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À Saint-Denis, Hanotin offre 37 millions pour la basilique et l'austérité pour les quartiers populaires

Wed, 11 Mar 2026 19:38:46 CET

Révolution Permanente

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Le 14 mars 2025, Mathieu Hanotin inaugurait symboliquement un chantier de reconstruction de la basilique de Saint-Denis chiffré à 37 millions d'euros. Un budget faramineux qui met en lumière le projet de l'actuel maire pour la ville et ses habitant·es : transformer le centre-ville en pôle d'attractivité touristique et patrimoniale, et faire de la culture un levier stratégique au service de la gentrification.

La reconstruction de la flèche de la basilique a pu être lancée l'année dernière avec un budget de 37 millions d'euros permis par le financement conjoint de la Région, du Fonds de solidarité interdépartemental d'Île-de-France et de la Métropole du Grand Paris. De grandes entreprises comme AirBNB ou BNP Paribas participent également au projet, une occasion de plus pour elles de défiscaliser une partie de leurs bénéfices en redorant leur image par du culture-washing, à l'instar du financement express par le grand patronat français de la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris après son incendie en 2019.

Initié à partir des années 1970 et un temps contesté par Mathieu Hanotin lorsqu'il était dans l'opposition, le projet de reconstruction de la flèche est aujourd'hui devenu un pilier de sa stratégie municipale. Pourtant, entre 2016 et 2018, alors que le plan de rénovation de la flèche était porté par l'ancienne municipalité PCF, Hanotin et son groupe critiquaient cette orientation et reprochait à la majorité PCF de prioriser le rayonnement culturel de la ville sur le financement des écoles et à l'amélioration des conditions de vie des habitants.

Si les partisans de la reconstruction de la flèche invoquent depuis des années un prétendu enthousiasme populaire pour justifier la dépense, les habitants de Saint-Denis n'ont pour autant jamais eu voix au chapitre. Il y a fort à parier que la rénovation des logements insalubres, le financement des services publics et des pratiques culturelles populaires leur apparaissent comme des postes de dépense largement prioritaires.

La flèche comme catalyseur d'une politique de gentrification

Le revirement d'Hanotin sur la rénovation du monument répond à une véritable vision politique pour Saint Denis. Le chantier s'inscrit pleinement dans son projet de reconfiguration du centre-ville, pensé comme un pôle d'attractivité touristique. Le calendrier en dit long : si le projet stagnait depuis des années, il connaît une accélération décisive dans la perspective des Jeux olympiques de 2024. Candidature au label Capitale européenne de la culture, réaménagement des abords de la basilique : la reconstruction devient un levier stratégique pour transformer le cœur de Saint-Denis en espace attractif pour investisseurs et touristes.

Dans le même temps, le centre-ville de Saint Denis subit un nettoyage social d'envergure. Pour faire de la Basilique un produit d'appel touristique, Hanotin déploie un arsenal répressif qui frappe les plus précaires : la multiplication des caméras de vidéosurveillance, la traque incessante des vendeurs à la sauvette, la suppression d'arrêts de bus reliant le centre-ville aux quartiers populaires en périphérie ainsi que le harcèlement policier des travailleurs sans-papiers visent à faire “place nette” pour accueillir les touristes.

Pendant qu'Hanotin – main dans la main avec Dati et Pécresse – finance cette stratégie de marketing territorial, les quartiers populaires continuent de subir l'insalubrité, la suroccupation et la pression du marché locatif. À Saint-Denis, près de 20% des logements privés sont considérés comme potentiellement indignes, un taux élevé qui témoigne des conditions dégradées du parc résidentiel, et qui s'ajoute à l'augmentation constante des loyers, repoussant les travailleurs les plus précaires d'un centre-ville quadrillé par la police municipale.

Le démantèlement des Espaces Jeunesse : une casse sociale planifiée au cœur des quartiers

Pendant que la municipalité pave la voie aux promoteurs et aux touristes en opérant un véritable nettoyage social du centre-ville, cette dernière annonce une « réorganisation » des espaces jeunesses, formule euphémisante pour masquer la réalité des coupes austéritaires. Décidé de façon unilatérale sans consultation des travailleurs et des usagers, ce plan annonce regrouper 14 espaces jeunesse en trois grands pôles, supprimant de fait les espaces Péri, la Gare, et De Geyter, afin de « mieux répondre aux besoins » après la fusion avec Pierrefitte. Résultats : des agents municipaux qui voient leurs conditions de travail largement dégradées entre l'extension des horaires sans embauche supplémentaire et l'insalubrité des locaux, et une jeunesse abandonnée : « Nous, jeunes de Saint-Denis, refusons d'être traités comme du bétail. On mérite le respect. On est l'avenir de cette ville, pas un problème à gérer » écrivent-ils dans leur pétition.

Cette politique à deux vitesses est symptomatique du plan de la mairie PS pour Saint Denis. D'un côté la municipalité investit des millions dans la reconstruction d'un monument pensé comme outil de rayonnement, de valorisation foncière et d'attractivité. La basilique devient un capital patrimonial, destiné à produire de l'image, du tourisme et de la rente. De l'autre, les espaces qui structurent la vie quotidienne des habitant·es – équipements de jeunesse, maisons de quartier, infrastructures sportives – subissent une cure austéritaire.

Pour des services publics du logement et de la culture financés par les grandes entreprises

Alors que de nombreux logements de Saint-Denis sont insalubres, la priorité mise sur la reconstruction de la flèche participe du projet d'exclusion des classes populaires du centre de Saint-Denis pour accélérer la gentrification au bénéfice des promoteurs immobiliers et des grandes entreprises de l'industrie du tourisme. Les millions d'euros que ces entreprises et les structures étatiques sont prêtes à donner pour des projets architecturaux doivent aller à ceux qui en ont le plus besoin dans la ville, sous contrôle démocratique des habitants. Dans ce sens, à deux pas de la basilique, les habitants de l'Îlot 8 de la cité Fourca se sont mobilisés pour la rénovation de leur bâtiment, la préservation de l'œuvre de l'architecte et l'abandon projet de résidentialisation de la dalle décidée par Plaine Commune Habitat sans la concertation avec leurs habitants. L'argent des grandes entreprises doit également servir à fournir des services publics culturels de proximité aux habitants et financer la réouverture de tous les Espaces Jeunesse, au service d'une culture populaire par et pour les habitants de Saint Denis et Pierrefitte.

La lutte contre la gentrification au cœur de la politique d'Hanotin passe aussi par un plan massif de rénovation des logements sociaux et des écoles dans les quartiers délaissés, financé par les grands groupes qui profitent des chantiers du Grand Paris. Nous exigeons l'arrêt du harcèlement policier et la fin de la gestion managériale qui épuise les agents municipaux. Contre le projet d'une ville muséifiée pour les touristes et les cadres, la gestion de Saint Denis revient aux mains de ceux qui la font fonctionner chaque jour. Contre le mépris d'Hanotin et du Parti Socialiste, la candidature d'Elsa Marcel est un point d'appui pour organiser la riposte et imposer nos besoins avant leurs profits.

Crédit photo : Creative Commons

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