Voile interdit au conseil municipal de Chalon-sur-Saône : la justice valide une décision islamophobe
Thu, 19 Mar 2026 21:48:39 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe tribunal administratif de Dijon a rejeté le recours contre un arrêté du maire de Chalon-sur-Saône, interdisant les signes religieux au conseil municipal. Une décision scandaleuse qui vise directement une élue de la France Insoumise, et s'inscrit dans une offensive islamophobe plus large contre les femmes musulmanes.

Le tribunal administratif de Dijon a rejeté ce mercredi le référé contre un arrêté pris par le maire Gilles Platret de Chalon-sur-Saône, visant à interdire le port du voile au sein du conseil municipal de sa ville. L'arrêté interdit « tout signe religieux ostensible », au nom de la laïcité et en s'appuyant sur le règlement de l'Assemblée nationale. Une nouvelle instrumentalisation du principe de laïcité, mobilisé ici pour légitimer une véritable police islamophobe du corps et des vêtements des femmes musulmanes ou assimilées.
Lamia Sabrina Sari, élue pour la France insoumise (FI) au conseil municipal de Chalon-sur-Saône, se considère « directement visée ». Cette dernière avait déposé le référé devant la justice aux côtés du second élu FI, Damien Saley. Cette décision, grave, pourrait l'empêcher d'exercer son mandat et l'exclurait de ses fonctions pour une raison ouvertement islamophobe.
Gilles Platret, un temps membre des Républicains, puis soutien d'Éric Zemmour qui s'est fortement rapproché de Reconquête en 2022, s'est félicité de cette décision de justice, en invoquant des justifications racistes totalement décomplexées : « C'est une décision importante, qui pourrait faire jurisprudence dans tous les conseils municipaux de France. Et ça serait souhaitable pour éviter que notre société se déchire sur l'écueil des particularismes, notamment islamistes, dès lors qu'ils cachent une volonté de faire éclater notre cohésion nationale et d'abattre à terme nos libertés françaises. »
Dans un précédent communiqué de presse au sujet de son arrêté, le maire avançait une rhétorique tout autant raciste et islamophobe : « Nous sommes (…) au cœur des manœuvres islamistes, à des fins de conquête territoriale, au cœur des démarches de l'islam politique qui menace à terme nos libertés individuelles. Et nous devons tout faire pour résister. »
Le maire de Chalon-sur-Saône n'en est pas à son coup d'essai, mais a à son actif de très nombreuses attaques et déclarations islamophobes. En 2021, il invoque déjà la théorie raciste et complotiste du grand remplacement, en parlant d'une « épuration ethnique » qui serait menée par « un bloc musulman (…) dans certains quartiers ». En 2015, il voulait faire interdire les repas de substitution dans les cantines, c'est-à-dire les alternatives sans porc pour les enfants qui n'en mangeraient pas. En 2025, il essaie cette fois de faire interdire le drapeau palestinien dans tout Chalon-sur-Saône, ville de 45 000 habitant·es. Autant d'attaques relevant d'une islamophobie crasse et de poncifs chers à l'extrême droite.
Cette mesure visant une élue s'inscrit dans une offensive plus large et récente contre le port du voile. Elle participe d'une stratégie qui tend à stigmatiser toujours davantage les femmes musulmanes, à les invisibiliser et à les exclure progressivement des espaces publics et politiques. Cette dynamique se traduit par des attaques concrètes : le licenciement de Majdouline B., infirmière à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, pour le simple port d'un calot, mais aussi les initiatives de sénateurs Les Républicains visant à interdire le port du voile aux mineures, ou encore les propositions de Bruno Retailleau appelant à en bannir le port à l'université.
Il faut dénoncer non seulement l'attaque islamophobe du maire d'extrême droite, mais aussi la complicité de la justice dans celle-ci. Car en entérinant ce type de mesures, c'est un précédent dangereux qui est posé, ouvrant la voie à de nouvelles exclusions de femmes musulmanes des conseils municipaux et à une normalisation toujours plus grande des discours et des politiques islamophobes. Face à cette situation, il faut exiger l'abrogation de l'arrêté mais aussi, de la loi de 2004, mère de toutes les offensives islamophobes à l'école, à la loi séparatisme, en articulant le combat contre l'offensive autoritaire et raciste avec la lutte contre les politiques austéritaires et anti-ouvrières du gouvernement et de la bourgeoisie.