Extrême-droite : Familya, l'association traditionaliste financée par Sterin, s'installe a Saint-Étienne
Fri, 13 Mar 2026 13:25:07 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA Saint-Étienne, l'association soutenue par le milliardaire d'extrême droite Stérin veut ouvrir un centre de promotion de l'hétérosexualité, du mariage et de la natalité, pour défendre ses idées traditionalistes et réactionnaires, avec le soutien de la présidence de région LR.

Depuis janvier 2026, une « maison Familya » a ouvert à Saint-Étienne, la huitième en France après Orléans, Lyon, Bordeaux … Familya se présente comme « une association nationale dévouée à l'accompagnement des familles, des couples, et des individus à chaque étape de leur vie relationnelle ». Derrière cette apparence bienveillante, l'organisation a été fondée par un proche de Pierre-Edouard Stérin, et est financée par des personnalités catholiques ultra-conservatrices, anti-IVG, identitaires et impliquées dans des mouvements sectaires. Ainsi, contre ce projet, ce lundi 2 mars plus de 200 manifestant·es se sont rassemblé·es devant le lieu, à l'appel du comité antifasciste local, d'organisations de gauche et de syndicats, pour dénoncer une association profondément réactionnaire.
Un fondateur proche de mouvements catholiques sectaires et des financements venus de la droite à l'extrême droite
L'association est fondée par le couple Thierry et Frédérique Veyron la Croix, qui avaient déjà fondé les Maisons des Familles. Thierry Veyron se présente comme un « conseiller conjugal et médiateur familial » et déclare être investi dans différents mouvements catholiques conservateurs tels que l'Opus Dei, le Chemin Neuf et le Verbe de Vie.
L'Opus Dei est une institution catholique impliquée dans l'anticommunisme, ayant soutenu Franco et régulièrement accusée de sectarisme. La communauté du Chemin Neuf a quant à elle été citée dès 1998 dans le Dico des Sectes par le Centre Contre les Manipulations Mentales, et continue aujourd'hui de faire l'objet de plusieurs enquêtes pour soupçons de dérives sectaires. Elle est notamment soupçonnée d'abuser de ses résident·es bénévoles, en leur faisant subir malnutrition et mal-logement en dépit de ressources financières très élevées. La communauté du Verbe de Vie a quant à elle été dissoute en 2023. L'un de ses prêtres a été accusé par une douzaine de femmes d'agressions sexuelles, alors que nombre d'entre elles étaient précisément en recherche d'aide et de soutien après avoir vécu des violences sexuelles. Ces agressions se déroulaient dans un climat marqué par des abus spirituels, de la spiritualisation excessive, des relations d'emprise.
Le projet est non seulement financé par le milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin, connu pour son « Projet Périclès » visant à investir 150 millions d'euros pour faire gagner le RN, mais également par Stella Domini, fonds de dotation déjà épinglé pour son soutien actif aux anti-IVG en consacrant 2,5 millions de dollars annuels aux campagnes anti-avortement. La région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par le parti LR, a accouru aider l'extrême droite en versant 50 000 euros pour l'ouverture de Familya Saint-Etienne, pendant qu'en parallèle les financements de l'Université Lyon 2 étaient coupés.
Les dangers de Familya et de sa conception traditionaliste de la famille
Dès 2024, le gouvernement prônait le réarmement démographique pour préparer le pays à la guerre, avec un projet nationaliste et xénophobe, encourageant les naissances tout en promulguant la loi immigration et en incitant les femmes des outre-mers à la stérilisation.
Ces discours entrent en parfaite résonance avec le programme patriarcal, nataliste, évangéliste et impérialiste de Pierre-Édouard Stérin : « avoir plus de bébés de souches européennes [...], se marier tôt et faire beaucoup d'enfants [...], diffuser une image positive de la famille pour inciter tout un tas de personnes à fonder une famille demain ». Familya fait quotidiennement de la propagande anti-divorce, anti-LGBT ou encore anti-IVG. Ses publications encensent le rôle du père, dont l'absence expliquerait « la délinquance de certains jeunes » ou les « grossesses et de sexualité précoces chez les jeunes filles »… Et dans le monde entier, les gouvernements d'extrême droite attaquent de pair les droits à l'avortement et ceux des personnes LGBT : les milliardaires sont prêts à dépenser des fortunes pour maintenir la famille nucléaire et ses violences intrinsèques, parce qu'elle est un socle du système capitaliste, tout comme la culture de l'inceste et du viol.
En effet, les violences intrafamiliales, physiques ou psychologiques ne sont pas exceptionnelles mais systémiques et touchent toutes les familles, de toutes classes sociales : en France, au moins un enfant sur cinq est victime d'inceste, une femme est violée toutes les 2 minutes et 90% des agressions sexuelles sont commises par des personnes de l'entourage proche. En 2024, les chiffres très sous-estimés de la police comptaient 1 283 femmes victimes de tentatives de féminicides au sein du couple, directs ou indirects.
Dans ce contexte d'injonctions patriarcales à la famille nucléaire, il faut rappeler et encourager l'existence d'organisations féministes telles que le Planning Familial et la Ciiviise. Leurs travailleur·ses et bénévoles mettent en place les conditions d'accueil, d'écoute et de suivi pour penser son orientation sexuelle, sa famille, ses relations au-delà de la violence patriarcale. Il est crucial de s'organiser collectivement pour soutenir ces organisations qui font l'objet de coupes budgétaires qui menacent leur existence, ainsi que d'attaques de groupuscules d'extrême droite . La défense de l'IVG est une lutte centrale, alors que la moitié seulement des États autorisent l'accès à l'IVG sans restriction, et que ce droit régresse. Il faut aussi permettre un accès à l'EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité) pour tous les élèves, alors qu'en 2024 seuls 15% d'entre eux ont suivi les trois séances d'EVARS, pourtant obligatoires.
Nous refusons que nos corps soient instrumentalisés à des fonctions reproductives alors que dans le même temps la natalité est perçue comme une « surpopulation » dans les colonies d'outre-mer, et que les frontières sont toujours plus meurtrières, fermées, militarisées. Nous refusons que les enfants soient mis au monde pour finir en chair à canon. À l'heure où les droits des femmes et minorités de genre sont chaque jour attaqués, nous militons pour construire un féminisme révolutionnaire et internationaliste, qui se donne comme tâche de lutter contre l'impérialisme, la militarisation, l'extrême droite et l'austérité.