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« Un équivalent européen de ICE » : l'UE durcit l'offensive répressive contre les migrants

Fri, 20 Mar 2026 13:34:57 CET

Révolution Permanente

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Ce 9 mars, un texte intitulé « Retour » visant à durcir radicalement l'expulsion et la répression envers les personnes sans-papiers a été voté en commission par les députés européens. Il prévoit des attaques sans précédent contre les personnes migrantes.

Ce 9 mars, la droite et l'extrême-droite ont franchi une nouvelle étape dans leur rapprochement à l'échelle européenne et dans la défense d'une ligne commune contre l'immigration. Le texte proposé par François-Xavier Bellamy dans la commission des libertés civiles du Parlement européen a en effet été adopté à 41 voix pour, 32 contre et une abstention. Le député du groupe conservateur PPE (Parti populaire européen), membre du parti des Républicains en France, a réussi à faire adopter une version encore plus dure de la proposition de règlement « Retour » portée par le groupe libéral Renew, qui visait à établir un « système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ». Le texte, qui doit être désormais soumis au vote en séance plénière et qui sera adopté sans grande surprise, va donner un cap clair aux pays européens pour une politique anti-migrants des plus réactionnaires.

La première version du texte constituait déjà une offensive majeure contre les exilés. En effet, la réglementation vise à renforcer les dispositifs répressifs contre les personnes migrantes, centrés entre autres sur la rétention, l'externalisation des frontières, et les expulsions forcées. Concernant ces dernières, le texte instaure pour la première fois la possibilité d'expulser largement des personnes vers des pays tiers où elles n'ont aucun lien et ne se sont jamais rendues. Cette externalisation des responsabilités des États-membres était déjà appliquée à l'échelle des pays par l'Italie notamment, avec un accord passé avec l'Albanie en 2023. La généralisation de ces « hubs de retour » prévoit la mise en place de véritables camps de concentration à ciel ouvert dans des pays semi-coloniaux, sans aucune garantie sur le traitement humain des personnes en exil.

Le règlement s'accompagne également d'un arsenal juridique visant à restreindre les possibilités de recours, délivrant systématiquement des ordres d'expulsion conjointement aux décisions de fin de séjour régulier. Cette décision va pousser encore plus de personnes dans l'irrégularité, les exposant davantage à la précarité et la répression, elle aussi renforcée par le texte proposé : droit aux perquisitions sans mandat pour traquer les personnes en situation irrégulière, surveillance généralisée et fichage de masse, et surtout allongement de la rétention de 18 à 24 mois, y compris pour les enfants puisque les dispositifs de rétention de mineurs vont être renforcés. Les motifs de rétention sont également élargis : refus de coopérer, fuite, trouble à l'ordre public… Autant de motifs déjà employés par la police pour justifier violences policières et arrestations arbitraires.

Ces mesures profondément racistes sont portées dans le texte initial, et elles ont été renforcées par la proposition de Bellamy et du groupe PPE, votée par l'ensemble des groupes d'extrême droite siégeant au Parlement européen. Ainsi, le nouveau texte assume prioriser les éloignements (expulsions forcées) plutôt que les départs volontaires, et prévoit de mettre en place une interdiction d'entrée sur le territoire à durée indéterminée si la personne « est considérée comme représentant un risque pour la sécurité ». Pire encore, il donne la possibilité de placer en détention « toute personne dont il faudrait déterminer ou vérifier l'identité », constituant un saut autoritaire inédit dans la traque des migrants orchestrée depuis des années par les pays de l'Union européenne.

En effet, ce texte, bien que d'une violence nouvelle, s'inscrit dans le tournant répressif mené par les États européens depuis des années. En France, on se souvient à l'été dernier des rafles organisées dans les gares par Retailleau, dont l'objectif affiché était « d'interpeller des clandestins », pour lequel le ministre de l'Intérieur avait déployé plus de 4000 policiers en 48h. La loi Darmanin avait d'ores et déjà généralisé à l'ensemble des étrangers la possibilité de faire l'objet de mesures d'expulsion ou d'éloignement en allongeant leur durée d'exécution et en favorisant les placements en rétention administrative. À l'échelle de l'Europe, l'adoption du Pacte Asile et Immigration en avril 2024 avait aussi constitué une nouvelle avancée dans la chasse aux migrants en Europe, à l'approche d'élections européennes marquées par une prédominance de l'extrême droite.

Ledit pacte, qui verra son application concrète en juin 2026, était le résultat de dix ans de discussions au sein de l'UE, visant à répondre à la « crise migratoire » de 2015 et posant les bases de l'Europe forteresse, qui fait des « flux migratoires » une « menace » pour les puissances européennes : filtrage des demandeurs d'asile, multiplication des centres de rétention aux frontières, casse des obligations d'asile en cas de « crise »... autant de mesures répressives qui seront généralisées en juin prochain. Les attaques contre les personnes migrantes ne sont donc pas nouvelles, mais prennent une tournure particulièrement inquiétante à mesure qu'elles se renforcent à l'échelle internationale.

L'adoption de ce texte au sein de l'Union européenne résonne particulièrement avec les exactions commises aux États-Unis par l'ICE, la police de l'immigration étasunienne. Rafles, perquisitions sans mandat, arrestation d'enfants dans les écoles… Ce sont des milliers d'agents qui ont été déployés par l'administration Trump dans les rues de Minneapolis cet hiver pour une attaque généralisée contre les immigrants et leurs communautés, suscitant l'indignation à échelle internationale contre ces méthodes et contre les assassinats de Renee Good et Alex Pretti, tués par les agents de l'ICE et de la police aux frontières alors qu'ils tentaient de documenter ces atrocités.

À gauche, de nombreuses voix associent le règlement « Retour » à l'imposition des méthodes de l'ICE en Europe. Manon Aubry, députée européenne et membre de la France Insoumise, évoque sur X « la création d'un équivalent européen de l'ICE ». En réalité, cette police étasunienne, qui a vu son financement s'accroître de manière constante depuis sa création en 2003, s'inspirait déjà dans une large mesure de Frontex, véritable police surarmée au service de la politique migratoire de l'Union européenne. Celle-ci existe depuis 2004, et son budget est passé de 6 à 845 millions d'euros entre 2005 et 2023, faisant d'elle l'agence la mieux dotée de l'Union européenne.

Son mandat s'inscrit exclusivement dans la politique sécuritaire de l'UE et l'agence est régulièrement épinglée pour ses « pushbacks », ces méthodes de refoulement illégal des bateaux qui mettent en danger les vies de leurs occupants. Des organisations de défense des droits humains recensent 80 000 pushbacks par les autorités aux frontières de l'Europe. Flor Didden, spécialiste des politiques migratoires pour l'ONG 11.11.11 dénonce alors le deux poids, deux mesures des politiciens européens qui ont critiqué la politique de l'ICE aux États-Unis : « Où est cette même clarté morale lorsque les autorités frontalières européennes maltraitent, volent et laissent mourir des personnes ? ». Alors que Frontex revendique une « politique efficace », l'ONG espagnole Caminando Fronteras estime que les près de 3000 morts dans la Méditerranée en 2025 sont principalement dues à la politique de Frontex et aux interventions illégales des garde-côtes chargés du contrôle migratoire.

En réalité, le règlement « Retour » vise à renforcer et à homogénéiser à l'échelle européenne les pratiques violentes déjà mises en place par de nombreux États membres de l'UE. Par ailleurs, il s'inscrit dans la stratégie globale de favoriser le durcissement des politiques migratoires au sein de l'UE en externalisant les responsabilités européennes. En effet, le contrôle aux frontières intérieures, bien que meurtrier, ne répond pas à l'ambition des États membres de construire une Europe forteresse à moindre coût. Face au retour à la guerre et à la catastrophe climatique, le contrôle des flux migratoires repose essentiellement sur la capacité de l'UE à maintenir l'arrivée de ressortissants étrangers en dehors de leurs frontières. C'est dans cette optique que l'Union avait passé un accord avec l'État turc lors de la crise migratoire de 2015. De la même manière, plusieurs accords ont été passés entre Bruxelles et la Tunisie, le Maroc ou encore la Libye où de nombreuses exactions sont commises. Le Pacte Asile et Immigration se concentre essentiellement sur le durcissement des frontières extérieures de l'Union, garanties par les agissements de l'agence Frontex. La possibilité ouverte par le règlement « Retour » de renvoyer des ressortissants étrangers dans des pays dont ils n'ont pas la nationalité, pour une durée indéterminée et dans des conditions inconnues n'est qu'un nouveau cap franchi dans la gestion migratoire européenne.

Ce saut ultra-réactionnaire se produit dans un contexte de course à la militarisation des pays européens, qui en refoulant les migrants aux frontières de l'Europe se dégagent de leur responsabilité dans les situations de guerre et de misère qui poussent des milliers de réfugiés à quitter leur pays. Ce fut le cas avec la « crise migratoire » de 2015, où des milliers de Syriens ont fui les bombardements orchestrés et soutenus par des pays impérialistes comme la France.

Alors que l'extrême droite avance son agenda réactionnaire et que l'Europe forteresse se renforce pour défendre les intérêts des puissances de l'Union européenne, la réponse à ces attaques se trouvent peut-être justement du côté de Minneapolis : en refusant par dizaines de milliers les offensives de l'ICE, les travailleurs et la jeunesse du Minnesota ont démontré comment l'organisation de la solidarité pouvait faire reculer les politiques anti-immigrants de Trump ou de ses homologues européens, dans un contexte marqué par des crises, des guerres, et des révoltes. Alors que les bombardements des Etats-Unis et d'Israël continuent au Moyen-Orient, poussant des dizaines de milliers de personnes sur les routes, il faut organiser une riposte profondément anti-impérialiste, exiger l'abolition de Frontex et de tous les corps répressifs envers les personnes migrantes et revendiquer l'ouverture des frontières européennes.

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