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Montpellier : une élection sous le signe de la surenchère sécuritaire

Fri, 13 Mar 2026 13:37:50 CET

Révolution Permanente

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À Montpellier, les élections sont marquées par une surenchère sécuritaire, dans la lignée des politiques répressives menées par le PS. Une logique à laquelle nous nous opposons avec la candidature de Max Muller, travailleur social, qui porte un programme d'urgence pour les quartiers populaires.

À Montpellier, les élections municipales sont marquées par une surenchère sécuritaire dans laquelle le maire socialiste sortant, Michaël Delafosse, joue un rôle central : faisant campagne sur son bilan, il revendique fièrement les mesures répressives mises en place depuis six ans. D'abord, l'augmentation de l'effectif des policiers municipaux, passant de 180 en 2020 à 240 d'ici la fin de cette année, recrutés pour chasser les sans-abris qui ne sont pas les bienvenus dans le centre-ville : en 2023, un arrêté municipal est publié, visant à interdire « l'occupation abusive ou prolongée dans certaines rues », s'attaquant ainsi aux près de 3000 personnes sans domicile fixe qui vivent à Montpellier. L'expulsion du bidonville Avenue de Maurin l'été dernier, avec la mobilisation d'une soixantaine de membres de force de l'ordre pour quatorze habitants dont trois enfants, illustre la gestion sécuritaire et anti-pauvre menée par le Parti Socialiste. Ces actions s'inscrivent dans une politique globale de création et de renforcement de dispositifs répressifs ciblant les plus précaires, les habitants des quartiers populaires et les personnes racisées.

Le mandat de Delafosse a en effet été marqué par la création de nouveaux corps répressifs : la police métropolitaine des transports et la GSRI (Groupement de sûreté résidentielle interbailleurs) en 2023. La gratuité des transports, dont le maire aime tant se vanter, est conditionnée à des contrôles au faciès réguliers, menés par des policiers armés. Et après avoir été fliqué dans le tram pour rentrer chez eux, les habitants des quartiers populaires subissent la présence de la GSRI, comme en témoigne une vidéo récemment publié sur le réseau social Tik Tok, où dans le quartier d'Aiguelongue, un jeune homme est violemment plaqué au sol, tandis qu'un membre de cette brigade intimide la personne qui filme les faits.

Si Michaël Delafosse affirme que la gauche doit elle aussi prendre en charge les questions de sécurité, au nom de la « liberté de circuler » et de la « défense des biens », son action est une entrave la liberté des plus pauvres, des personnes racisées et de la jeunesse des quartiers populaires à se déplacer dans la ville. Une politique sécuritaire et raciste qui va de paire avec une gestion de Montpellier au service des intérêts du patronat. C'est avec cette vision de Montpellier qu'il fait campagne dans ces élections municipales : une ville gentrifiée, au service des entreprises qu'il tente d'attirer avec des projets tels que MedVallée. Ce programme va de paire avec de nouvelles mesures répressives promises par le maire candidat à sa réelection : le recrutement de 100 agents affectés à la police municipale, la GSRI et la brigade du logement, ou encore la construction d'un « hôtel des sécurités » à Celleneuve incluant notamment un stand de tir, qui coûtera 65 millions d'euros à la ville.

Un spectre politique local adapté à la surenchère sécuritaire

Du côté des autres candidats, d'Isabelle Perrein à Altrad en passant par Roumegas, tous s'alignent à leur façon sur un consensus sécuritaire.

Au Rassemblement National, la candidate parachutée France Jamet revendique le bilan du maire de Perpignan, Louis Aliot, dont elle a repris le mandat au Parlement européen : « Perpignan, c'est un policier pour 600 habitants, Montpellier, c'est un policier pour 2000 habitants. Et puis, il faut plus de caméras » ,affirme-t-elle au micro de France bleu Hérault. Un programme raciste et réactionnaire à l'image du parti d'extrême-droite. Isabelle Perrein mène quant à elle une campagne outrancière dans le domaine, utilisant le terme de « punks à chien » dans son programme, qui révèle le mépris de classe de cette notaire bien décidée à défendre les intérêts des habitants les plus riches. Pour cela, Perrein promet le doublement des effectifs de la police municipale et du nombre de caméras, et revendique la politique violente et raciste de la « tolérance zéro » appliquée à New York : instaurée dans les années 1990 par le maire de l'époque Rudolph Giuliani, cette méthode a reposé sur la criminalisation de faits tels que des graffitis ou l'ivresse sur la voie publique, mais aussi sur des contrôles au faciès et des arrestations massives de jeunes hommes racisés. Sur sa liste, on retrouve Vincent Hergott, policier et délégué syndical Alliance qui, il y a deux ans, s'est illustré par un communiqué nauséabond comparant les jeunes de banlieues à des « nuisibles ». Avec un tel colistier, Isabelle Perrein annonce donc la couleur : celle d'une ville mise au pas.

Parmi les revendications portées par le milliardaire Mohed Altrad, en plus du doublement des effectifs policiers et leurs équipements, on trouve une mesure liberticide qui vise spécifiquement la jeunesse : un couvre-feu de 22 heures pour les mineurs de moins de 16 ans. Une promesse faisant écho au couvre-feu mis en place à Nîmes en juillet dernier, au nom de la lutte contre le narcotrafic. En réalité, ce genre de mesures nourrit des discours réactionnaires qui criminalisent la présence dans l'espace public des jeunes de quartiers populaires, et qui par la suite servent à justifier les violences policières qu'ils subissent, en témoigne le traitement médiatique à la suite du meurtre policier de Nahel Merzouk.

Du côté des listes de la gauche institutionnelle, si elles mettent l'accent sur l'investissement dans la médiation, elles ne remettent pas du tout en cause l'institution policière intrinsèquement répressive et raciste. La liste Printemps montpelliérain (un rassemblement de EELV, l'Assemblée des quartiers, Génération⸱s et le groupe Social démocratie écologie), veut créer 100 nouveaux postes de policiers. Dans le programme, cette mesure est présentée comme n'allant pas dans le sens de « plus de répression » et mettrait l'accent sur une approche « humaine » et « préventive » d'une police dite de proximité. Une vision qui élude le bilan de cette politique, lancée en 1998 sous le gouvernement Jospin, et qui en réalité, n'a pas contribué à la réduction des violences policières. Récemment, la mort de El-Hacen Diarra le 15 janvier dernier dans le vingtième arrondissement de Paris, à la suite de son interpellation par des policiers d'une brigade territoriale de contact, vendue elle aussi comme de proximité et au service des habitants, démontre que si l'étiquette change, la violence elle, reste la même.

Dans une interview accordée à Radio Campus Montpellier, Nathalie Oziol, tête de liste de la France Insoumise, revendique aussi le retour à une police de proximité qui « à l'époque, accueillait des jeunes, accompagnait des familles dans le quartier, avec des agents identifiés comme des relais pour des services du quotidien ». Une position propre à cette gauche, qui depuis près de 30 ans, essaye de nous faire aimer la police, alors même que le nombre de personnes mortes lors d'interventions policières n'a cessé d'augmenter depuis 2005, passant de 10 victimes par an dans les années 2000, à 65 en 2024. Pour « réparer » ce lien entre habitants et police, la France Insoumise propose notamment la pratique de la patrouille policière à pied, et l'application de la méthode de l'îlotage qui pourtant, comme l'explique Mathieu Rigouste, dans son livre La Domination policière. Une violence industrielle, consiste à un renforcement d'une présence policière menant inévitablement à un contrôle violent et permanent de la circulation des habitants. Une approche de la police totalement compatible avec les politiques et discours sécuritaires du moment, comme le démontre les différentes campagnes de la France Insoumise pour ces élections municipales qui, partout en France, reculent sur des mesures telles que le désarmement de la police municipale, et affirment vouloir au besoin, augmenter les effectifs policiers. En ne s'attaquant pas à la police comme outil de domination sociale et politique au service de la classe dominante, La France Insoumise, à Montpellier comme ailleurs, ne peut donc que proposer des mesures limitées au nom de la lutte contre les violences policières : les propositions telles que la formation des policiers, ou encore la mise en place d'un récépissé de contrôle d'identité, démontrent l'incapacité d'un programme réformiste à prendre en charge de façon conséquente la lutte contre le racisme systémique.

L'insécurité ou la criminalisation de la pauvreté

Ces élections municipales ont pris place dans un contexte politique national particulier : celui d'une offensive sécuritaire d'ampleur menée par le gouvernement Macron, au nom de la lutte contre le narcotrafic. Les opérations dites Place Nette menées partout en France, mais également la volonté de Darmanin de construire une prison de haute sécurité pour enfermer les « 100 plus grands narco-bandits », renforcées par la promulgation de d'une loi contre le narcotrafic en juin dernier pose les jalons pour des attaques autoritaires contre les habitants des quartiers populaires et de sa jeunesse, pour qui le principe de minorité est constamment remis en question, afin de pouvoir les enfermer plus tôt en prison. À Montpellier, cette offensive a été activement relayée et appliquée par Delafosse : dès le début de son mandat, il a été à la rencontre de Darmanin pour demander un renfort de CRS pour la ville, une requête soutenue à l'époque par la députée la France Insoumise Muriel Ressiguier. Depuis quelques mois, Michaël Delafosse mène une campagne tapageuse sur la fermeture administrative de commerces telles que des épiceries de nuit, des salons de coiffure pour hommes, et des bars à chicha, une pratique raciste qui cible les quartiers populaires.

Derrière les discours guerriers contre la prétendue existence d'un « narco-État » en France, le déploiement de cet arsenal répressif s'inscrit dans un continuum de mesures visant à réprimer la jeunesse des quartiers populaires, qui subit de plein fouet les conséquences des réformes austéritaires. En 2024, la mise en place des groupes de niveaux dans les établissement scolaires, ainsi que l'interdiction du port de l'abaya, deux propositions portées par Gabriel Attal, ont démontré que pour l'État, il y a urgence à renforcer le tri social et l'exclusion de ce secteur de la jeunesse, pour en faire une main d'oeuvre corvéable dès la sortie de l'école. La pauvreté ne fait que s'aggraver, et les habitants des quartiers populaires sont confrontés aux discriminations à l'emploi et aux métiers les plus précaires : dans ce contexte, les politiques sécuritaires et répressives de l'État visent à gérer, au travers de sa police qui, sous le capitalisme, possède le monopole de la violence légitime, les conséquences sociales et sanitaires de ces inégalités. Une logique punitive reposant sur le racisme systémique, qui criminalise la seule présence des jeunes hommes racisés dans l'espace public. Le 27 février dernier, le média Loopsider a publié un reportage sur le phénomène des contraventions mises à des adolescents par une unité de la police municipale d'Evry, qui endettent des jeunes à hauteur de plusieurs milliers d'euros. Leur tort ? Se regrouper entre amis en bas de leurs immeubles.

Avec la candidature de Max Muller, travailleur social au quartier de la Mosson, nous dénonçons les propositions racistes et liberticides portées au nom de la « sécurité » : celles-ci mettent au contraire en danger les habitants les plus précaires de la ville, premières cibles des violences policières. À rebours de la logique de mettre des barbelés autour de la pauvreté, nous portons des mesures qui s'attaquent aux institutions sur lequel repose le racisme d'État, à commencer par la police : nous sommes pour le désarmement total de la police municipale, et la dissolution des corps spéciaux nationaux comme la BAC et les CRS, mais aussi les brigades du logement et des transports que Delafosse a imposé à Montpellier. Contre le doublement des caméras de surveillance qu'il nous promet, nous revendiquons au contraire la fin de ce dispositif liberticide. Enfin, pour répondre de façon conséquente à la misère qui entraîne les violences dont les jeunes des quartiers populaires sont les premières victimes, nous défendons le gel et la baisse des loyers, un investissement massif dans les services publics et notamment dans la prévention, financé par les grandes entreprises, mais également la régularisation de tous les sans-papiers, et le droit de vote pour tous, sans condition de nationalité.

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