'agit pas seulement d'un partage de gouvernance, l'accord entre insoumis et socialistes va jusqu'à formuler un programme commun. Piquemal déclarait en effet ce lundi au micro de France Inter : « l'alliance entre les listes LFI et PS se fait sur la base d'un programme, la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, l'encadrement des loyers, la création d'un nouveau service public communal de l'éducation et sur un horizon de planification écologique. » Derrière ces promesses électorales issues du programme de la France insoumise, on trouve une alliance complète avec le candidat du PS qui n'a pas hésité au cours de sa campagne à reprendre le discours sécuritaire du maire sortant Jean-Luc Moudenc, et à participer à la campagne de criminalisation de LFI en relayant les pires calomnies sur le prétendu antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon.

À Limoges également, les insoumis et les socialistes sont parvenus à s'accorder sur une fusion de leurs listes pour le second tour. Le candidat LFI Damien Maudet, en obtenant 24,9% des suffrages, a largement devancé son rival du PS, Thierry Miguel, qui a récolté 16,9% des votes. Le fait que le candidat socialiste ait obtenu le soutien personnel de Raphaël Glucksmann, qui n'avait pas hésité à comparer Mélenchon à Jean-Marie Le Pen il y a quelques semaines, n'aura pas refroidi Maudet. Fort de son avance, il a obtenu une fusion des deux listes, agrémentée d'un accord sur le partage de la gouvernance dans la ville. Suivant l'exemple de Toulouse, insoumis et socialistes se sont répartis les rôles exécutifs en cas de victoire commune. Damien Maudet deviendrait maire de Limoges, et Thierry Miguel obtiendrait la présidence de Limoges Métropole, responsable de l'ensemble de l'agglomération.

Des accords qui montrent que derrière les discours de « rupture » avec le PS et sa politique de gestion anti-ouvrière, la France insoumise est prête à faire campagne commune avec les socialistes et à gouverner des villes avec eux.

« Fusion technique » : une notion qui cache un soutien très politique

Dans les autres villes, LFI réalise principalement des « fusions techniques » pour se ranger derrière socialistes et écologistes. Sur le papier, cette forme d'alliance permet aux listes concurrentes à gauche de fusionner sans que cela implique d'accord programmatique ou de répartition des postes exécutifs entre elles. Cette tactique permettrait à LFI de maximiser le nombre de sièges au conseil municipal en cas de victoire de la liste commune, tout en maintenant théoriquement une position indépendante. Lorsque les accords s'avèrent difficiles à conclure, notamment parce que le PS et EELV apparaissent trop à droite, la France insoumise justifie ces rapprochements en invoquant leur caractère strictement tactique, afin de ne pas se lier excessivement les mains. Toutefois, les faits montrent que ces alliances dépassent largement ce cadre, et soulèvent de nombreux problèmes politiques qui témoignent de leur impasse.

D'abord, cette politique conduit LFI à converger avec des élus socialistes et écologistes aux lourds bilans. C'est notamment le cas à Nantes, où les insoumis ont intégré la liste menée par la maire sortante et numéro deux du PS Johanna Roland en échange de 10 postes en cas de victoire. De telles alliances ont également lieu avec des maires écologistes, comme à Lyon, où LFI a fusionné avec la liste de Grégory Doucet, dont le mandat a été marqué par l'armement de la police municipale et le harcèlement des migrants et les sans-abris tout au long de son mandat. À chaque fois, sous couvert de tactique électorale, la FI finit par envoyer le signal qu'elle est capable de s'entendre avec une gauche bourgeoise totalement anti-ouvrière. Comme un symbole, à Brest ou Tulle, c'est d'ailleurs avec des candidats socialistes qui sont des fidèles de François Hollande que la FI a noué des accords.

Ensuite, l'idée de « fusion technique » masque en partie la réalité de la politique de la France Insoumise. À Avignon, Mathilde Louvain explique clairement que la fusion devrait permettre de faire élire « moins de 10 LFI, qui constitueront un groupe autonome » mais pas « dans l'opposition », tout en précisant « on garde la liberté de voter contre le budget s'il n'est pas à la hauteur du projet qu'on défend. » A Tours, la tête de liste LFI qui a rejoint le maire écologiste sortant Emmanuel Denis pour le deuxième tour était déjà adjointe lors du précédent mandat, et tout porte à croire qu'elle devrait récupérer ce poste. Enfin, même dans le cadre de certaines fusions « techniques », LFI annonce qu'elle siégera dans l'opposition mais donne des gages, par exemple à Grenoble où Laurence Ruffin se félicite du fait que LFI n'obtiendra pas de délégation et agira de façon « constructive ».

Finalement, l'idée de « fusion technique » masque le fait que c'est d'abord du fait des refus du PS et des Écologistes de nouer des compromis sur le fond que LFI a dû se limiter à de telles alliances. Depuis le début de la campagne, la France Insoumise a en effet tendu la main aux socialistes et aux écologistes pour des alliances, et c'est en l'absence d'un rapport de force suffisant que le mouvement a dû finir par se contenter d'accords « techniques » au second tour. « Techniques » ou non, ceux-ci vont permettre de faire élire des maires qui comptent bien imposer tout leur programme. A Lyon, Grégory Doucet l'assume d'ailleurs sans détours : « Il s'agit d'appliquer tout notre programme et rien que notre programme. Celui qu'on a construit avec les partenaires, y compris Place publique et le PS. Pas LFI ».

Le fait que ce soutien à la gauche bourgeoise face à la droite se fasse au nom d'un « front antifasciste » participe par ailleurs d'une confusion importante, en entretenant l'idée que la France Insoumise agirait pour arrêter l'extrême-droite, alors que dans la plupart des cas, il s'agit de soutenir des notables locaux au CV anti-ouvrier et sécuritaire bien chargé. Une fois de plus, l'argument de l'extrême-droite sert à justifier une politique d'union de la gauche avec les mêmes arguments que LFI prétendait hier critiquer.

Retour aux alliances avec le PS : l'impasse du logiciel électoraliste de LFI

En définitive, ces accords témoignent une nouvelle fois de la dépendance stratégique de la France Insoumise au reste de la gauche institutionnelle. À rebours de l'opposition que la direction de LFI a cherché à entretenir en réinvestissant le mot d'ordre « plus jamais PS » ces derniers mois, et à quelques exceptions comme Paris où le mouvement a été contraint de se maintenir au second tour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a choisi de multiplier les alliances avec ce même Parti socialiste et le reste de la gauche bourgeoise.

Comme toutes les élections depuis 2022, ces élections municipales sont le révélateur de l'impasse du logiciel électoraliste de la France insoumise. Si le mouvement a su se lier à l'avant-garde des mobilisations qui se sont succédé en France depuis 2016, lui permettant de tirer parti de la décomposition du PS, jusqu'à ses 1,7 % des suffrages à l'élection présidentielle de 2022, assumant parfois des positions courageuses comme sur la Palestine, il l'a toujours fait dans le cadre d'une stratégie institutionnelle qui, derrière la « révolution par les urnes », le contrainte à s'adapter en permanence aux règles des institutions existantes pour espérer avancer en leur sein.

C'est cette logique qui, pour pallier ses limites, a poussé les insoumis à multiplier les alliances avec le Parti socialiste avec la Nupes, puis le NFP. Ce scénario qui se reproduit désormais aux municipales : pour renforcer ses positions institutionnelles aux conseils municipaux et au Sénat, LFI se retrouve à nouveau à se lier avec la gauche institutionnelle qui tentait de le marginaliser la veille. Profitant de cette faiblesse, le Parti socialiste a pu se replacer comme acteur central de la vie politique française, en exerçant tout son pouvoir de nuisance au cours de ces dernières années : les mêmes députés socialistes élus grâce au NFP ont permis aux gouvernements de Bayrou puis de Lecornu d'imposer leurs budgets d'austérité à l'Assemblée. Malgré le soutien actif des socialistes aux politiques macronistes et en dépit de la violente campagne de criminalisation de la France insoumise à laquelle ils n'ont pas hésité à participer, LFI renoue avec ce type d'alliance lors de ces municipales.

La logique de l'alliance avec la gauche bourgeoise est ainsi profondément ancrée dans le projet politique des insoumis et ne se limite pas à des questions tactiques ou « techniques ». Des propositions d'alliances ont été faites dès le premier tour, notamment à Bordeaux où le maire écologiste Pierre Hurmic s'est distingué par une gestion ultra-répressive félicitée par la préfecture, et qu'il a favorisé comme jamais la spéculation immobilière. Dans plus de 60 communes, les insoumis étaient même présents sur une liste d'union de la gauche en compagnie des socialistes dès le premier tour. Et si LFI a tenté de se présenter seule au premier tour dans le reste des communes, c'est avant tout pour tester le rapport de force, mesurer sa force, et être dans la meilleure position possible pour négocier au second tour.

Depuis 2024, ces accords électoraux sont justifiés par l'« urgence » de faire face à la montée de l'extrême droite. Lors des dernières législatives, c'est cet argument qui a permis de justifier une alliance avec François Hollande, artisan de la loi travail et de la déchéance de nationalité et l'un des premiers responsables de la montée de l'extrême droite dans le pays. Aujourd'hui, c'est cette même nécessité de constituer un « front antifasciste » qui légitime le soutien apporté à des maires aux lourds bilans sécuritaires et anti-ouvriers. Or, dans les municipalités comme à l'Assemblée, on ne peut lutter contre l'extrême droite et la montée des idées réactionnaires en gouvernant avec des partis bourgeois qui lui ont pavé la voie en armant la police municipale, organisent la traque des étrangers et des pauvres, entretiennent la casse des services publics, la spéculation immobilière et le mal-logement.

A rebours de ces impasses institutionnelles, la période d'offensives actuelles, marquée par l'austérité, les guerres impérialistes et le durcissement autoritaire en Europe et dans le monde, appelle à une réponse intransigeante. Alors que ces élections ont montré les limites de la polarisation à droite, malgré une période marquée par des tentatives de criminalisation de la gauche, il est urgent de batailler contre ces projets qui canalisent les aspirations à la radicalité vers des issues institutionnelles et des alliances électorales avec les partis de gauche bourgeoise qui appliquent les politiques néolibérales, tout en s'alignant avec les campagnes de criminalisation du mouvement social. Cela montre à contrario l'urgence de reconstruire une gauche révolutionnaire, anticapitaliste et anti-impérialiste, ancrée dans les lieux de travail et d'études, qui nous prépare à la riposte.

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