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« Le film résonne avec nos luttes actuelles » : un ciné-débat réussi autour du féminisme à Melun

Tue, 17 Mar 2026 15:18:50 CET

Révolution Permanente

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Jeudi 12 mars, le comité de Révolution Permanente en Seine-et-Marne et en Essonne a organisé une soirée ciné-débat à Melun. Après un petit moment convivial, une bonne vingtaine de personnes ont visionné le film Le sel de la terre puis ont débattu de féminisme et de lutte de classe.

Parmi la vingtaine de personnes réunies étaient présents différents secteurs : étudiant·es, travailleur·euses de l'éducation et de la santé, retraité·es, raffineurs de Grandpuits, personnes sans-emplois et travailleur·euses de l'audiovisuel. Les participants·es ont ainsi pu profiter d'un moment convivial avant la projection, puis d'un temps d'échange collectif après le film.

Un film boycotté pendant dix ans

Le sel de la terre est un film réalisé par Herbet J. Biberman en 1954. À sa sortie, le film est censuré par le gouvernement des États-Unis en pleine période de maccarthysme. En effet, celui-ci a pour sujet central une grève de mineur dans l'État du Nouveau-Mexique (arraché au Mexique en 1848), grève dans laquelle les femmes sont amenées à jouer un rôle politique déterminant. Dans son film, le cinéaste présente l'histoire de mineurs mexico-américains entrant en grève pour l'amélioration de leurs conditions de vie.
Biberman prend le parti de raconter son histoire à travers la voix d'Esperanza Quintero (Rosaura Revueltas), femme d'un des leaders de la grève, Ramon, mineur depuis 18 ans. Au début du film, les mineurs revendiquent une égalité de salaire avec les ouvriers états-uniens et une amélioration de la sécurité dans la mine. Lors des premières assemblées générales de grévistes, leurs épouses veulent inscrire une troisième revendication : l'accès à l'eau chaude courante dans les maisons louées par l'entreprise minière. Une demande d'abord rejetée par les grévistes eux-mêmes. Après l'interdiction de la grève par la justice des Etats-Unis, les femmes des mineurs mènent une bataille politique, et souvent intra-familiale, avec ces derniers pour remplacer les mineurs sur le piquet.

Ce film rend centrale la place des femmes et de leurs revendications dans le mouvement ouvrier. Sa diffusion le 12 mars, quelques jours après le 8 mars, a permis une discussion enrichissante sur les liens historiques et stratégiques qui unissent le mouvement féministe et le mouvement ouvrier. Comme l'explique Cécile Manchette et Philomène Rozan « Dans ce film, les femmes ont fait entrer les questions considérées comme d'ordre domestique et donc « subalterne » au cœur de la lutte des classes. [...] Mais plus encore, en commençant à tenir les piquets de grève, elles ont poussé à une nouvelle gestion des tâches reproductives qui soit collective et non-genrée, où leurs maris se sont occupés des enfants et des lessives, pendant qu'elles affrontaient la répression policière. Au-delà de ce renversement des rôles, le film montre à quel point leur soutien n'était pas que moral, mais bien physique, remplaçant leurs maris face aux forces de répression. »

Une discussion riche mettant en avant les liens entre le film et les luttes actuelles

Après la projection une discussion collective a permis de partir du récit du film pour ouvrir un débat sur la situation politique actuelle et les leçons à tirer des luttes passées.
Un des aspects les plus discutés a été celui des divisions racistes et sexistes existant dans les milieux ouvriers. Pour répondre à ce défi stratégique qu'est l'unification des classes populaires derrière une perspective politique émancipatrice et révolutionnaire, plusieurs intervenant·es ont souligné comment les moments de lutte des classes peuvent permettre de faire reculer les idées réactionnaires et sexistes face à l'expérience concrète de la solidarité de classe entre travailleurs blancs et racisés.

Lors de la discussion Y. a notamment souligné la double bataille que doivent mener les femmes dans le film : « Dans le film la femme a deux combats : elle doit soutenir son mari dans la grève, une grève où les mexico-américains doivent batailler pour la grève contre certains travailleurs blancs, mais elle doit aussi convaincre le mari au sein de la famille pour que leurs revendications dépassent les simples demandes économiques ». Une articulation entre lutte ouvrière et féministe que l'on retrouve encore aujourd'hui.

Ainsi, P., travailleur à Grandpuits, explique que « le film résonne avec la lutte de Grandpuits de 2021. C'était pareil, une femme a pris la parole sur le piquet de grève et a créé une commission des femmes. Le piquet est devenu un lieu de garderie qui a empêché les contre-pressions qui peuvent être exercées par la famille. Notre lutte, auto-organisée, est devenue une lutte émancipatrice car dans un système patriarcal on peut reproduire des schémas sans en être conscient. L'intégration de la commission des femmes nous a permis une auto-critique et une conscientisation collective. Le combat féministe ne doit pas appartenir qu'aux femmes mais aussi aux hommes et aux enfants. »

D'autres interventions ont également souligné l'actualité des thèmes abordés par ce film moderne pour son époque (1954) : colonialisme, racisme, violences patronales et policières, divisions au sein de la classe ouvrière, mais aussi transmission des luttes.

Un féminisme ancré dans la lutte de classe

Dans un contexte marqué par une intensification des tensions internationales, la course à la guerre et la montée du fémonationalisme portée par l'extrême-droite, la diffusion de ce film a permis de mettre en avant un féminisme profondément ancré dans les processus de lutte de classe. C'était d'autant plus d'actualité quelques jours à peine après les mobilisations du 8 mars qui ont montré un féminisme anti-impérialiste et internationaliste bien vivant dans les différents cortèges partout en France capable de rassembler des milliers de personnes et d'imposer un rapport de force face à l'extrême-droite et aux soutiens du génocide à Gaza au Liban ou en Iran.

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