« Pacte pour la transition » : aux municipales à Rennes, Révolution Permanente défend une écologie anticapitaliste
Sat, 28 Feb 2026 15:53:48 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ l'occasion des municipales à Rennes, plusieurs associations locales et nationales (Alternatiba, ATTAC, Oxfam Rennes, Eau et Rivières de Bretagne, FNE Bretagne, Rayons d'Action, CSVPO, Agrobio 35…) ont soumis aux listes candidates un « Pacte pour une ville et une métropole rennaise juste, démocratique et radicalement écologique ». L'occasion pour la liste menée par Erell Duclos de présenter ses mesures pour une écologie anticapitaliste, au service des travailleurs, de la jeunesse et des classes populaires.

Comme l'a montrée l'expérience de la Convention citoyenne pour le climat, lorsque les citoyens formulent des propositions qui heurtent les intérêts économiques dominants, le pouvoir les édulcore ou les écarte. Erell Duclos et ses colistiers ont choisi de prendre part au Pacte proposé par les associations écologistes de la ville, et d'y répondre publiquement.
Non pour s'aligner sur une écologie institutionnelle d'accompagnement, mais pour y défendre une perspective claire : la transformation écologique ne peut pas être dissociée d'une rupture avec le système capitalisme et la professionnalisation de la politique. Sans rapport de force, pas de transformation. Une convention ou un pacte sont des outils, à condition d'être articulés à des mobilisations sociales, seul levier à même d'imposer des mesures écologiques à la hauteur de la crise.
Nous avons répondu aux questions posées par le pacte et avons profité d'une soirée de signature publique pour défendre notre programme écologiste et social pour la ville de Rennes.
Démocratie locale : pas plus de concertation, mais le pouvoir aux habitants
Les budgets citoyens et les ateliers de concertation sont souvent présentés comme des avancées démocratiques permettant d'associer les habitants aux décisions publiques. En réalité, ils fonctionnent le plus souvent comme des dispositifs d'encadrement de la participation : les marges budgétaires sont faibles, les sujets structurants - logement, foncier, grands projets, services publics - restent hors de portée, et les décisions finales demeurent entre les mains des exécutifs locaux. Cette participation cadrée transforme des besoins sociaux en micro-projets compatibles avec l'austérité, tout en donnant une légitimité « participative » à des politiques déjà décidées. Ces dispositifs apparaissent ainsi moins comme des outils de pouvoir populaire que comme des mécanismes de canalisation des colères.
Or la transformation écologique implique d'affronter les logiques de spéculation immobilière, la place des promoteurs, la dépendance à la voiture, les arbitrages budgétaires contraints par l'austérité. Nous défendons donc une transformation radicale du fonctionnement démocratique de la municipalité : des élus révocables à tout moment, rémunérés au niveau d'un salaire ouvrier qualifié, pour rompre avec la professionnalisation de la politique ; une transparence intégrale des budgets et des contrats ; et surtout des assemblées de quartier dotées de pouvoirs réels, permettant l'organisation, le contrôle et l'intervention permanente des habitant·es et des associations.
Transports : gratuité totale et retour en régie publique
Personne ne prend plaisir à perdre son temps de vie dans les embouteillages et une partie de son salaire dans du carburant et l'entretien de son moyen d'aller au boulot. Pourquoi la voiture s'est imposée dans nos villes ? Ce n'est pas le fruit d'un simple « choix individuel » : c'est le résultat d'une organisation capitaliste des mobilités. Depuis des décennies, l'aménagement du territoire a accompagné l'étalement urbain, la spécialisation des zones d'activité, la construction de grandes infrastructures routières et la dépendance à l'automobile au service de la rentabilité foncière et commerciale. On habite loin parce que les loyers explosent, on travaille loin parce que les zones d'activité sont périphériques, on court parce que le temps est structuré par la contrainte salariale. La voiture devient alors l'outil qui permet de tenir ces cadences.
Mais nous craignons que toucher uniquement à la fin de la chaîne (les utilisateurs de voitures), soit inefficace et une manière de faire payer une fois de plus la crise aux classes populaires. Nous refusons une écologie punitive qui ferait payer la transition aux classes populaires, que ce soit par des Zones à Faible Emission (ZFE) excluantes ou par des politiques qui pénalisent les automobilistes sans alternative crédible. Pour remettre en cause l'utilisation individuelle de la voiture, essentielle pour des milliers de travailleur-euses au quotidien, nous défendons que le préalable est d'instaurer un véritable service public des transports, gratuit et sous contrôle des salariés et des usagers. En parallèle, nous défendons la gratuité totale des places de parking dans l'ensemble de la Métropole, la création de nouveaux parcs-relais et leur gratuité totale 24h/24, sans ticket STAR ni contrôle.
Pour sortir du modèle dominant du tout voiture, il est en outre essentiel de diminuer le temps de travail et modifier la géographie urbaine. Nous avons confiance dans le fait que la large majorité délaissera la voiture si l'espace urbain permet d'autres mobilités plus agréables, économiques, et pratiques. C'est pourquoi nous avons soutenu le développement d'un réseau cyclable cohérent et sécurisé, à condition qu'il ne serve pas de vitrine verte accompagnant la gentrification, et qu'il soit pensé avec celles et ceux qui traversent la métropole pour travailler.
Logement : réquisition, baisse des loyers, fin de la spéculation
Pour nous, l'encadrement des loyers ne suffit pas. La crise du logement est organisée par la spéculation foncière et immobilière à Rennes. Sans affrontement avec les promoteurs et les grands propriétaires, aucune politique écologique ne sera socialement juste.
Sur le logement, notre réponse marque une rupture nette avec les politiques d'accompagnement. Nous avons défendu la baisse et le plafonnement immédiats des loyers, la réquisition des passoires thermiques pour les rénover et les transformer en logements sociaux, une régie unique des bailleurs sociaux sous contrôle des habitants et la mobilisation prioritaire du bâti existant plutôt que l'artificialisation de nouveaux sols. Nous défendons aussi la réquisition immédiate de tous les logements vides à Rennes pour qu'il soit mis à disposition des femmes et personnes LGBT victime de violence au sein de leur foyer, des personnes sans-papiers qui luttent pour le droit au logement, des personnes sans-abri, des étudiant-es et salarié-es précaires ; ainsi que la réquisition de l'ensemble des bureaux vides et leur transformation en logements sociaux, financée par le patronat et les promoteurs immobiliers.
Eau, pesticides, agriculture : service public et planification démocratique
Nous avons refusé de nous inscrire dans une écologie réglementaire ou labellisée. Sans remise en cause du modèle productiviste et des multinationales de l'agrobusiness, ces mesures restent fragiles et largement incomplètes. Les logiques du foncier agricole sont aujourd'hui cadrées par l'État, la SAFER et les intérêts de l'agrobusiness. Les agriculteurs sont endettés, soumis à la violence des multinationales de la grande distribution et aux produits toxiques pour leur santé et celle de leur famille.
L'eau n'est pas une marchandise. La transparence des coûts, la protection stricte des captages et l'interdiction des pesticides de synthèse dans les aires d'alimentation de captage doivent s'accompagner d'un affrontement avec les logiques agro-industrielles. Sur la ressource en eau, nous avons affirmé la nécessité d'une gestion en régie publique, sous contrôle des travailleurs du service et des habitants.
Nous avons aussi soutenu l'interdiction des épandages à proximité des écoles et des habitations, la protection stricte des zones humides, l'acquisition publique de terres agricoles pour installer des paysans hors logique agro-industrielle, la généralisation d'une alimentation bio, locale et gratuite dans les cantines en lien avec les collectifs en lutte qui existent sur la ville.
Pour nous, la santé environnementale ne se limite pas à la qualité de l'air ou à la présence d'espaces verts. Elle recouvre les expositions professionnelles, les troubles musculo-squelettiques, les maladies liées aux produits chimiques, le stress et l'intensification du travail, les effets du mal-logement et de la précarité énergétique. C'est pourquoi nous défendons la mise en place d'enquêtes de santé ouvrière et populaire, construites avec les travailleurs, les syndicats, les collectifs de quartiers et les professionnels de santé. Il ne s'agit pas seulement de produire des indicateurs, mais de partir de l'expérience vécue : quelles pathologies sont observées dans tel secteur industriel, dans tel service public, dans tel quartier proche d'un axe routier ou d'une zone d'activité ? Quels liens avec les conditions de travail et d'habitat ? Et surtout, faire payer la facture au patronat qui s'enrichit en détruisant la vie et les conditions d'existence de tout un chacun !
Enfin, nous disons oui à l'acquisition publique des terres agricoles autour de Rennes, à condition qu'elle s'accompagne d'une politique claire : installation de jeunes agriculteurs et agricultrices hors logique agro-industrielle, priorité à des pratiques écologiques et à des circuits courts accessibles socialement, loyers modérés et sécurisation des baux, transparence dans l'attribution des terres. Nous militons pour une planification démocratique de l'usage des sols, sous contrôle des travailleurs et des paysans. Préserver des terres agricoles ne doit pas servir à verdir la communication municipale, mais à construire une autonomie alimentaire locale et à desserrer l'emprise de la spéculation foncière. Les habitants, usagers des coopératives d'alimentation, et les travailleurs du monde agricole doivent s'organiser, décider et mettre en œuvre des politiques dénuées de toute logique capitaliste et écocide.
Déchets, énergie, urbanisme : refuser le greenwashing
Nous avons soutenu l'amélioration de la gestion des déchets, le développement du réemploi et la fin de la sous-traitance avec une embauche massive de tous les travailleurs précaires de la filière, tout en refusant la « tarification incitative » qui pénalise les familles populaires. Sur les énergies renouvelables, nous avons rappelé qu'ajouter des capacités locales sans réduire la consommation globale ni s'attaquer aux multinationales de l'énergie ne constitue pas une transition.
Les documents de zonage comme les Plans Locaux d'Urbanisme (PLU) ne sont pas neutres : ils traduisent des choix politiques, souvent alignés sur des logiques de compétitivité et d'attractivité au détriment des besoins sociaux et écologiques. Sur l'urbanisme, nous avons insisté sur la nécessité d'une réappropriation démocratique des décisions foncières.
Pour une écologie lutte de classes
En répondant au Pacte, la liste menée par Erell Duclos ne s'est pas contentée de cocher des cases. Nous avons voulu montrer qu'une politique écologique cohérente à Rennes suppose d'affronter les promoteurs, les délégataires privés et les multinationales, de développer des services publics gratuits et contrôlés par les travailleurs, et de rompre avec la politique professionnelle.
Les revendications que nous portons - sur le logement, les services publics, la démocratie radicale ou l'écologie - se heurtent rapidement aux limites structurelles du système capitaliste, fondé sur la propriété privée, la recherche du profit et la mise en concurrence des territoires. Leur mise en œuvre réelle suppose donc d'assumer une perspective de combat, posant la question du pouvoir économique et politique. Cela implique de reconstruire une gauche ouvrière et révolutionnaire capable de s'implanter durablement dans les lieux de travail, d'étude et de vie, d'unifier les luttes et de transformer ces revendications immédiates en points d'appui pour une confrontation d'ensemble avec le système, jusqu'à la possibilité d'en finir avec lui.
Les liens avec les collectifs en lutte de la ville sont à ce titre essentiels. C'est cette perspective que nous avons portée dans le Pacte, et que nous continuerons à défendre dans cette campagne municipale et dans la rue. Le 15 mars prochain, votons Révolution permanente à Rennes pour envoyer des élus des luttes au conseil municipal !