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EHESS : 100 personnes à la projection de soutien aux travailleurs du ménage du Conseil départemental du 93

Thu, 19 Mar 2026 13:04:45 CET

Révolution Permanente

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Sans salaire depuis octobre, les soixante salarié-es d'Arc-En-Ciel, entreprise de ménage sous-traitante du conseil départemental de Seint-Saint-Denis, luttent pour leur réintégration. Le 11 mars, un rassemblement de soutien et la projection du film « Les petites mains invisibles » ont eu lieu sur le campus Condorcet.

Les lumières se rallument et aux applaudissements succèdent les bruits de chaises qu'on bouge pour aller se servir à manger. L'Acabane, salle associative du campus Condorcet, est remplie ce 11 mars, pour la projection du film Les petites mains invisibles, documentaire sur la grève victorieuse des travailleuses du ménage qui, en 2017, ont arrêté de nettoyer la gare de Saint-Denis pendant 45 jours, faisant ployer la RATP, la SNCF et le prestataire Onet. Au fond de la salle, un buffet a été préparé par les participant-es, et des étudiant-es font des crêpes. Dans le brouhaha, on discute de ce qu'on mange et du film qu'on vient de voir.

Les travailleur-ses du ménage du conseil départemental sont venu-es accompagné-es de leurs familles pour la plupart. Inès, qui a travaillé pendant 20 ans au département, et qui a vu les entreprises sous-traitantes se succéder, raconte le choc d'apprendre qu'elle perd son contrat en octobre et les difficultés financières qui s'ensuivent : « J'étais déçue quand c'est arrivé. Y a rien qui rentre depuis octobre, moi j'ai une famille nombreuse, j'ai quatre enfants, un crédit… Tout le temps on fait des manifestations, j'espère que ça va changer. »

Le PS jette 60 salarié-es sur le carreau

Fin octobre, les 60 salarié-es d'Arc-En-Ciel (AEC), ont ainsi appris que la société de ménage sous-traitante mettait brusquement fin à leur contrat avec le département (qui les engageait jusqu'à décembre 2026), les laissant sans emploi et sans salaire. N'étant pas officiellement licencié-es, les salarié-es n'ont pas droit au chômage et se retrouvent sans aucun revenu.

Alors que les salarié-es sont habituellement maintenu-es en poste lors des changements de prestataires, en vertu de la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés, le Parti socialiste, à la tête du conseil départemental, a profité du déménagement pour réserver l'appel d'offre à des entreprises d'insertion, qui ne sont pas tenues de garder les mêmes salariés. Le PS jette donc sur le carreau soixante salarié-es, et se donne un vernis social tout en diminuant les coûts, les travailleur-ses en insertion étant très mal payé-es.

Ce choix scandaleux est caractéristique des politiques menées par le PS. Comme Stéphane Troussel, président du conseil départemental, l'ex-maire de Saint-Denis Mathieu Hanotin a lui aussi réduit les coûts sur le dos des travailleurs, et a externalisé le ménage dans les écoles, faisant payer aux salarié-es les plus précaires le prix de l'austérité, et de ses coûteuses politiques de gentrification sécuritaire de la ville.

Pour exiger la réintégration des 60 salarié-es et l'internalisation du ménage, un collectif d'agents du conseil départemental s'est constitué. Hannane, membre du Collectif Dignité au Travail 93, explique : « Depuis juillet, on lutte et on demande l'internalisation des missions de ménage. Pour l'instant on a obtenu la reprise de 20 salariées d'AEC, mais il en reste 40 qui n'ont pas de salaires, pas droit au chômage pour certaines. Aujourd'hui on s'est mobilisé-es devant le conseil départemental pour exiger la réintégration de tout le monde. Notre collectif est soutenu par SUD et la CGT du conseil départemental, puis on a été rejoint par Le Poing Levé. Aujourd'hui avec le film, l'idée c'est de montrer que les luttes peuvent être victorieuses, de faire en sorte que les agentes de l'entreprise Onet puissent rencontrer les AEC et discuter ensemble pour penser la mobilisation. »

Les étudiant-es se mobilisent

Au rassemblement qui précédait la projection, les étudiant-es sont venus nombreux apporter leur soutien, depuis Le Poing Levé et Solidaires Étudiant-es. Camille, militante au Poing Levé EHESS et à Du Pain et Des Roses, a pris la parole pour appeler les étudiant-es et chercheur-es à se mobiliser depuis le campus Condorcet, où le ménage est aussi externalisé, et souligner la force de frappe du mouvement étudiant et du mouvement féministe, pour soutenir les travailleuses précarisées. En 2017, le collectif féministe de Révolution Permanente, Du Pain et Des Roses, s'était ainsi fondé autour de la grève des Onet, et avait soutenu les salarié-es d'AEC à Tolbiac en 2022, qui luttaient pour leurs conditions de travail et contre le licenciement d'une collègue. Alors que les travailleur-ses du conseil départemental luttent depuis quatre mois, le soutien des étudiant-es du campus voisin a participé à donner du moral et des perspectives, pour continuer jusqu'au bout et arracher la réintégration de tout le monde et l'internalisation du ménage.

Le député LFI Thomas Portes était présent lui aussi. Il est intervenu pour qualifier la mobilisation de « lutte exemplaire, qui doit obliger les élu-es à protéger les salarié-es face aux patrons voyous ». Au rassemblement précédent, Elsa Marcel, désormais élue dans l'opposition à la mairie de Saint-Denis, avait annoncé sa volonté ferme de combattre la sous-traitance et de se faire le porte-voix de la lutte des salarié-es externalisé-es, contre les politiques antisociales du PS.

Quand les victoires d'hier donnent des perspectives

Laura, cheminote et militante à Révolution Permanente, a également pris la parole pour raconter la grève des salariées du nettoyage d'Onet en 2017, aux côtés d'Hawa, ancienne gréviste venue soutenir les salarié-es d'AEC et partager son expérience de lutte. Rappelant le slogan scandé à l'époque, « Onet malhonnête, SNCF complice », Laura souligne la complicité du service public dans la dégradation des conditions de travail des personnels externalisés. Elle raconte aussi la mobilisation des collègues cheminots, convaincus de se battre pour leurs collègues en sous-traitance.

Comme elles et eux à l'époque, la mobilisation des agent-es du conseil départemental pourrait être décisive : puisque les travailleur-ses du ménage ont été remplacé-es, ils ne peuvent plus faire grève. La suite de la lutte dépend pour beaucoup des soutiens du conseil départemental, et de la pression politique sur le PS. Comme le soulignent des membres du collectif de soutien, il faut que les organisations féministes s'emparent de la lutte des AEC, et aident à faire beaucoup de bruit.

A la sortie du film, Ilyas, étudiant en sociologie s'enthousiasme : « Ca m'a beaucoup marqué de voir les discussions entre les dames, qui se reconnaissaient dans la lutte, ses étapes, qui vibraient avec les victorieuses de la grève des 45 jours. Puis la cantine ça donne de la force à tout le monde ! ». Entre deux crêpes, des étudiant-es ont l'idée d'organiser une cantine solidaire sur le campus, pour visibiliser et récolter de l'argent dans la caisse de solidarité, à laquelle nous vous invitons à contribuer.

En rangeant la salle, les idées fusent pour récolter de l'argent et continuer la lutte. Les salarié-es du ménage et leurs soutiens rentrent chez eux avec le sourire, des tupperwares de nourriture et beaucoup de moral politique. La lutte des AEC continue et depuis le campus Condorcet, nous nous battrons jusqu'au bout pour les soutenir. Nous revendiquons l'internalisation du ménage au conseil départemental et à l'université, dont nous voulons faire un un lieu d'auto-organisation ouvert à tout le monde, au cœur des luttes. Malgré des refus répétés de la part de la présidence du campus de nous accorder une salle après 20h, la mobilisation des syndicats et comités étudiants sur le campus a obligé la présidence à céder. Nous continuerons à nous mobiliser pour pouvoir nous organiser sur notre lieu d'études et de travail.

Le Poing Levé EHESS appelle à soutenir les salarié-es AEC en participant aux prochains rassemblements, ainsi qu'à la cantine solidaire, dont la date sera annoncée prochainement, et en donnant à la caisse de solidarité. Nous lutterons à leurs côtés dans la rue, mais aussi depuis le conseil municipal de Saint-Denis, où nos deux élu-es révolutionnaires Dorian Gonthier et Elsa Marcel, se feront le porte-voix des travailleur-ses en lutte !

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