Municipales 2026 : les enjeux du second tour
Fri, 20 Mar 2026 17:02:22 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe second tour des élections municipales se tiendra le dimanche 22 mars. Après un premier tour marqué par la fragmentation, le second s'annonce placé sous le signe des alliances, notamment à gauche. Les résultats pourraient offrir des enseignements en vue de l'élection présidentielle de 2027.

Ce 15 mars, le premier tour des élections municipales a été caractérisé par une forte fragmentation et l'absence de grand vainqueur au plan électoral. Le macronisme apparaît comme le grand perdant, confirmant une nouvelle fois ses difficultés à s'implanter au niveau local, et affaiblissant une nouvelle fois le gouvernement, comme l'illustre le retour de la menace de censure de Lecornu. Le PS et LR en profitent en résistant globalement, malgré une érosion continue depuis 2014. Au plan politique, LFI s'impose comme le gagnant, portée par sa victoire à Saint-Denis et des avancées dans les grandes villes qui la rendent incontournable pour le PS, contraint de s'allier avec le mouvement qu'il n'a cessé de criminaliser ces dernières semaines. De son côté, le RN renforce son ancrage local dans ses bastions, sans toutefois réaliser d'avancées significatives.
Le RN face au spectre du « plafond de verre »
Du côté du Rassemblement National, si la focale a été mise sur la réélection des maires sortants, c'est que le parti reste durablement marqué par l'échec de 2001, qui avait conduit à la perte des trois mairies conquises en 1995 lors de sa première percée d'ampleur – notamment Toulon, alors la plus grande ville jamais remportée par le FN, mais aussi Orange et Marignane, sans oublier Vitrolles conquise en 1997. Cet épisode, qui avait symbolisé la « vague FN » dans le Sud-Est, avait profondément fragilisé son image en matière de gestion, expliquant l'attention particulière donnée aux sortants ce 15 mars. Bardella a ainsi mis en avant la réélection de la quasi-totalité des maires RN dès le premier tour, en insistant sur une « bonne gestion » fondée sur « le bon sens et l'ordre dans les comptes comme dans la rue » pour mieux projeter une image de « parti responsable » avant 2027 et mieux masquer l'absence d'avancées significatives en dehors des bastions du RN à l'issue du premier tour.
Dans ce contexte, des enjeux majeurs se profilent pour le second tour dans les villes où le RN est en position favorable, soit environ 70 communes, dont une dizaine en PACA et en Occitanie, parmi lesquelles Toulon et Nice. À Toulon, la liste d'extrême-droite menée par Laure Lavalette (RN) a terminé en tête avec une avance confortable de 12 points, mais le retrait du candidat LR Michel Bonnus pour faire « barrage » pourrait la mettre en difficulté. À Nice, les chances de l'extrême droite sont plus importantes, profitant de l'usure du maire sortant Christian Estrosi, ancien LR rallié au macronisme, et de l'ancrage local d'Éric Ciotti, figure historique des Républicains désormais allié du RN. À Marseille, Franck Allisio (35,02 %) se retrouve dans un duel serré avec Benoît Payan (36,70 %), après le retrait des candidats LFI et le maintien de Martine Vassal (12,41 %), même si l'incertitude liée à l'abstention et la dynamique du RN rend l'issue du scrutin ouverte.
Ces trois scrutins clés cristallisent les principaux enjeux stratégiques. Il s'agit d'assurer son ancrage dans une préfecture du Sud, de confirmer un symbole politique de « l'union des droites » et de réaliser une percée nationale en l'emportant dans la deuxième ville de France. D'un côté, ces défis témoignent de certaines avancées de l'extrême-droite, comme à Marseille, où une grande partie de l'électorat LR traditionnel semble avoir voté pour le RN, exprimant une certaine radicalisation de ces secteurs bourgeois. Mais dans le même temps, les obstacles à une victoire dans cette ville et à Toulon, et les limites du laboratoire de Nice à l'heure où les espoirs d'alliances avec LR ont globalement été battus en brèche, témoignent des difficultés de l'implantation de l'extrême-droite dans les grandes villes, ce qui constitue une faiblesse pour espérer conquérir le pays.
LFI-PS : une dépendance stratégique à la gauche bourgeoise
De son côté, la France Insoumise a été un des vainqueurs du premier tour sur le plan politique. Certes, d'un point de vue électoral, les insoumis sont loin du nombre de voix recueilli nationalement par le reste de la gauche institutionnelle (5 millions de voix contre 654 000 voix pour LFI). Par ailleurs, ses résultats dans de nombreuses villes sont bien inférieurs à ceux réalisés aux élections européennes. Pour autant, la victoire à Saint-Denis, les positions de force à Roubaix et Toulouse, qui a permis d'imposer une alliance avec le PS dans la ville rose, ainsi des bons scores dans plusieurs autres grandes villes comme Limoges (24,9 %, contre 16,9 % pour le PS), Lille (23,4 %, contre 26,3 % pour le PS) la rend incontournable pour la gauche institutionnelle, brisant l'idée de cordon sanitaire agitée ces dernières semaines par des ailes du PS.
Pour autant, cette victoire politique reste à confirmer au second tour. Construite sur une logique d'addition des voix, la coalition électorale avec le PS à Toulouse pourrait par exemple soulever des contradictions, notamment dans un contexte de radicalisation d'une partie de l'électorat du PS, comme le suggèrent certains sondages, et de fronde de secteurs du parti. Dans le même temps, le choix de Sophia Chikirou de se maintenir au second tour à Paris, après une fin de non-recevoir des socialistes, pourrait se traduire soit par un score affaibli, conséquence des logiques de barrage entretenues au sein de sa base ces dernières années, soit voir LFI être rendue responsable en cas de défaite.
Une chose est sûre, l'attitude de la France Insoumise illustre une dépendance structurelle au reste de la gauche bourgeoise. À rebours de l'opposition affichée ces derniers mois et alors même que LFI a été la cible d'une vague de criminalisation, à laquelle le PS et les Écologistes ont largement contribué, le mouvement de Jean Luc Mélenchon montre dans ces élections qu'il reste arrimé à la gauche bourgeoise, et que ses candidatures autonomes servent d'abord à négocier des alliances avec cette dernière. Une politique qui est le fruit de sa stratégie institutionnelle et qui en révèle l'impasse, tout en renforçant des ennemis des travailleurs, à l'image de la liste de Grégory Doucet, dont le mandat a été marqué par l'armement de la police municipale et le harcèlement des migrants et les sans-abris tout au long de son mandat. Comme un symbole, à Brest ou Tulle, c'est avec des fidèles de François Hollande que la FI a noué des accords.
Les limites de la polarisation à droite et la nécessité de reconstruire une gauche révolutionnaire
Le premier tour des élections municipales a également révélé les limites de la polarisation à droite. Malgré une période marquée par des tentatives de criminalisation de la gauche — avec des offensives visant à marginaliser LFI en présentant le mouvement comme violent ou antisémite, et la mort de Quentin Deranque à Lyon pendant la campagne —, le coût politique de ces attaques est resté globalement limité. Dans ce contexte, les campagnes menées et les résultats obtenus par nos candidats dans neuf communes, alors que Révolution Permanente participait pour la première fois au scrutin, constituent un véritable succès, témoignant de l'écho de candidatures révolutionnaires, dénonçant les politiques pro-patronales et sécuritaires, assumant un anti-impérialisme intransigeant, et bataillant les illusions de la gauche réformiste en appelant à préparer une riposte par en bas. Au total, ce sont 12 560 voix qui se sont portées nationalement sur notre programme anticapitaliste, rappelant l'urgence de reconstruire une gauche révolutionnaire.
Pour le second tour, tous les scrutins mettent en jeu des forces politiques institutionnelles. Dans les cas où la gauche bourgeoise, comme le PS ou EELV, est au second tour, nous considérons qu'il est impossible d'appeler à voter pour des forces politiques bourgeoises qui ont à maintes reprises trahi les classes populaires, en gouvernant ces dernières années les villes, en appliquant des politiques austéritaires et anti-ouvrières, en renforçant l'appareil répressif, en criminalisant le soutien à la Palestine, contribuant ainsi à ouvrir la voie à l'extrême droite. Les alliances PS-LFI ou EELV-LFI, comme à Toulouse, Clermont-Ferrand, Brest, Avignon, Limoges, Tours ou Nantes, quand bien même elles sont présentées parfois comme des « fusions techniques », conduisent également à renforcer ces organisations, en leur offrant des leviers de pouvoir gigantesques pour continuer à imposer leurs programmes. Ces alliances sans principes constituent une impasse qui, comme avec le NFP ou la NUPES, ne peuvent que redonner du souffle au PS.
C'est en ce sens que, tout au long de nos campagnes, et tout en dénonçant chaque tentative de criminaliser la France Insoumise, nous avons pointé les limites profondes du projet de la FI, de leur adaptation à l'impérialisme français, au grand patronat, de leur refus de s'attaquer aux politiciens professionnels et à leurs privilèges ou encore de l'illusion qu'il véhicule selon laquelle il suffirait d'activer les leviers existants pour changer la vie de la population. Nous sommes convaincus que pour affronter l'austérité, la militarisation et l'extrême-droite, il faut une stratégie radicalement différente, que nous avons porté tout au long de ces municipales. Néanmoins, dans des villes comme Paris ou Rennes, LFI a choisi de se maintenir seule, souvent contrainte et forcée par le refus d'alliance du PS. Dans ces coordonnées, nous comprenons ceux de nos électeurs du premier tour qui souhaiteraient accorder leurs voix aux listes de la France insoumise, pour exprimer leur refus de l'union avec la gauche bourgeoise et leur aspiration à autre chose que les politiques qui gouvernent la capitale et de nombreuses villes depuis des décennies. Pour nous, cependant, ce vote ne peut être que critique et sans illusion quant à la possibilité de la France Insoumise et sa stratégie électorale d'incarner une réelle alternative.
Une chose est sûre, ces élections rappellent l'importance de construire une gauche révolutionnaire, indépendante de l'État, du patronat et de ses représentants politiques. L'écho obtenu par les différentes listes de Révolution Permanente constitue un point d'appui en ce sens, pour poursuivre la construction d'une organisation révolutionnaire, ancrée dans les lieux de production, d'études et dans les quartiers populaires, qui cherche à mettre ses forces dans la préparation d'une riposte par en bas, seule voie pour affronter les plans des classes dominantes, la militarisation et l'extrême droite. Un projet au service duquel se mettront également nos conseillers municipaux à Saint-Denis.
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